Mali : De l’orage dans l’air

mardi 8 janvier 2013

Le feu couve sous la cendre des Forces armées maliennes. Devant l’inquiétante avancée des forces coalisées des mouvements islamistes, Al-Qaïda au Maghreb islamique(AQMI), le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), Ansar Dine et Boko Haram, qui ont occupé successivement les localités de Bambara Maoudé, N’gouma, Nimignama et Boré, les loyalistes ont été contraints de sortir de leur sommeil cataleptique. Dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 janvier 2013, ils ont fait des tirs de sommation, tout en avançant vers l’ennemi.

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Mali : De l’orage dans l’air

Par ce courage léonin témoignant de leur volonté à en découdre, cette fois, avec les enturbannés, adeptes des reliques spirituelles dignes de l’époque moyenâgeuse, ils ont gagné du répit. De fait, les islamistes, on ne sait trop pourquoi, ont opéré un repli, évitant des affrontements immédiats avec l’armée régulière. Tout porte à croire qu’il s’agit, ni plus, ni moins, d’une démarche stratégique. Il ne peut en être autrement, dans la mesure où les fous de Dieu ont tout récemment créé une base militaire dans la bourgade de Bambara Maoudé, située entre Tombouctou et Douentza. La question qui devrait tarauder les esprits à l’instant, n’est plus de savoir ce qu’ils comptent en faire, mais de savoir quand ils vont déclencher les hostilités.

Dieu seul sait. Ce faisant, il est opportun de se rappeler que c’est le 17 janvier 2012 que des Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad(MNLA), dont nombre d’entre eux ont été expédiés dans l’infini devenir des êtres, sont venues se mettre en travers de la route du « Maliba ». Il ne serait pas exclu que les désormais nouveaux maîtres du désert malien veuillent commémorer cette date, en lançant la deuxième phase de la guerre qu’ils mènent contre et envers le bon sens. Le leader de Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly, le plus fréquentable des islamistes, n’a-t-il pas dit que pour une sortie durable de crise, le Mali doit opérer un choix non équivoque entre préserver son intégrité et vivre sa laïcité et que la sauvegarde des deux est hors de question.

Voilà qui est clair. Pas de doute que la volonté de cet imprévisible et versatile chef est, non de peser dans les tractations avec le gouvernement qui sont prévues pour le 10 janvier dans la capitale burkinabè, mais de renforcer ses conquêtes pour appliquer la charia. Cela est d’autant vrai qu’il agit présentement, de concert, avec les gourous des autres mouvements, affublés de tous les noms d’oiseau, à qui il s’est confié en alliance et en allégeance. Peut-être inspiré par l’exemple de la rébellion centrafricaine du Seleka qui se trouve à une centaine de kilomètres du centre névralgique du pouvoir du président François Bozizé, Bangui.

L’armée malienne, qui a été enfoncée dans une nuit de détresse par ces mêmes forces obscures, a donc fort à faire. Elle doit faire des mains et pieds pour oublier sa déconvenue, afin de sortir du creux de la vague. Aujourd’hui, elle a les moyens. Elle dispose désormais de blindés et semi-blindés, de lanceurs d’obus, de véhicules de transport de troupes, de kalachnikovs, de munitions, obtenus grâce à la levée de l’embargo de la Cédeao sur ses armes, aux ports de Conakry, Dakar et Abidjan. Elle disposerait même d’avions Sukoï russes.

Il n’y pas que ça. Le colonel Youssouf Traoré, membre du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) avait dit : « Nous avons assez d’hommes pour combattre… L’armée est composée d’hommes nouveaux, prêts à relever les défis du moment ». Cela suppose qu’elle devrait pouvoir venir à bout des islamistes, excellant dans le harcèlement, les attaques par surprise et la mobilité des troupes. Rappelant de facto à la communauté internationale qu’elle n’a pas besoin de troupes étrangères pour se tirer d’affaire. Le problème est que l’armée malienne a été amputée d’une partie de ses membres, les bérets rouges.

Avec la suppression du régiment des commandos, formés pour les missions difficiles, dirigés par le colonel Abidine Guindo, la tâche va être ardue. L’absence de ses combattants censés occuper les premières lignes du front va se ressentir sur les forces en présence. Il reste à espérer que l’armée loyale n’enregistre pas de cinglants revers. Faute de quoi, l’apparente cohésion de l’armée autour du « petit capitaine » qui suinte l’acrimonie depuis le camp de Kati, pourrait voler en éclat. Cela, au point qu’il pourrait, à son tour, payer les frais de certains de ses choix.
Ce, d’autant plus qu’il aura eu tort sur toute la ligne depuis le coup d’Etat du 22 mars de l’année dernière, qui l’a porté au cœur du pouvoir de Bamako.

Adama BAYALA (badam1021@yahoo.fr)

Sidwaya

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