Mine d’or de Sabcé : L’espoir au fond des trous

mercredi 28 novembre 2012

Dans un mois, l’or coulera à Sabcé, localité située au centre-Nord du Burkina, à 90 km de Ouagadougou. Cela pour au moins sept ans, selon les prévisions. Qu’adviendra-t-il de la zone après le passage des foreuses, bulldozers, bouteurs, niveleuses ainsi que les produits chimiques de la société minière ? Le doute et l’espoir s’entremêlent.

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Mine d’or de Sabcé : L’espoir au fond des trous

Environ 34 tonnes devront sortir du sous-sol des communes rurales de Sabcé et de Mané au Centre- Nord du Burkina Faso, soit une superficie de 130km2. En valeur monétaire, cela représente, près de 29,4 millions d’euros soit 19 110 milliards de F CFA (cours du 3 octobre 2012). Un jackpot qui suscite beaucoup d’espoir chez les populations environnantes. Déjà, la commune a pris une allure plus moderne. Au bord de la route nationale n°22, traversant la commune, des maisons en dur flambants neuves ont été construites au profit des populations déplacées en lieux et place de leurs petites cases. Selon le directeur général adjoint de Bissa Gold, Christian Ouédraogo, 350 ménages ont bénéficié de ces logements.

Ce dernier a annoncé également la construction de nouvelles écoles, d’infrastructures sanitaires, de mosquées, de chapelles, de Maisons de jeunes, d’un coût de plus de 2.2 milliards FCFA. Et le maire de la commune rurale de Sabcé, Mamoudou Célestin Zoungrana de se réjouir de ces changements qui vont transformer la physionomie de la localité. « Il n’est plus facile d’avoir une maison à Sabcé et même si on en trouve, c’est très cher », soutient-il. Mieux, la jeune commune rurale de Sabcé espère renflouer ses caisses avec les retombées de l’exploitation minière. « On nous a dit que les communes qui abritent le site d’exploitation minière reçoivent des rétombées en contrepartie, mais pour le moment nous n’avons rien reçu.

Nous attendons toujours », clame le maire. Et le directeur général adjoint de la société minière de répondre : « Nous, nous ne versons pas l’argent directement à la commune. Les taxes sont versées au niveau de l’Etat qui se charge de les répartir. Cependant, en raison de notre responsabilité sociale, nous construisons des infrastructures au profit des communes abritant le site ». Selon les textes, 20% de la taxe superficielle payée à l’Etat, soit, 180 millions de francs CFA devrait revenir à la localité où est implanté le site.
Selon les estimations du ministre en charge des mines, Salif Kaboré à l’occasion du lancement des travaux de construction, l’Etat lui-même devrait engranger en termes de recettes directes, environs 54 milliards de FCA grâce à l’exploitation de cette mine.

Malgré l’espoir suscité, l’après mine inquiète

Au niveau de la population, l’installation de la société minière suscite également beaucoup d’engouement. Une habitante de Sabcé, Mme Compaoré, espère que ses trois garçons qui ont fait l’école coranique, seront employés par la mine. « Cela pourrait améliorer les conditions de la famille, car nous n’arrivons pas à joindre les deux bouts en ce moment », dit-elle. « Plus de 500 emplois permanents seront créés avec une priorité pour les ressortissants de la région », a déclaré le directeur général adjoint. En plus de ces propos rassurants, la construction d’un barrage dans le village de Tiben par la société minière suscite également beaucoup d’espoir. D’une capacité de stockage de 100 millions de mètres cubes, ce barrage pourra non seulement satisfaire les besoins d’eau de la société minière, mais aussi ceux des populations riveraines. Après le passage de la société minière, ce barrage sera l’une des plus importantes retombées pour la zone si des aménagements sont effectués pour permettre les cultures maraîchères et bien d’autres cultures irriguées. A condition, bien sûr, que les eaux ne soient pas contaminées.

Malgré l’enthousiasme et l’excitation que suscitent les perspectives de développement pour les communes abritant le site d’exploitation, une crainte demeure : qu’adviendra-t-il après la fermeture de la mine ?
Ce dont les autorités municipales sont certaines, est que tout développement comporte les deux faces de la médaille. Et le maire de Sabce en est bien conscient. « On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs », reprend-il à son compte, ce dicton.

La plus grande perte est la destruction de 700 hectares de champs couvrant les villages de Bissa et Yimiougou ainsi que la réserve naturelle de Sabcé. Le conservateur de Niangré, le Niangré Naba, qui a dû céder ses 55 hectares de forêt, affirme qu’aucune indemnisation ne pourra compenser la destruction de cette forêt qui représentait un intérêt inestimable dans la vie socioéconomique et culturelle de la zone. Pour le responsable forestier de la zone, Abdoulaye Bambara, toute mine détruit l’environnement. L’essentiel, dit-il, c’est de minimiser les impacts négatifs.
Selon le directeur adjoint de Bissa Gold, Christian Ouédraogo, la méthode d’exploitation adoptée par la société minière est celle de l’exploitation de fosses à ciel ouvert avec une cadence moyenne de l’ordre de 4 300 t/j de minerai et 10000 à 25000t/J. Le déplacement de minerai et de stériles ou de déchets d’une telle quantité peut laisser, selon le directeur de l’évaluation environnementale du ministère de l’Environnement et du développement durable, Désiré Ouédraogo, des excavations pouvant atteindre 500 mètres de profondeur. Hubert Bril, enseignant-chercheur à l’Université de Limoges, explique : « Dans les conditions standard, l’or s’exploite à des teneurs de l’ordre de 10 grammes par tonne de roche, c’est-à-dire que pour récupérer une tonne d’or, il faut abattre puis mettre en décharge cent mille tonnes de roches ».

Ce qui signifie que pour extraire les 34 tonnes d’or attendues à Sabcé, il faudra remuer 3,4 millions de tonnes de roches. C’est dire qu’après le départ de la société minière, les villages qui abritent le site seront complètement défigurés par des trous béants laissés par les foreuses et les caterpillars, des « plaies » qui vont à jamais changer le paysage de la zone d’exploitation. En plus de cette considération d’ordre esthétique, l’activité agricole ainsi que l’exploitation des ressources forestières seront marginales dans la zone. Plusieurs paysans ont été dépossédés de leur champ de culture contre indemnisation financière. La superficie des champs occupés est estimée à 700 hectares. Toute chose qui créera un grand vide car, il sera quasiment impossible de revenir sur les activités agricoles ou de pratiquer l’élevage.

Crainte d’une exacerbation des conflits

Le responsable du service forestier de la zone note qu’il est de plus en plus difficile de trouver du bois de chauffe. Au regard de l’afflux massif de populations diverses sur le site, les ressources forestières restantes risquent de se dégrader très rapidement. Le forestier craint une exacerbation des conflits après la fermeture de la mine due au manque de ressources forestières.
Sur le plan social, l’appétit d’un enrichissement facile et rapide comme sur la plupart des sites miniers, entraînera une dégradation rapide des mœurs et l’augmentation des maladies sexuellement transmissibles.
Mais l’un des plus grands défis que les autorités municipales devront relever, est la reconversion de la main-d’œuvre et des sous-traitants locaux surtout que le site constituera la principale ressource économique au cours de ces sept prochaines années.

Le risque est de voir des confits exacerbés du fait de l’insuffisance des terres et de ressources naturelles, après la fermeture de la mine. La réalité est que la commune ne pourra pas supporter cette charge. Le maire de Sabcé pense que le plan de réhabilitation de la mine devra prendre en compte ces aspects. Le directeur adjoint de Bissa Gold, Christian Ouédraogo, affirme que la société est consciente de cela. Il assure que le système d’exploitation ainsi que le plan de fermeture du site minier ont été étudiés pour minimiser les effets négatifs de l’après-mine. D’où les activités de reforestation et les aménagements annexes.

En 2011, 20 000 plants ont été mis en terre grâce la société minière. Selon Dr Christian Ouédraogo, la formation en tissage, pisciculture, carbonisation, entreprise par la société permettra de créer de nouvelles opportunités d’emploi et de préparer le personnel et leurs dépendants à la vie après la fin des opérations. Le plan de fermeture de la mine prévoit un montant de 4,5 millions de dollars (2 ,025 milliards de FCFA) soit 2,2 % des capitaux investis pour la restauration du complexe industriel dans son ensemble. Le coût unitaire de réparation est de 36 FCFA pour chaque tonne de matériel excavée, minerai et stériles confondus.

Les initiatives de la société sont certes à louer, mais l’Etat a-t-il les moyens de contrôle ? Cela n’est pas évident car explique Jean-Marc Garreau, coordinateur régional des programmes de l’UICN-PACO, la faible capacité de contrôle de l’Etat et de réaction de la société civile ne permettent pas de garantir le respect effectif des normes environnementales en cas de fermeture d’une mine. Même dans le cas où le départ de la mine se passe dans les conditions acceptables par tous, les omelettes seront-elles suffisamment délicieuses pour faire oublier les œufs cassés ?

Fatouma Sophie OUATTARA (Sofifa2@yahoo.fr)

Sidwaya

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