Le Molare, artiste-musicien ivoirien : "Je donne du bonheur aux gens..."

samedi 2 avril 2005

Molare ! Un nom qui campe bien désormais avec le courant musical "couper-décaler’’. En concert au Faso, l’homme "touche à tout’’ qui dispose d’une fortune immense, a fait danser les mélomanes d’ici et d’ailleurs avant de s’envoler pour le Mali.

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Popularité oblige ! Marié et père d’une fillette, Molare se déplace sous haute escorte. Issu d’une famille nantie, Molare à l’état civil Soumahourou Morifiri, parle très à l’aise de l’origine de sa fortune, du "couper-décaler" et bien sûr de son séjour burkinabè.

Sidwaya Plus (S.P.) : Peut-on savoir davantage qui est Molare au-delà de l’artiste ?

Molare (M.) : Davantage ! Je suis à l’état civil Morifiri Soumahourou. Je suis marié et père d’une fille. J’attends également la naissance de mon premier garçon. L’événement heureux, c’est pour bientôt.

S.P. : Pourquoi, vous appelle-t-on Molare ?

Molare : Le nom m’est venu, il y a de cela 5 ans d’un disc jockey à Abidjan. Il pensait que j’étais la tête pensante parmi les amis. Il m’a donc surnommé le Molah. Parceque pour lui, je donnais pas mal de conseils. C’était bien avant les événements malencontreux en Côte d’Ivoire qui ont été assez médiatisés. Le sobriquet est venu de là. Par la suite, à Paris, Jacob l’a mis en musique en ajoutant le "re". Parce que, cela rythme avec "travailler", "couper-décaler’’ etc.

S.P. : Quelle est l’origine du mouvement "couper-décaler’’ ?

Molare : Bien. L’origine du mouvement est venu d’un groupe d’amis. On se rencontrait tous les week-end en boîte de nuit pour danser, échanger. Chaque fois des artistes ivoiriens et d’ailleurs venaient donner du plaisir aux maquisards. Ils se rendaient également à l’hexagone, précisément à Paris. De retour, nous avions notre façon de les soutenir, de les encourager à aller de l’avant par des esquisses de pas de danse. Tout cela fait partie de l’histoire du "couper-décaler’’. Là-dedans, vous avez aussi le "travaillement ’’ qui consiste à donner quelques choses (des sous) pour les encourager. Cela les incitait à revenir, chaque fois qu’il est nécessaire.

S.P. : Concrètement, que signifie "travailler’’ ?

Molare : "Travailler" veut dire simplement donner quand on aime bien ce qui se passe. Nous avons ajouté ce terme parce qu’il rythme avec "couper-décaler’’. Le "travaillement" permet de maintenir l’ambiance, avec des personnes chères. A la base, le travaillement consiste à communier avec nos proches. Artistiquement, plus on donne, plus on travaille surtout quand l’ambiance est bonne, quand le show se passe dans un bon esprit, dans le respect mutuel, excluant toutes brouilles. On donne selon l’ambiance. Si on signe un contrat astronomique, prélever là-dedans un peu pour offrir aux autres, n’est pas grand chose.

S.P. Molare, à ce qu’il apparaît a une fortune colossale. Peut-on savoir l’origine de cette richesse ?

Molare : A l’origine de ma fortune se trouvent les PME (Petites et moyennes entreprises). Ce sont des choses que n’importe quel jeune peut réaliser. J’interviens dans l’élevage, les plantations. Je suis producteur d’artistes, organisateur de spectacles. J’investis aussi dans l’immobilier et je serai distributeur bientôt . Je touche un peu à tout. J’ai su conserver cet acquis de communicateur de formation. Il ne faut pas confondre vente et bénéfice. Je suis un style de vie. Dieu merci, à force de courage et de persévérance, ça promet. Mais je n’aimerais pas chiffrer ma fortune. Elle est privée parce que je suis un artiste aujourd’hui.

S.P. : Comment parvenez-vous à gérer toute cette fortune et l’ensemble des sociétés que vous dirigez au regard de vos multiples sollicitations dans le show-biz ?

Molare : C’est difficile. N’importe quel jeune peut devenir aujourd’hui un opérateur économique, cela ne signifie pas qu’il vient de l’étranger mais plutôt qu’il donne du travail. IL faut faire suffisamment confiance aux gens. Il faut avoir foi en eux et accepter les découragements, les déboires avec philosophie. Il faut aider les autres surtout lorsqu’ils ont la formation (la compétence) requise. Je gère à distance mes sociétés parce que comme vous le voyez je sers un public varié. Je ne puis me déplacer partout pour cela. Dans ma communication, j’ai des clients dans toutes les structures qui participent, excepté le show-biz, mais qui ignorent que celles-ci m’appartiennent. C’est une stratégie de marketing car on n’est jamais aimé par tout le monde. Cela permet de prospérer les affaires. J’aide la jeunesse à avoir de l’emploi.

S. P. : Combien d’employés sont-ils dans vos différentes sociétés ?

Molare : Ils sont nombreux. (Rires). Peut-être une centaine. Sinon plus. Même si ce n’est pas une multinationale. Il y a les artistes, la communication et les employés périodiques dans l’organisation de mes concerts.

S.P. : Ne craignez-vous pas de devenir pauvre un jour ?

Molare : Devenir pauvre ? Je ne le crains pas du tout. Parce que la richesse n’est pas forcément financière, elle est surtout morale. Je ne serai jamais pauvre moralement, cela est une certitude. Ceci est ma grande satisfaction. Tout ce qui m’entoure, est éphémère. La pauvreté est un euphémisme, elle n’est pas un fait réel. Les Africains n’ont jamais été pauvres. En France, vous verrez des clochards alors qu’il existe toutes les structures sociales pour les sortir de cette misère. En Afrique, on n’arrivera jamais à de tels cas de dépression. Donc, je n’ai pas peur de la pauvreté.

S.P. : Est-ce que Molare s’intéresse à des œuvres sociales ?

Molare : J’aime beaucoup aider les autres. Mon éducation m’interdit de clamer partout que j’ai de la fortune. Ce n’est pas nécessaire. Sinon, j’entreprends des œuvres sociales. Il arrive que je donne aux enfants du quartier. J’aide aussi les enfants handicapés, les malades. Je soutiens dans la mesure du possible même si on ne peut guérir tous les maux de ce bas monde. En décembre 2004, j’ai offert 200 jeux à des enfants. Je n’ai pas souhaité que ce don soit médiatisé. Ce n’est pas nécessaire. Cette reconnaissance doit venir de Dieu et pas forcément de ce que penseront les gens et peu importe le montant.

S.P. : Avez-vous connu à votre enfance, ce qu’est la souffrance avant de devenir riche ?

Molare : Mes parents sont assez nantis. Ils ont une très bonne situation financière. Mon père a toujours eu la responsabilité de ses frères et sœurs ainsi que leur famille respective. On m’a appris l’altruisme envers les autres. C’est-à-dire, à placer d’abord l’aisance des autres au-dessus de la mienne. Nous avons une famille élargie. J’ai toujours voulu acquérir mon indépendance parce que j’ai vécu tôt loin de mes parents. Autrement, je serai toujours sous leur coupe, fils à papa. Je conseille aux uns et aux autres de se battre pour parvenir à cela. Car les parents peuvent partir d’un moment à l’autre. Nous n’avons pas notre destin en main.

S. P. : Votre popularité ne vous gêne-t-elle pas, surtout que les fans courent après vous, Pourquoi le Molare polarise tous les regards ?

Molare : Ça gêne un peu. Mais que voulez-vous, c’est la bénédiction de Dieu. Les gens sont derrière moi parce qu’ils on t de l’affection pour moi. On ne peut pas s’énerver pour cela, ni les renvoyer. Quand on choisit d’être un homme public, on doit avoir à l’esprit que sa vie ne lui appartient jamais. Elle appartient plutôt à ceux qui l’entourent, qui parlent de lui. Il faut l’accepter comme telle avec toute l’humilité requise. Tout ce monde fait la personnalité de l’artiste qui doit les respecter. Ne serait-ce que par amour. C’est le plus important.

S.P. : Quel souvenir retenez-vous de votre séjour burkinabè ?

Molare : Je retiens du Burkina, l’image d’un peuple chaleureux. Je reviendrai au Burkina plus tard pour me reposer. Cela n’aura rien à voir avec les concerts. J’ai aimé le peuple burkinabè. Car, je déteste ceux qui ont des comportements de serpent. Je dis non à cela. Je préfère marcher comme l’éléphant, c’est-à-dire la droiture. Nous sommes honnêtes envers nos pensées, nos dires quand bien même dans un ensemble, il y a toujours de mauvais éléments (des brebis galeuses). Malheureusement, je dois partir mercredi (le 30 mars) au Mali pour un concert. Autrement, j’aurai allongé un peu plus mon séjour. Peut-être que dans moins d’une dizaine de jours, je serai là pour prendre du repos. Je me suis vraiment attaché en si peu de temps à ce pays et à son peuple. Dieu seul sait que j’ai tourné dans beaucoup de pays, pour aimer le Burkina à la première visite.

S.P. : Pensez-vous que le mouvement "couper-décaler" survivra au temps ?

Molare : En toute honnêteté, le "couper-décaler’’ n’est pas un phénomène de mode. Parce que cette dernière ne dure tout au plus qu’un an. Le couper-décaler a été adopté par toute la communauté ouest- africaine. Le mouvement s’internationalise de plus en plus. En Europe, le couper-décaler s’est imposé. Nous avons beaucoup de communautés en Afrique. Chacun se retrouve dans le couper-décaler. Nous voulons apporter le bonheur et la joie aux populations à travers nos différents titres. De cette façon, je pense que ça va continuer. Si chacun y met du sien et qu’il a les atouts nécessaires à la pérennisation du mouvement. Le "couper décaler" n’est plus la mode parce que cela fait 2 ans et demi qu’il traîne dans la sous-région. Ceux qui apprécient le mouvement ne sont pas des idiots, nous devons à ce titre nous battre pour le sauvegarder. Ils ne peuvent aimer quelque chose de mauvais. Nous devons continuer à donner toujours une bonne image au mouvement pour qu’il survive.

S.P. : Si le mouvement ne résistait pas au temps, qu’avez-vous prévu pour le remplacer ?

Molare : Si le mouvement ne résistait pas au temps, ce serait Dieu et les hommes qui l’auraient voulu. Nous continuerons nos activités pénards. Même si nous ne souhaitons pas que cela arrive. Dans le cas contraire, nous retournerions à nos activités d’antan et essayer de toujours nous battre. L’histoire retiendra au moins dans ses annales que des gens ont contribué à un moment donné à l’émergence de la culture africaine. C’est le plus important, à mon avis.

S.P. : Le "couper-décaler" traverse, en ce moment, une période de crise marquée par la scission "consommée’’ d’avec Doug Saga. Qu’en est-il exactement ?

Molare : Non. Il n’y a pas de problèmes. On me pose toujours la question. Il peut arriver que des collègues se chamaillent au bureau. Doug Saga, de retour à Abidjan a lui-même expliqué qu’il n’en était rien et que tout allait bien entre nous. C’est normal qu’on s’embrouille parce que la vie le veut ainsi. Les opinions divergent et il faut discuter en responsables pour atténuer les colères. Ce que nous avons fait, ce n’est pas une dispute en tant que telle, mais plutôt un malentendu qui a été repris par la presse pour faire un choux gras. Pas mal de choses ont été rapportées ainsi, mais nous vivons avec, business oblige. Hélas...

S.P. : Quelle est la contribution de l’artiste que vous êtes à la résolution de la crise ivoirienne ?

Molare : Je ne fréquente pas les hommes politiques pour régler un problème politique. La politique, ce n’est pas mon affaire. Je donne du bonheur aux gens. Dans cette quête, je fais de mon mieux pour que les spectacles soient impeccables. De cette façon, si les fans m’aperçoivent qu’ils soient satisfaits, contents. Je ne suis pas ivoirien mais africain. Je ne milite dans aucun parti politique de Côte d’Ivoire. Partout, où je me retrouve en Afrique, je me sens comme chez moi. Nous ne pouvons que prier pour un retour de la paix en Côte d’Ivoire et dans les autres pays en crise. Mes idées sont apolitiques.

S.P. : Et si on vous demandait de proposer une solution de sortie de crise en Côte d’Ivoire...

Molare : J’avais eu un problème avec mon ami Doug Saga, on s’est assis ensemble et avons trouvé une solution. Il faut se responsabiliser, s’asseoir pour discuter autour d’une même table. Chacun des protagonistes a ses intérêts à préserver dans le maintien de cette situation de crise, ce sont des choses que nous ne percevons pas de l’extérieur. Il faut se battre pour soi-même en vue de parvenir au moins à quelque chose de positif.

S.P. : Voulez-vous dire que vous prenez la vie du bon côté ?

Molare : C’est important de prendre la vie du bon côté au regard des coups durs qu’elle nous réserve parfois. A force de volonté, de persévérance, de courage, on peut arriver à réaliser des choses nobles. Tant que l’on agit dans la droiture, on peut parvenir à un minimum grâce à la bénédiction de Dieu. Qui sait si la vie après n’est pas meilleure à celle d’ici-bas.

S.P. : Etes-vous croyant ?

Molare : Je suis très croyant.

S.P. : Quel est l’artiste préféré de Molare ?

Molare : Mon artiste préféré ? C’est moi-même. (grands rires). J’en ai beaucoup en réalité. Parce que j’aime la musique et j’achète de ce fait leurs CD. J’aime la musique de tout le monde car il n’est pas facile de sortir un album et de bénéficier de la reconnaissance du public. Ce sont des situations qui arrivent mais il faut se battre. C’est de là, que je puise mes sources d’inspirations.

Entretien réalisé par Nadoun S. COULIBALY email : coulibalynadoun2002@yahoo.fr

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