Le Premier ministre s’est livré à un exercice dont il a l’habitude. C’est le troisième de sa carrière depuis sa nomination à la tête du gouvernement en juin 2007. Mais cette fois, le contexte était particulier. Comment parler des chantiers d’un Burkina émergent alors que le pays est plongé dans des manifestations de rue, suite à la mort de l’élève Justin Zongo à Koudougou ? Tertius Zongo a mis les pieds dans le plat. Rappelant les faits et l’origine de la colère des scolaires, il a pris une distance nécessaire pour dire ceci : « Dans un tel contexte, son décès deux mois plus tard des suites de sévices subis ou simplement de maladie, donc de causes controversées, ne pouvait que susciter la colère et l’indignation. »
Si le Premier ministre comprend la colère des manifestants, partage la douleur des familles éplorées (il y a eu en tout 6 morts en mémoire desquels, il a demandé une minute de silence), en tant que chef de gouvernement, il a rappelé les actions en cours pour faire toute la lumière sur les événements de Koudougou.
Rechercher la vérité dans l’apaisement
On a senti dans son discours comme une volonté de rupture dans le traitement de dossiers similaires : « C’était un premier message clair aux fonctionnaires et autorités de l’Etat que nul ne saurait être considéré comme au-dessus des lois de la République." C’est dans cette logique qu’il a condamné les violences et surtout les destructions de biens publics qui ont émaillé les manifestations de colère. « Certains ont transformé les manifestations pacifiques de désapprobation des bavures successives en actes de vandalisme et de destructions de biens publics et privés, délégitimant, de ce fait, leur indignation », a-t-il lancé.
Pour le chef du gouvernement, on ne saurait rechercher la vérité dans l’anarchie : « Nous devons rechercher cette vérité dans l’apaisement. » Les événements de ces derniers jours, il les considère comme « révélateurs » de problèmes de fond qui « concernent aussi bien le fonctionnement des services de l’Etat, y compris ceux du maintien de l’ordre, que les relations entre citoyens et le système judiciaire, le développement politique et économique de notre pays, l’offre d’opportunités éducatives et d’emplois par notre jeunesse, notre conception de la liberté et le comportement citoyen pour la protéger et l’approfondir ».
Ce constat a marqué la transition pour présenter aux députés les grandes lignes de l’action gouvernementale qui va consister à la mise en œuvre du programme présidentiel pour un "Burkina émergent" sur la période 2011-2015. Tertius Zongo a rappelé la bonne tenue de l’économie burkinabè dans un contexte de tension inflationniste. Mais à l’orée de ce nouveau mandat à lui confié, le pays se trouve confronté à plusieurs défis dont, entre autres, celui de la lutte contre la corruption, le renforcement des capacités humaines et institutionnelles et le défi de la lutte contre la pauvreté.
S’appuyant sur la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD), le Premier ministre a énuméré les domaines prioritaires d’investissement : le renforcement du système sanitaire et éducatif, la formation professionnelle, la jeunesse, la solidarité nationale, la protection sociale et le développement de l’intelligence économique. L’objectif, à terme, est d’atteindre un taux de croissance annuelle moyen de 10% . Le financement à mobiliser sur cette période est de 7 496,2 milliards de francs CFA pour la mise en œuvre des projets et programmes.
Le coût global des investissements, selon le Premier ministre, s’élève à 4 238,5 milliards de F CFA, soit 56% du financement requis. Le Premier ministre assure que cette stratégie de croissance sera financée à hauteur de 63,3% par des ressources propres.
Quelques élus apprécient...
Aline Koala, élue CDP : "J’ai apprécié le caractère exhaustif du discours"
"C’est un discours que je qualifie de républicain, car nous venons de sortir d’une élection présidentielle avec un chef de l’Etat qui a un programme et a investi un Premier ministre catalyseur de la mise en oeuvre de ce programme. Alors, c’est un exercice crucial devant l’Assemblée nationale qui a l’obligation d’accompagner le gouvernement et de contrôler la mise en oeuvre dudit programme quinquennal du chef de l’Etat. Avec le temps, nous allons suivre l’exécution du programme. Ce discours est aussi important pour l’opinion publique mais surtout c’est un guide. Personnellement, j’ai apprécié le caractère exhaustif du discours et aussi l’accent qui est mis sur les ressources humaines et les stratégies de mobilisation."
Hama Arba Diallo, élu PSD/Opposition : "Je me demande si nous ne sommes pas dans deux mondes différents"
"Tout ce qu’il nous a cité comme ambition légitime pour un pays comme le Burkina Faso, cela suppose qu’il a à sa disposition ou qu’il peut compter sur l’intérêt, la mobilisation de notre peuple pour accompagner et soutenir de telles actions. Je me demande si nous ne sommes pas dans deux mondes différents : le monde des ambitions de la part d’un Premier ministre qui est très honnête et celui de la réalité. Il a disserté sur ce qu’il va faire et nous nous l’avons écouté. Moi, je vais partir tout de suite à Dori ; qu’est-ce que je vais dire à la population de Dori ? Que la vie est belle ? Que tout ira pour le mieux ? Quand et comment ? Personne ne le sait.
Il faudra en tout cas que les uns et les autres se donnent pour que l’on sorte de la crise dans laquelle notre pays est plongé et sur toute l’étendue du territoire. Les jeunes sont au front actuellement et vivent des angoisses et des peines. Je ne suis ni jeune ni élève mais leurs angoisses, je les partage également. J’estime que les élèves et les jeunes attendent qu’on leur dise : asseyons-nous et trouvons ensemble une solution."
Nestor Bassière, président du groupe parlementaire ADJ : "Nous pensons que pour une fois un dossier en justice pourra aboutir."
"Il a, dans sa dernière partie, décliné ce qu’il fera. C’est un programme et nous pensons ce qui a été dit pourra être fait pour le bonheur des Burkinabè. Mais nous, en tant que députés, je pense que nous aurons l’occasion de l’interpeller. Sur l’affaire Justin Zongo, il fait le point sur ce qui est fait. Nous pensons que pour une fois, un dossier en justice pourra aboutir."
Laurent Bado, élu non inscrit : "Je ne peux rien dire."
"Ecoutez, je ne peux rien dire. Quand c’est tellement long, je ne suis pas un robot, je ne peux pas tout résumer. Si j’avais reçu le discours avant, oui, mais là, je ne peux rien dire. Il fait 1h 40mn, c’est long."
Me Bénéwendé Sankara, Chef de file de l’opposition politique burkinabè : "C’est un rituel"
"C’est un rituel, c’est l’article 109 de la Constitution. Ce discours, je l’ai déjà entendu en novembre 2010 et en tant que membre de l’opposition, nous allons suivre la mise en oeuvre et comme le maçon au pied du mur, on appréciera."
Par Abdoulaye TAO
Le Pays



