Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? Partie 1 : Tour d’horizon.

vendredi 6 septembre 2013

Le sac plastique est arrivé il y a près d’un demi-siècle sur notre terre. Pure invention de l’Homme, née par procédés chimiques, il est aujourd’hui devenu un véritable fléau pour notre environnement. Voulu à usage unique, il n’est autre que l’emblème par excellence, d’une part d’une surconsommation – évidente en Occident, en augmentation dans les pays du Sud – et d’autre part d’une pollution (mondiale) que l’on essaie aujourd’hui d’inverser… Tant bien que mal.

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Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? Partie 1 : Tour d’horizon.

S’il n’y a jamais eu de réel recensement, les groupes environnementaux estiment entre 500 et 1000 milliards le nombre de sacs en plastique utilisés dans le monde chaque année. Un chiffre démesuré qui traduit une équation simple : une course égale un sac plastique. Bien souvent en tout cas. Si, de temps à autres, on s’en sert pour transporter de grosses charges (révolutionnaire en son temps, le sac plastique peut en effet supporter jusqu’à 2000 fois son poids), combien de fois vous a-t-on tendu un de ces sachets pour si peu ? Au marché : une aubergine, un sac plastique. Une poignée de citrons, un autre sac plastique. A la pharmacie : une petite boîte de médicaments, un sac plastique. Chez la vendeuse de gâteaux au coin de la rue : un sachet (plastique, lui aussi), un sac plastique. Et ainsi de suite.

Que fait-on alors, de tous ces sacs en plastique, une fois leur mission accomplie ? Au mieux, on leur trouve au moins un second usage, en tant que poubelle par exemple. Au pire, ils finissent délaissés dans nos rues, nos caniveaux, nos arbres… Où ils mettront des centaines d’années à se décomposer et deviennent alors un véritable danger environnemental. Notamment, ils peuvent bloquer les systèmes de drainage et être à l’origine d’importantes inondations : c’est ainsi qu’au Bangladesh on a accusé le sac plastique d’avoir mis les deux-tiers du pays sous l’eau, à deux reprises, en 1988 puis 1998. Et lorsqu’ils ne bloquent pas les systèmes d’évacuation des eaux, voilà qu’ils finissent dans nos océans où ils représentent un danger mortel pour de nombreuses espèces marines : certaines les ingurgitent (les méprenant souvent, de par leur allure, pour des méduses) alors que d’autres s’y retrouvent simplement piégées. C’est le cas notamment de nombreuses tortues de mer, dont la survie de certaines espèces inquiète de plus en plus les associations environnementales…

« Près de 80 % des bovins tués aux abattoirs de Nouakchott [en Mauritanie] sont porteurs de sacs plastique dans leur panse »

Sur terre, et plus particulièrement sur le continent africain, où il fait souvent partie du paysage, le sac plastique est tout aussi dangereux pour nos mammifères. Rien qu’au Burkina Faso, il entraînerait la mort de 30% du bétail selon le ministère de l’Environnement. Car les bovins, tout du moins ceux élevés en pleine ville, n’ayant pas de pâturages pour brouter, les confondent également avec de la nourriture (et ce ne sont d’ailleurs pas les seuls déchets qu’ils ingurgitent au quotidien). Si bien qu’en Mauritanie, sans nécessairement en mourir directement, «  près de 80 % des bovins tués aux abattoirs de Nouakchott sont porteurs de sacs plastique dans leur panse  » a déclaré le ministre mauritanien de l’Environnement, Amedi Camara, selon l’Agence de presse officielle mauritanienne (AMI). Inutile de dire que ce sont ces mêmes bêtes que l’on va ensuite vendre en détail… De quoi couper l’appétit.

Aussi, face à ce constat (entre autres), la Mauritanie a-t-elle décidé de mettre un terme au fléau : depuis janvier 2013, la production, la commercialisation et l’utilisation de sacs en plastique est purement et simplement interdite sur son territoire. Egalement prise par le Mali, au même moment, cette décision drastique ne fait en réalité que suivre l’exemple… C’est en effet l’Afrique du Sud qui a été le premier pays africain à vouloir, si ce n’est bannir, au moins limiter le sac plastique sur ses terres, en 2003. Comme la plupart l’ont fait après lui, le gouvernement sud-africain a interdit les sacs de moins de 30 micromètres d’épaisseur, soit les sacs en plastique les plus fins (mais les plus utilisés) du marché, et a imposé une taxe sur les autres (plus épais et donc amenés à être réutilisés). Plusieurs pays africains lui ont ensuite emboîté le pas : à commencer par l’Erythrée et la Somalie, en 2005, puis la Tanzanie en 2006, l’Ouganda en 2007, le Rwanda en 2008, le Gabon en 2010, le Togo et le Kenya en 2011… Et prochainement la Côte d’Ivoire, puisque le décret interdisant le sac plastique devrait y entrer en vigueur le 25 novembre 2013.

L’Occident, loin d’être un exemple dans la lutte contre les sacs en plastique

Soit tant de nations qui font aujourd’hui de l’Afrique le continent le plus « répressif », dit-on, en matière de sacs en plastique dans le monde... En Asie, ils sont quatre à avoir légiféré sur le sujet. Le précurseur a été le Bangladesh, qui a donc décidé de mettre fin à son problème majeur d’inondations causées par les sacs en plastique, les interdisant totalement en 2002 – ils ont depuis largement été remplacés par des sacs de jute, 100% naturels et donc biodégradables. La même année, l’Inde a pour sa part choisi de bannir les sacs de moins de 20 micromètres d’épaisseur. Puis, en 2003, la République de Taïwan a décidé d’interdire la distribution gratuite des sacs en plastique de moins de 60 micromètres d’épaisseur, ce qui a résulté à une utilisation plus importante de sacs en papier – biodégradables, eux aussi. Et en 2008, la Chine a interdit les sacs en plastique de faible épaisseur et a imposé une taxe sur le reste, réduisant ainsi de moitié la consommation de sachets plastique dans le pays en l’espace d’une seule année.

Par ailleurs, si la toute première législation limitant (réellement) l’usage des sacs en plastique vient du Danemark – qui a imposé une taxe sur ceux-ci dès 1994 –, l’Europe a pour sa part majoritairement failli dans cette lutte. Ils n’y sont que trois autres pays à avoir également imposé une taxe sur les sacs en plastique – l’Allemagne, l’Irlande et le Pays de Galle – et un seul – l’Italie – à avoir osé l’interdiction, depuis 2011, des sacs non-biodégradables. Et s’il est un autre mauvais élève, c’est bien le continent nord-américain… Terre mère de la surconsommation, les Etats-Unis – où sont écoulés pas moins de 102 milliards de sacs en plastique chaque année selon la Commission américaine du Commerce International – n’ont de législation contraignante qu’à un niveau municipal (plusieurs villes, notamment en Californie, ont ainsi pris les devants en interdisant totalement, ou en imposant une taxe sur les sacs en plastique). Et il en est de même au Canada voisin... Alors comment expliquer que ces pays, qui semblent en tout cas consommer le plus et lutter le moins contre les sacs en plastique, restent les moins touchés par ce fléau ?

[A suivre : Interdire le sac (et autre emballage) plastique est-il la meilleure solution ?]

Jessica Rat

Lefaso.net

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