M.Samuel Kiendré, Directeur Afrique de la Voix d’Amérique

mardi 15 février 2005

M. Samuel Kiendré est journaliste vedette à la Voix d’Amérique. Ce grand journaliste Burkinabé symbolise au-delà de son pays, la réussite du journalisme Africain Outre Atlantique (Amérique) où, la sélection est d’une rigueur à peine supportable.

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Malgré cette réussite personnelle et professionnelle de grande importance qui a bouleversé sa vie, Samuel KIENDRE est resté un homme modeste, simple, disponible et très apprécié de tous. La Voix de l’Afrique à la Voix d’Amérique, le Burkinabé Samuel KIENDRE a bien voulu livrer à AMINATA.COM, sans tabou aucun, son arrivée à la très puissante radio américaine, son parcours, son quotidien, en un mot le secret de sa réussite. Voici l’interview de Samuel KIENDRE, la première avec un média guinéen.

Paul Moussa DIAWARA : Samuel KIENDRE, pouvez-vous succinctement vous présenter aux internautes d’Aminata.Com, au peuple de Guinée et d’Afrique ?

Samuel KIENDREBEOGO : Je suis Samuel Kiendrebeogo, alias Samuel Kiendré pour l’auditeur-radio d’une certaine époque, journaliste burkinabè résidant aux Etats-Unis. Avant de venir ici, j’ai exercé pendant près de vingt ans dans mon pays. A l’issue d’une formation reçue au Centre de formation professionnelle de l’Office de Radio-Télévision Française (ancêtre de Radio France), j’ai débuté en 1972 comme animateur de programmes à la Radiodiffusion de Haute-Volta (ancienne appellation du Burkina).

J’ai ensuite servi en qualité de chef du service , puis de la Radio Rurale, avant de diriger la Chaîne internationale de la Radiodiffusion nationale.

J’ai par la suite connu une longue traversée du désert avec l’arrivée de la révolution le 4 août 1983. La Haute-Volta devenait ainsi le Burkina Faso. Ceux qui, disait-on, avaient n’étaient pas du tout en odeur de sainteté. J’ai alors été prié sans ménagement d’aller voir en province, si les comités de défense de la révolution s’y trouvaient. On avait naturellement pris soin de nous présenter aux yeux de tous comme des réactionnaires à rééduquer, voire des contre-révolutionnaires nostalgiques de temps à jamais révolus, et farouchement hostiles aux intérêts des masses populaires, donc à surveiller de près.

C’est ainsi que je me suis retrouvé correspondant de presse à Djibasso, une localité située à vingt kilomètres de la frontière du Mali, puis à Nouna, chef-lieu de province, et enfin à Yako dans le Passoré.

Après qautre années d’errance sans ma famille, je suis revenu à Ouagadougou où j’ai été affecté comme attaché de presse au ministère de la Question paysanne. Peu de temps après, le président Thomas Sankara était assassiné et le processus de Rectification entamé. J’ai par la suite travaillé comme rédacteur au quotidien d’Etat Sidwaya et à Sidwaya Magazine, puis comme chef du Centre de formation professionnelle de l’information (CFPI). J’ai le plaisir de constater aujourd’hui que certains de nos anciens élèves ont pu accéder aux plus hautes fonctions de responsabilité dans les organes de presse burkinabè.

PMD : Dites nous comment êtes-vous arrivé à la Voix d’Amérique, et depuis combien de temps vous y êtes ?

SK : J’ai aperçu un jour un communiqué de presse annonçant la possibilité de se rendre aux Etats-Unis pour suivre un cycle de formation. Parce qu’elle ne découlait pas d’un concours organisé par la fonction publique burkinabè, cette formation n’ouvrait droit à aucune prétention administrative et de ce fait n’intéressait pas grand monde. Il n’avait pas d’avancement en vue et il fallait être guidé par la seule soif de connaissance.

Je me suis porté candidat et j’ai été retenu. J’ai suivi pendant un an de graduate studies à Boston University dans le Massachussets. Le cycle comprenait également des séjours en entreprise. Voilà comment je me suis retrouvé à effectuer un stage de quatre semaines au service francophone de la Voix de l’Amérique (VOA). Sur les conseils de certains amis, j’ai pris soin de subir un test d’aptitude avant de rentrer au Burkina, où j’ai repris tranqillement mes activités d’enseignant à CFPI en 1992. En début 1993, j’ai été invité à rejoindre la VOA. Cela fait donc douze ans que je suis ici.

PMD : Décrivez-nous votre journée, avant, pendant et après la présentation de vos émissions ?

SK : Ma journée de travail commence en fait à la maison. Avant d’aller au bureau, je navigue longuement dans le cyber-espace pour prendre connaissance de l’actualité africaine et internationale sur mon ordinateur. Aminata.com fait partie de mes sites que je vais désormais visiter. Je consulte également mon courriel car il m’arrivé d’être alerté de ce qui se passe par ce moyen.

J’arrive généralement au bureau à 9h30. Je prends connaissance du courrier parvenu sur mon adresse email de service, consulte le travail fait par notre équipe de nuit, ainsi que les informations fournies par le Central News Desk, le service central des nouvelles de la VOA, avant d’assister à la conférence de rédaction prévue à 10 heures. Elle est généralement présidée par le chef de notre branche, Idrissa Saidou Dia. A cette rencontre, nous faisons le point et les tâches sont précisées, puis chacun rejoint son poste de travail.

La traduction des informations fournies par la salle des nouvelles, le traitement des sons recueillis auprès de nos correspondants ou par nous-mêmes au moyen du téléphone se passe sur ordinateur. Nous imprimons nos scripts au dernier moment pour aller à l’antenne à 13 heures 30 (ou 14 heures 30 en été), quand il est 18h30 en temps universel.

Après diffusion de ces programmes, nous tenons une autre réunion pour préparer les sujets qui seront proposés le lendemain matin à partir de 5 heures 30 TU quand il est minuit trente à Washington (1 heure 30 du matin en été). L’équipe du jour rentre à la maison et l’équipe de nuit prend le relais et ça recommence. Nous travaillons tantôt de jour, tantôt de nuit selon les semaines, sans compter les tours de service de samedi et dimanche.

PMD : Quelle est l’organisation, et quel est le fonctionnement au département Afrique de la Voix d’Amérique ?

SK : La division Afrique comporte huit services de langues : Englais, Français, Portugais, Swahili, Hausa, Kirundi-Kinyarwanda, Shona-Ndebele (Zimbabwe) et Ahmaric-Afan Oromo-Tigrigna (Ethiopie). Les services diffusant en Anglais et en Français sont les plus importants et sont appelés branches. Pour de plus amples informations je prfère vous référer à notre site www.voanews.com. Quand vous y êtes, il vous suffit de choisir la langue au sujet de laquelle vous souhaitez avoir de plus amples informations. En plus des fréquences radio, vous pouvez d’ailleurs écouter nos programmes sur internet.

PMD : Certainement la Voix d’Amérique vous a procuré et vous procure encore une formidable et magnifique expérience dans la gestion de l’audiovisuel. Dans ce cas, quel est l’écart qui sépare les médias anglo-saxons et français voire francophones ?

SK : Vous savez, nous vivons aujourd’hui dans un village planétaire comme dirait Mc Luhan. Et comme dit un proverbe de chez-nous au Burkina, ce qu’on trouve chez les mossis est exactement ce qu’on trouve chez les peulhs... A titre d’exemple, sachez que notre logiciel de traitement de son est le Dalet français. Chacun peut choisir ce qui lui convient, c’est avant tout une question de confort et de moyens. Inversement, il y a des médias francophones fonctionnant avec des équipements et des logiciels américains ou japonais. Je vous apprends par exemple que la télévision burkinabè fonctionne en ce moment avec des équipements japonais et s’apprête à diffuser très bientôt par satellite.

PMD : Est-ce qu’il vous arrive parfois ou souvent d’être sollicité par votre pays le Burkina Faso ou par un autre pays africain ?

SK : Pas vraiment. Et puis ce serait un peu compliqué. L’Amérique c’est loin, vous savez. Du fait de mon statut de fonctoinnaire d’une agence fédérale américaine il faudrait passer par le canal de la coopération culturelle entre les deux pays, ou que je me mette en congé pour un certain temps pour intervenir à titre privé. Retenez surtout que l’expertise est ce qui manque le moins en Afrique. Les soi-disant experts sont finalement des gens ordinaires qui viennent de loin. On les écoute uniquement parce qu’ils traînent souvent derrière eux des possibilités de financement de projet, un point c’est tout.

PMD : Au regard du décalage de la pratique journalistique entre les médias anglo-saxons et français ou d’expression française, parlez-nous des difficultés que vous rencontrez dans le cadre de la collaboration avec les médias africains francophones.

SK : Globalement parlant, on peut dire que les medias anglo-saxons privilégient le factuel tandis que les francophones mettent l’accent sur le commentaire. Cela est notamment vrai pour les organes de presse d’Etat. C’est pourquoi, nous travaillons surtout avec les médias privés. Encore qu’un média privé n’est pas forcément... privé d’opinions. Il y en a même qui sont farouchement partisans. Quand un correpondant nous propse une déclaration faite par des individus manifestant contre le pouvoir, nous demandons à entendre ce qu’en pense le porte-parole du gouvernement et vice-versa.

Du fait des séquelles des Etats d’exception en Afrique, il y a aussi des confrères qui ont peur d’aborder les sujets qui fâchent. Nous les comprenons, mais nous ne saurions déroger aux règles d’objectivité, d’équité et d’équilibre de l’information. Lorsqu’un sujet donne matière à débat, nous donnons à entendre les deux sons de cloche. C’est à l’auditeur de tirer ses propres conclusions.

PMD : La Voix de l’Amérique est la voix de la première puissance dans le monde. Mais, avec la proximité historique et culturelle qui impose une concurrence avec les médias français notamment la RFI, estimez-vous que vos émissions sont très écoutées en Afrique Francophone ?

SK : Les Africains comprennent parfaitement que dans ce monde globalisé, chacun doit diversifier aujourd’hui ses sources d’information. Le fait d’écouter RFI ou Africa No1 ne dispense pas découter aussi la Voix de l’Amérique. Quand vous avez un puissant voisin disposant d’un droit de vétos sur vos ambitions, la sagesse la plus élémentaire commande de chercher à savoir ce qu’il pense. Nous disposons de sondages d’opinion montrant que des dizaines de milllions d’Africains nous écoutent. Des milliers de lettres et messages électroniques nous le confirment chaque jour. Et puisque nous disposons d’une cinquantaine de services de langues, c’est en fait le monde entier qui est à lécoute.

PMD : Vous est-il arrivé de recevoir des personnalités africaines, guinéennes dans vos émissions ? Si oui les quelles ?

SK : Nous recevons régulièrement la visite des décideurs africains et faiseurs d’opinion africans de passage à Washington. Hommes politiques, du pouvoir comme de l’opposition, journalistes, banquiers, et autres enseignants. Pour ce qui est de la sous-région ouest-africaine, à la fin de l’année dernière nous avons rencontré le président Wade du Sénégal. Avant lui nous avons reçu Simone Gbagbo, présidente du groupe parlementaire FPI en Côte d’Ivoire, puis une délégation ivoirienne conduite par le ministre ivoirien de la réconciliation nationale au sein de laquelle il y avait des opposants. Tout dernièrement c’était Zanga Mobutu, l’un des enfants de l’ancien président zairois, ainsi de suite. Il va de soi que les autres services de langue de la Division Afrique reçoivent également la visite de personnalité venant de leur zone-cible. Je dois avouer que les autorités guinéennes ne viennent pas souvent à Washington. Le cas échéant, ils seraient naturellement les bienvenus à la VOA.

PMD : Votre dernier mot à l’Afrique.

SK : Du Cap au Caire, l’Afrique bouge, et la VOA est à l’écoute de celles et de ceux qui bougent. Bouger en se trémoussant sur une piste de danse, c’est faire du surplace. Bouger, c’est se demander chaque matin ce qu’on peut faire soi-même pour changer de vie. Un dicton africain affirme qu’il n’y a pas de situation sans issue : fuir le champ de bataille est une solution, affronter l’ennemi est une autre solution.

Au début de ma carrière il y a une trentaine d’années, je dormais dans une pièce unique (entre-coucher comme on dit chez-nous), dans un quartier périphérique de la capitable burkinabè, ne bénéficiant ni d’eau courante, ni délectricité. De nos jours, fort peu de fonctionnaires africains accepteraient de vivre dans ces conditions. C’est dire qu’il y a eu progrès, même si d’aucuns affirment le contraire.

Ceux qui reviennent en Afrique après quelques années d’absence, sont toujours frappés par l’ampleur des changements en cours. Cela dit, il reste beaucoup à faire, dans le domaine des libertés publiques notamment.

Propos Recueillis par Paul Moussa DIAWARA, Directeur de la Rédaction et de la Publication d’Aminata.Com
E-mail : pmoussa@aminata.com, pauldiawara@yahoo.fr

www.aminata.com

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