L’homme à la guitare : Cissé Abdoulaye dans tout son romantisme

lundi 20 juin 2005

« Les vautours », « Maman Henriette », « L’homme à la guitare », « Les filles de Kologh-Naba » et nous en oublions, c’est là quelques-unes des chansons du riche répertoire de celui-là que les mélomanes ont vite fait de surnommer « L’homme à la guitare ».

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Cissé Abdoulaye à l’état civil, il aurait pu faire de hautes études si son penchant pour la musique n’avait pas pris le dessus sur les bancs. Découvrez ou faites plus ample connaissance avec ce presque sexagénaire qui ne paraît pas son âge.

Vous êtes un artiste-musicien bien connu ; dites-nous comment vous êtes venu dans la musique.

Cissé Abdoulaye

(Rires). J’ai l’impression que c’est plutôt la musique qui est venue à moi. J’étais tout petit lorsque je commençais la musique. Quand j’allais au Cours normal de Koudougou en 1962-1963, j’avais déjà une guitare qui m’avait ’été offerte par mon oncle ; celui-ci avait constaté que j’étais passionné par la musique, mais cela ne dérangeait pas mes études. Il me l’a offerte comme cadeau après que j’ai réussi mon entrée en 6e.

Je fredonnais des chansons de grands chanteurs de l’époque. J’aimais voir les spectacles des grands artistes de l’Afrique. Mon père était un garde républicain et j’ai eu l’occasion de voir beaucoup de groupes. Je suis dafing. Notre ethnie est très à cheval sur certains principes surtout en ce qui concerne les castes. Je ne suis pas griot et je n’ai pas le droit de chanter. J’étais le seul à avoir, un penchant pour la musique et ma famille m’a finalement compris.

Quelle est votre discographie à l’heure actuelle ?

J’avoue qu’il est difficile pour moi de répondre à une telle question. Mon tout premier disque date de 1974. Entre 1974 et 1976, j’ai fait quatre 45 tours et par la suite un 33 tours. Les 45 et les 33, ce sont dès microsillons, des supports vinyle en face A et B. Le 33 tours est plus large. Je l’ai fait au Bénin en 1981.

Après, les cassettes ont fait leur apparition. Entre 1986 et 1992, j’ai pu réaliser cinq albums. Le dernier date de 1993. C’est un album que j’ai entièrement réalisé en Suède avec mon ami Traoré Seydou Richard, PDG de Seydoni Production et qui est à la tête d’une très importante société ; il m’avait invité en Suède avec mon groupe, Djamana percussion. La tournée s’est soldée par la production d’un album. Après ça, il n’y a -eu que de petites interventions ponctuelles avec le Fespaco et dans Burkina Compil et la CAN 98.

Ils sont nombreux ceux qui se rappellent des titres comme « Les filles de Kolog-Naaba » ; dans quel esprit avez-vous composé ce chant ?

J’ai chanté ce titre, mais ce n’est pas moi qui l’ai écrit. Son auteur s’appelle Yago Kumassi. En 1968, lorsque j’entrais dans l’orchestre Super Volta, ce jeune homme venait de partir. C’est lui qui le chantait. C’est une chanson congolaise des années 50 du groupe Rock-à-Mambo et qui avait été adaptée. Quand je suis arrivé à l’orchestre, on m’a fait reprendre tout le répertoire et plus tard, mes propres chansons.

Vous avez été enseignant ; qu’est-ce qui vous a motivé à abandonner cette profession pour la radio ?

J’ai été formé pour l’enseignement. Je suis sorti instituteur du Cours normal en 1968 et j’ai fait 12 ans sur le .terrain, dans la brousse comme on dit. J’ai servi à Zawara (Koudougou), à Kantchari (frontière du Niger), à Tiou (frontière du Mali), à Silmougou vers Kaya et à Bassinko. C’était un métier contraignant par rapport à ma vocation qu’est la musique. J’ai aimé la musique par dessus tout, c’est ce qui me rendait heureux. Le métier d’instituteur, je ne l’exerçais pas par vocation. C’était ma formation de base et, en plus, mon père voulait que je fasse carrière dans ce métier. Mais après 12 ans, j’avais fini l’engage ment décennal à servir en milieu rural. Alors, je pouvais partir et j’ai demandé un détachement. J’ai été donc détaché à la radio à la suite d’un test que j’ai passé en 1978. En 1979, j’ai pris fonction comme animateur de programme à Radio Ouaga.

Un de vos titres, « Les vautours », a remporté un Prix RFI. De quelles retombées avez-vous bénéficié avec un tel prix ?

Non. Il s’agit plutôt de « Toumangari Djembé » qui est une chanson d’inspiration traditionnelle que j’ai tirée du folklore dafing. « Les vautours » a fait le tour de l’Afrique. C’est une chanson qui a un contenu révolutionnaire et qui est beaucoup apprécié dans les pays comme le Bénin, la Guinée et le Cameroun. Sous la révolution d’août 1983 au Burkina, elle était considérée comme une chanson de mobilisation et de conscientisation de la jeunesse par rapport à la situation de l’Afrique. J’en ai tiré un maximum de ventes.

Mais elle n’a pas connu de succès dans les pays occidentaux comme la France parce que c’était une chanson très critique vis-àvis des colonisateurs. Par contre, « Tomangari Djembé » , qui a eu le Prix RFI découverte 83, m’a donné une ouverture sur le plan mondial. C’est à l’Île Maurice que j’ai été recevoir mon prix. J’ai eu l’occasion de faire beaucoup de tournées et j’ai participé également au, festival de Bourges grâce à ce prix. Pendant deux ou trois ans, j’ai eu de la promotion de la part de RFI.

Cissé Abdoulaye dit "L’homme à la guitare ». Pourquoi ce surnom ?

L’homme à la guitare a été tiré d’une de mes chansons qui a été beaucoup appréciée à l’époque par la jeunesse C’était un texte plus ou moins romantique que certains enseignants ont appris à leurs élèves.

Il semble que sur votre guitare, ill était écrit "Maman Henriettu"

(Rires). Non, c’est une légende Je n’aime pas trop m’exhiber. Je pense que je ne l’aurais jamais fait. J’ai eu ma guitare avant "Maman Henriette" C’est ma première femme et je ne peux pas prendre le nom d’une autre personne pour le coller sur ma guitare. « Maman Henriette », c’est le titre d’une chanson qui a été faite un an après "l’homme à la guitare ».

Mais qui est "Maman Henriette ?"

. C’est la personne avec qui je vivais, la mère de mon fils Kader. J’ai fait cette chanson à l’époque pour lui rendre hommage.

Que devient-elle, "Maman Henriette ? »

(Rires). Mais, je ne sais pas !

On dit que vous êtes un homme intelligent et que vous étiez un élève qui occupait le 1er rang en classe. La musique a-t-elle eu raison de vos études ?

Effectivement, à l’école je n’étais pas bête. Mais la musique a pris ma tête. Quand mes camarades voyaient la vie en études supérieures, moi je pensais à la musique ; malheureusement, il n’y avait aucune filière dans ce domaine. Oui, la musique a eu raison de mes études. (Rires). C’est bien qu’elle ait eu raison de mes études parce que c’est ce que je voulais faire. J’aurais pu aller au Prytanée militaire de Dakar ou de Bingerville comme beaucoup de mes collègues. Mais j’ai refusé systématiquement ces concours.

Pouvez-vous nous citer quelques acquis engrangés dans la musique ?

Ce que j’aurais voulu dans la musique, ce ne sont pas des acquis quantifiables en termes de richesse matérielle. Non, ce que je voulais, je ne l’ai pas eu. Je voulais la consécration sur le plan mondial. Vivre ma musique pleinement faire des tournées pour m’exprimer, c’est ce qui m’a manqué. Sinon j’ai eu beaucoup de bonheur. Le peu que j’ai eu m’a permis de continuer à faire de la musique.

Et vos déboires ?

Je n’ai pas connu de déboires dans la musique. Dans toute chose, il y a des hauts et des bas. J’ai pu monter un groupe musical, j’ai un orchestre complet qui me permet de donner des spectacles. Le seul déboire pour un artiste, c’est lorsqu’il n’a pas réalisé un album ou exécuté un programme de tournées. Je n’ai pas fait la prison. J’ai peut-être eu une bonne éducation sur le plan de l’organisation de ma vie, je ne vois pas ce qui a déstabilisé ma vie. Je suis attaché à ma liberté et je me suis toujours arrangé pour ne pas déranger les autres.

Cissé Abdoulaye compose en rimes tout comme Oger Kaboré. Peut-on dire que vous êtes tous les deux des artistes poètes ?

A priori, Oger, moi et tous ceux de la génération des années 67-68, ce qui nous commandait d’abord, c’était le romantisme. Qu’on le veuille ou pas, il fallait faire de la poésie. Il était inconcevable à l’époque que l’on fasse une chanson qui ne veut rien dire.

On sait que vous êtes également un formateur. A ce jour combien de groupes musicaux ou d’artistes avez-vous formés ?

Je n’ai pas décidé d’être formateur, mais beaucoup de jeunes ont eu à se frotter à moi. A une époque donnée, j’ai été directeur de l’école de musique. Au temps des « Petits chanteurs » et des « Colombes », on a effectivement formé des jeunes. De ce côté, on peut me considérer comme un formateur, mais je n’ai jamais été professeur attitré, diplômé pour enseigner la musique. Vous avez affaire à un autodidacte, à quelqu’un qui s’est formé lui-même lorsqu’il était au Cours normal. Autrefois les Cours normaux étaient comme les séminaires, où la musique est obligatoire.

Ma formation de base m’a permis de mieux comprendre la musique. Tout comme j’ai formé des jeunes de Djamana percussion, j’a:i été aussi pendant une quinzaine d’années formé au Super Volta. J’ai été formé également en théâtre. Avec Djamana, j’ai senti que j’étais responsable de la chose contrairement aux Petits chanteurs et à la Colombe, où c’était un mouvement révolutionnaire. Je ne saurais vous dire combien de jeunes ont pu être à mon contact puisqu’on ne délivre jamais de diplôme. C’est surtout ces jeunes qui sont bien situés pour le dire.

Que devient le groupe Djamana percussion ?

Le groupe est toujours là, sur les papiers, puisqu’on a les récépissés, mais dans la pratique il n:existe plus tel qu’on l’avait conçu au départ. C’était avant sous forme de musique traditionnelle, un mélange de musique tradi-moderne. Aujourd’hui, il a pris la forme d’un orchestre moderne. C’est un label qu’on a conservé et qui nous sert.

Sami Rama est-elle un de vos produits ?

Oui, on peut le dire dans la mesure où on a fait beaucoup de choses ensemble. C’est avec moi qu’elle a commencé lorsqu’elle évoluait au sein des "Petits chanteurs aux poings levés ». A l’arrêt de ce projet, lorsqu’il s’est agi pour elle d’embrasser une carrière solo, c’est à partir de ce moment-là que son évolution à mes côtés a commencé.

Quelle est votre situation matrimoniale ?

Je suis marié et celle que vous venez de voir (NDLR : il nous présente une jeune fille du nom d’Afissatou) est ma fille qui est à l’université. J’ai d’autres grands enfants Je suis comme tout le monde et ma femme est secrétaire particulière au cabinet du ministre de l’Economie et du Développement. Vous pourrez la voir là-bas le jour où vous y serez de passage. C’est avec celle-ci que je vis depuis 1979.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts après votre séparation d’avec Sami Rama ; est—ceàa dire que vous avez failli à votre devoir d’époux ?

Vous savez, ce domaine, je n’aime pas trop l’aborder. C’est un débat tout à fait intime ou personnel. Même si on est artiste et qu’on a une vie publique, nous on a eu la sagesse de garder notre petit jardin secret pour ne pas en parler dans la presse.

Comment vivez-vous celle séparation ?

Je n’ai pas envie d’aborder ça

Est-ce qu’on peut espérer un jour un rapprochement ?

C’est vous qui faites vos suppositions ou posez les questions. Cherchez-en alors les réponses vous-mêmes. Je vous dis que je ne vais pas répondre (rires).

Continuez-vous à collaborer sur le plan artistique ?

Sur ce plan, je ne vois pas d’inconvénients. Nous sommes tout de même des artistes. En plus, on a un long passé artistique ensemble ; donc ça ne devrait pas poser de problèmes. Dans notre domaine, nous avons cette chance de pouvoir évoluer musicalement ensemble quelles que soient les dissensions. Vous savez le nombre d’artistes avec qui je ne m’entends pas ou qui ne s’entendent pas avec moi, mais avec lesquels je joue ? On bosse, on se sourit, on est content et on passe.

A vous voir, vous paraissez jeune alors que vous êtes un peu âgé ; quel est votre secret ?

Je ne pense pas qu’à 56 ans ou 57 ans, on soit âgé. Mais je ne conteste pas pour autant vos propos si vous trouvez que je suis jeune pour mon âge. Néanmoins, je connais des artistes qui sont plus vieux que moi et qui sont toujours en activité ; donc je ne vois pas pourquoi je raccrocherai. Je peux citer Georges Ouédraogo, Jean-Claude Bamogo dit Man qui sont certes de ma génération, mais qui sont mes aînés. Mon problème, c’est que j’ai fait la musique étant tout gamin ; de ce fait, il y a des adultes qui m’ont découvert à cet âge. Ce qui fait que les gens ont l’impression que je ne vieillis pas. Et on m’identifie comme étant de la génération de ces adultes-là qui se remémorent certains de mes titres alors que je ne suis pas de cette génération.

Mais tout a un lien avec l’esprit de l’homme parce qu’à 40 ans, on peut paraître vieux alors que quelqu’un d’autre peut en posséder 60 et donner l’impression d’être jeune. Si vous aimez votre vie, si vous êtes bien organisé, vous restez jeune dans votre esprit et dans votre corps ; surtout lorsqu’on fait la musique, qui vivifie et régénère quand on est mal en point. La musique fait sourire, vous donne une ambiance heureuse en dépit des problèmes que vous traînez avec vous.

Depuis Burkina Band et la CAN 98, on ne vous voit plus tellement sur la scène ; que se passe-t-il ?

Burkina Compil, si vous voulez, fut un projet pour remettre en selle certaines chansons à succès qui avaient été oubliées. Malheureusement, l’expérience ne s’est pas poursuivie même si c’était vraiment une belle initiative. Depuis la CAN 98, je ne sais pas quoi dire parce qu’il n’y a pas une époque où il y a eu une rupture dans ma carrière. Si .on veut parler en terme de rupture c’est peut-être sur le plan discographique. Effectivement, un artiste aussi c’est lorsqu’on voit ses œuvres sur le marché, à la télévision, à la radio, dans la presse écrite. En fait, les médias sont pour beaucoup dans la carrière d’un artiste. Sur ce plan, je considère que je me suis retiré plus ou moins de la scène parce que ma dernière œuvre remonte à très loin. Mais je ne suis pas pour autant fini car avec mon groupe, je fais beaucoup la scène, le « live ».

En plus, pendant longtemps, je me suis occupé des autres, ce qui a fait que j n’ai pas eu le temps de m’occuper de moi-même. Voilà les raisons qui donnent l’impression que je me suis retiré alors qu’il n’en est rien ; je suis toujours là. Vous avez de grands enfants comme Kader Cissé qui est plutôt tourné vers les affaires ; comment appréciez-vous son choix ?

Je n’ai pas à apprécier, c’est sa vie et son destin. Je trouve que c’est bien. Si contre toute attente, j’ai fait la musique et que mes parents ne m’en ont pas empêché, je ne vois pas pourquoi il me viendrait l’idée de porter un jugement sur son choix. Je vous ai dit que j’aime ma liberté, à telle enseigne que je ne veux pas perturber celle des autres. Si parmi mes enfants, quelques uns avaient la vocation de faire de la musique, je serais partant sans également porter un quelconque jugement.

Cissé Abdoulaye est attiré par quel genre de femme ?

Je ne suis pas attiré par les femmes. Je m’explique parce que les gens ont tendance à mélanger les choses en se disant que les artistes sont des dragueurs. C’est une grosse erreur parce qu’à mon avis, l’artiste, c’est quelqu’un qui fonctionne beaucoup sur le plan cérébral et non physique. C’est un sentimental ; c’est pour cela que vous voyez que la vie sentimentale des artistes est parfois trouble.. C’est un travail cérébral parce qu’on ne peut pas se remettre à aimer, et aimer dix mille femmes à la fois, ce n’est pas possible. Ceux qui accostent toute femme qui passe sont des malades et je ne suis pas de ceux-là.

Je ne dis pas que je n’aime pas les belles femmes, mais ça ne suffit pas pour m’attirer.

Quels sont les meilleurs moments de votre carrière qui vous ont valu une bonne santé financière ?

Je ne m’en rappelle pas mais ma santé financière a toujours été une santé en dents de scie avec des hauts et des bas. Je n’ai jamais eu de grosse surprise dans le sens de devenir millionnaire un jour mais j’ai toujours été constant dans ce domaine. Nos revenus en tant qu’artiste c’est quoi ? C’est le BBDA (Bureau Burkinabè des Droits d’Auteur) ; les revenus des produits mis sur le marché, les spectacles et autres. Pour le moment, je n’ai pas eu la chance d’avoir un gros coup comme on dit.

Et mes périodes de vaches maigres ?

Pas tellement parce que j’ai toujours été fonctionnaire. En tant qu’artiste, il est difficile de vivre de son art au Burkina Faso même si actuellement les produits tels que les cassettes, les albums, marchent très fort pour certains artistes. Mais dans le temps, il y a eu des moments où on ne vendait rien du tout parce qu’il n’ y avait pas d’usine de duplication de cassettes, il n’y avait pas de producteurs. Lorsque vous faisiez votre musique, vous la faisiez uniquement par amour ou par passion parce qu’il n’y avait pas de public pour acheter vos oeuvres. Si je n’étais que seulement artiste et que je ne comptais que sur ça pour vivre, peut-être que j’aurais connu des bas. Jusque-là, je n’ai pas eu l’occasion de plonger dans un trou noir.

Avec tant d’années de carrière musicale, êtes-vous comblé sur le plan social ? ’

Sur ce plan, je suis vraiment très comblé parce que la musique m’a permis de connaître beaucoup de monde, d’avoir beaucoup d’amis. Et le fait d’être populaire, c’est aussi quelque chose ; ça fait que l’on n’est pas comme les autres. Même si parmi tout ce monde il y a ceux-là qui t’aiment, qui t’admirent et des personnes également qui peuvent te détester. Je suis donc satisfait et je n’ai pas de problèmes avec qui que ce soit.

Que pensez-vous de la musique burkinabè actuellement ?

Ca va, elle se porte très bien par rapport à ce qu’elle était il y a une dizaine, voire une quinzaine d’années. Aujourd’hui, on n’a pas besoin de trop se casser la tête pour se faire de l’argent parce que dans le temps ce qu’on récoltait par rapport au travail abattu n’est pas du tout la même chose aujourd’hui. La musique burkinabè malgré sa forme subit quand même des courants musicaux venus de toutes parts, mais il y a heureusement des artistes qui font vraiment la musique et qui ne sont pas venus dans le domaine pour faire du commerce, mais à cause d’une vocation, Avec ces derniers, on peut sauver et protéger quelque chose.

Ce qui importe pour moi, c’est la musique burkinabè ; quelque chose qu’on peut, dans 20 ou 30 ans, après un regard rétrospectif traduire en ce termes : « Tiens ! Ces productions peuvent compter parmi les grandes œuvres burkinabè ». Mais il ne faut pas que la musique qu’on laissera à nos enfants dans 20 à 30 ans ne puisse pas être identifiée, à plus forte raison s’appeler musique burkinabè. C’est ma crainte et mon combat a toujours été de militer pour la protection de notre fond musical.

Quel est le musicien de votre génération qui vous a accroché le plus. ?

J’ai plutôt été impressionné par ceux d’avant. Un musicien comme Tidiane Coulibaly a toujours été un modèle pour moi. A l’école, partout où il était, j’y étais pour voir ses spectacles, C’est le seul que j’aie pris en considération, Il a été quelque part pour moi un conseiller, On n’est épaté que par quelqu’un qui peut être un modèle, On est resté très lié jusqu’à sa mort récemment.

Et celui de la génération actuelle ?

Beaucoup m’ont impressionne, Il y a les jeunes du groupe Yelen Smarty et Mandowé parce qu’ils ont un talent inépuisable, Mandowé par exemple est très doué. Il y a également Wend Yack et Alif Naaba qui sont talentueux, Au premier coup d’œil, on sent qu’Alif Naaba a une âme d’artiste comme Bil Aka Kara, Ce sont de vrais musiciens, ils ne sont pas venus pour frimer.

Votre mot sur le Kundé 2005..

(Rires). Je n’ai pas pu suivre. Je n’étais pas là, Mais le Kundé tout court est une bonne chose, Ça permet d’avoir un baromètre, d’évaluer, jauger la musique, son impact. les acteurs. Mais j’aurais voulu qu’on ne perde de vue que le Kundé. C’est le Kundé c’est-à-dire mettre l’accent sur l’excellence de la musique burkinabè. Mais ici au Burkina Faso, si on ne fait pas intervenir l’extérieur, on n’est pas trop confiant. Or à force de trop faire intervenir l’extérieur, on finit par perdre le sens premier de l’opération. Au Mali, c’est le Tamani, en Guinée, c’est le Djembé d’or, mais ils ne sont pas trop extravertis.

Qu’aimez-vous faire en dehors de la musique ?

En dehors de la musique, je ne fais que de la musique.

Quels sont vos projets ?

Mon projet immédiat, c’ost de mettre sur le marché un album qui est en chantier depuis 3 ou 4 ans, C’est un album de 12 titres avec des titres nouveaux titres et quelques reprises.

Par Cyr Payim Ouédraogo et Adama Ouédraogo
L’Observateur Dimanche

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