Exploitation aurifère à Poura : Une dette sociale et écologique difficile à apurer

mardi 18 septembre 2012

Le gisement d’or de Poura, situé à 180 km au Sud- Ouest de Ouagadougou, dans la région de la Boucle du Mouhoun, précisément dans la province des Balé, a longtemps fait l’objet d’exploitation, tant artisanale qu’industrielle. Fleuron de l’industrie burkinabè et plus particulièrement de l’économie de la région jusqu’au début des années 1990, la fermeture de la mine, exploitée par la Société de recherche et d’exploitation minières du Burkina (SOREMIB), en 1999, laisse derrière elle des conséquences environnementales, sociales et économiques désastreuses.

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Exploitation aurifère à Poura : Une dette sociale et écologique difficile à apurer

L’ancienne mine de Poura ! Une équipe de la Compagnie républicaine de Sécurité (CRS) filtre l’accès en cette saison pluvieuse. Un silence, entrecoupé par les cris d’oiseaux règne à l’intérieur. Pas de vrombissement de machines d’extraction d’or. L’environnement semble inerte. Çà et là, des maisons et des magasins abandonnés et défaits de leurs portes et fenêtres, un cimetière de machines, des serpents faufilant entre le matériel délaissé, etc.

Les infrastructures donnent l’impression d’une ville abandonnée comme on en voit dans les « films westerns ». A quelques mètres de l’entrée, se trouve l’une des trois carrières abandonnées. « Nous ne connaissons pas la profondeur, mais j’ai bien peur que la nappe phréatique ait été atteinte. Nous avons même des crocodiles qui y logent », indique l’agent de l’Environnement de Poura, Rasmané Bouda. Juste à côté, une montagne artificielle née de l’exploitation minière, se dresse au milieu de la mine. Au loin, des femmes fuient à la vue des agents de sécurité. « C’est toujours le même scénario ; les populations s’infiltrent dans la mine pour ramasser les cailloux. Elles ne savent pas que c’est dangereux pour leur santé », affirme l’un des agents de sécurité. Avec nostalgie, Abou Lassé Nana explique : « J’ai travaillé à la mine depuis 1982 jusqu’à sa fermeture en 1999. Quand on fermait la mine, on nous avait promis la réouverture d’ici à six mois.

On avait donc instauré un service minimum dans toutes les sections de la mine. Entre temps, il y a eu un changement de ministre et on n’en a plus parlé ». Il a ajouté que pour cela, une plainte a été déposée à la justice contre l’Etat par les travailleurs. « Le procès a été délibéré le 26 juin 2012 et l’Etat doit nous payer nos droits et reverser nos cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale », dit-il. Il se rappelle que son salaire de cadre moyen à l’époque tournait autour de 230.000 FCFA. « Vous savez, beaucoup de nos camarades sont morts dans l’anonymat après la fermeture de la mine.

Certains ont actuellement des problèmes de santé. Par exemple, des anciens travailleurs ont développé la silicose (NDLR : la poussière du quartz entre et perfore les poumons) qui est incurable », révèle M. Nana. C’est le cas aussi de Moussa Traoré, précédemment conducteur polyvalent à la mine de Poura qui dévoile qu’il souffre d’une incapacité de près de 50%, occasionné par un accident de travail à la mine.

Un mal nécessaire

Non loin de l’ancienne mine, une autre carrière est en cours d’utilisation par les orpailleurs artisanaux. L’agent de l’Environnement, Rasmané Bouda, déclare que des personnes entrent dans les interstices de la carrière pour chercher l’or. Ce qui provoque, souvent, des éboulements, avec souvent des pertes en vies humaines. Sur place, des enfants de moins de 17 ans déambulent, et donnent l’impression que tous les enfants de Pourra sont devenus des orpailleurs. « Il y a aussi beaucoup d’autres enfants qui viennent de différentes localités du Burkina », précise M. Bouda. Malgré l’interdiction de l’orpaillage en saison des pluies, quelques orpailleurs sont dans la carrière, à la recherche du métal précieux. Les uns tamisent la terre tandis que d’autres s’occupent d’une machine qui aide à extraire des minerais dans les entrailles du sol. Au loin, le Chef d’équipe se repose au pied d’un arbre.

« Nous sommes là, il y a environ un mois. Nous venons juste d’arriver. Nous ne gagnons pas grand-chose, mais il faut bien se nourrir », rétorque ledit chef sous anonymat. Quant au mercure et au cyanure, la manipulation se fait, au vu et au su de tous, comme si c’était des produits sans aucun danger. « Ces substances contaminent l’eau de la carrière qui est en contact avec le fleuve Mouhoun. Les animaux boivent cette eau et meurent souvent. Ce qui n’empêche pas que leur viande se retrouvent sur les marchés. De plus, les berges des carrières abandonnées se dégradent et les eaux coulent vers le fleuve Mouhoun qui s’ensablent de jour en jour », regrette l’agent de l’Environnement. Il confie que c’est dans cette carrière, le 17 août 2006, que « le ciel » s’est refermé sur les orpailleurs à la mine d’or de Poura. Bilan officiel, 11 morts. « Poura est une petite ville avec trois carrières abandonnées à ciel ouvert.

Cela provoque même des noyades d’enfants et d’animaux », déplore Rasmané Bouda, assistant des eaux et forêts en service à Poura. Le maire de Poura, François Bognini, reconnaît que l’orpaillage traditionnel, qui a pris le relais de la mine industrielle, entraîne des conséquences négatives et fâcheuses. « C’est un monde difficile à gérer car il ne referme jamais les trous après avoir extrait les minerais. Quelquefois, les orpailleurs ont carrément retiré de force des champs. Les plus chanceux ont pu avoir des compensations, mais d’autres ont vu leur champs dévasté même avec des plantes sans être dédommagés », raconte-t-il. Toutefois, il souligne que cette activité vient faire revivre, un tant soit peu, l’économie de la commune. « La fermeture de la mine a été très durement ressentie. La mine employait au moins plusieurs centaines de personnes et une activité économique s’était développée tout autour.

Des activités agricoles comme le maraichage s’étaient développées en priorité pour satisfaire les besoins alimentaires des travailleurs de la mine », témoigne le maire. Il continue en faisant savoir qu’à la fermeture, la ville s’est vidée de plusieurs milliers d’habitants, du jour au lendemain et l’économie est retombée car Poura s’est vue amputer de son poumon économique. C’est pour cela, à son avis, que l’orpaillage traditionnel est toléré, car il admet que la commune en profite, engrangeant des recettes. Au niveau de la population, c’est le même discours qui prévaut. La plupart des personnes concèdent les effets néfastes de l’orpaillage traditionnel, mais ils sont tous d’accord que l’activité a redonné un nouveau souffle à l’économie de la ville. Pour le photographe Emmanuel Yargha, l’orpaillage artisanal fait renaître la ville de ses cendres.

« Les orpailleurs investissent beaucoup dans la ville. A Poura, vous allez rencontrez des véhicules et des motos que vous ne pouvez même pas voir à Ouagadougou. Depuis leur arrivée, des immeubles commencent à pousser ». Et son ami, animateur dans une radio locale, Blaise Baky, de renchérir que l’orpaillage traditionnel est un mal nécessaire.

Entre espoir et inquiétudes

Blaise Baky rappelle que l’ancienne mine industrielle n’a pratiquement rien laissé à la ville. Les seules réalisations positives, selon lui, sont le Collège d’enseignement général, le district sanitaire, le centre de loisir et le stade municipal de Pourra. « A part cela, même l’ambulance a été vendue lors de la liquidation », regrette-t-il. Il espère qu’avec l’arrivée du nouvel exploitant, à savoir la société minière américaine, Newmont ventures limited, les mêmes erreurs ne seront plus commises. « Les populations exigent, entre autres, du nouveau exploitant, le bitumage de la voie qui mène à Poura, un soutien pour les groupements de la région et de recruter, en majorité, les enfants de la région et une fermeture des carrières après l’exploitation de l’or », prévient M.Baky.

Quant au maire de Poura, François Bognini, il assure que des rencontres ont déjà eu lieu avec les responsables de la société minière américaine et que pour l’instant, la société promet de prendre en compte les préoccupations de la population. « En ce qui nous concerne, nous sommes en train de nous organiser pour mettre en place un comité qui puisse être leur interlocuteur. Dans nos demandes, nous allons souhaiter que la nouvelle mine nous aide à refermer les anciennes carrières, au cas où elles ne seront pas prises en compte dans leur déploiement. En tous les cas, nous avons l’ambition de faire en sorte que ce qui s’est passé autrefois ne se répète plus », conclut-il.

Raphaël KAFANDO


Les infrastructures délaissées par la mine se meurent

L’une des conséquences de la fermeture de la mine est l’abandon de la citée qui abritait les travailleurs. Résultat, les bâtiments sont totalement défaits des fenêtres, tôles, portes et autres accessoires. « Les maisons vandalisées datent d’avant la mise en place du Conseil municipal », se défend le maire de Poura, François Bognini. Depuis l’installation du conseil municipal en 2006, le maire s’est arrangé à mettre les maisons relativement en bon état en location à 5000FCFA, par mois dans l’objectif de permettre à la commune d’avoir quelques recettes et de responsabiliser les locataires dans l’entretien des maisons. « Nous aurions bien voulu réhabiliter quelques maisons, mais le ministère en charge des Mines nous a fait savoir que ce patrimoine fait partie des infrastructures pour lesquelles l’Etat chercherait des repreneurs.

Nous nous sommes donc abstenus de faire le moindre investissement », indique-t-il. Son souhait est que l’Etat leur lègue ces infrastructures afin que des dispositions soient prises pour les réhabiliter et pouvoir les exploiter au profit des populations. Une autre préoccupation des populations de Poura est l’état défectueux de la route qui mène à l’ancienne mine. Selon le maire Bognini, les embourbements sont légion sur cette voie en saison hivernale. .

R.K.

Sidwaya

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