Rencontre gouvernement/syndicats : « Les syndicats ne sont pas satisfaits des propositions du gouvernement »

mardi 26 mars 2013

La rencontre annuelle gouvernement/syndicats des travailleurs au titre de l’année 2012 s’est achevée le 21 mars 2013 à Ouagadougou. Trente deux points étaient au menu des négociations et 19 ont reçu l’accord des deux parties. Dans cette interview, Norbert Ouangré, secrétaire confédéral chargé de la Presse à la CGT-B (Confédération générale des travailleurs du Burkina) revient sur les différents points en négociation et les acquis. Il dit malgré tout que les syndicats restent insatisfaits des propositions faites par le gouvernement.

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Rencontre gouvernement/syndicats : « Les syndicats ne sont pas satisfaits des propositions du gouvernement »

Le gouvernement et les syndicats se sont rencontrés au tour d’un cahier de doléances soumis par les syndicats. Quel en était le contenu ?

Le contenu du cahier de doléances est assez large parce qu’il embrasse un certain nombre de rubriques. Premièrement, vous avez le problème du pouvoir d’achat. Dans ce point, nous posons les réclamations des augmentations des salaires, des indemnités, etc. Il y a la question des libertés démocratiques et syndicales, d’éducation et de santé. Nous avons également pris en compte d’autres couches tels que les étudiants, les agriculteurs et bien d’autres. Ce sont là les 4 grands axes au tour desquels se concentrent les revendications contenues dans le cahier de doléances.

Quels points n’étaient vraiment pas négociables selon les syndicats ?

Disons plutôt les questions qui nous tiennent à cœur. Parmi celles-ci, figurent en première place la question des libertés démocratiques et syndicales. Parce que toutes les autres questions ne peuvent avoir de solutions que si dans les entreprises ou les services de l’Etat, les travailleurs ont la possibilité de s’organiser. Ce qui démontre que les libertés démocratiques et syndicales constituent une grosse préoccupation pour les syndicats. Nous avons insisté là-dessus au cours de cette rencontre avec le gouvernement.

Dans la réaction aux réponses du gouvernement, notre porte-parole a insisté sur les cas d’atteinte à la liberté syndicale. Parce que nous souhaitons obtenir des avancés sur ces questions. Malheureusement, le gouvernement n’a pas fait de grandes concessions parce qu’on est resté dans le vague.

De quels cas avez-vous discuté avec le gouvernement ?

Nous avons parlé des licenciements dans les sociétés minières. Presque toutes ont licencié des délégués de personne ou des délégués syndicaux. Le comble est que dans certains cas, l’inspection du travail a refusé les licenciements. Puisque le Code stipule que l’employeur doit requérir l’avis de l’inspecteur du travail parce que les travailleurs sont protégés. C’était malheureusement le cas à Taparko. Nous avons interpellé le gouvernement sur ces cas depuis l’année dernière. On a même eu une rencontre avec l’ancien ministre du travail et de la sécurité sociale. Il avait même pris des engagements mais on constate que jusqu’aujourd’hui ce problème reste à l’état.

Nous avons aussi évoqué un cas récent. Ce qui nous étonne dans ce cas est que c’est l’Etat lui-même qui s’engage dans la violation de la liberté syndicale. Il s’agit du cas du militant du Syntsha de Séguénéga qui a été licencié en Conseil des ministres avec poursuite judiciaire pour avoir, en réalité, observé un mot de grève. Le Conseil des ministres ne fait pas état de cet aspect. Nous trouvons que ce n’est pas juste parce que le militant répondait à un mot d’ordre de grève et il ne faut pas le présenter simplement comme étant quelqu’un qui a refusé d’assister une patiente au niveau du CMA (Centre médical avec antenne chirurgicale) de Séguénéga. Nous avons posé de nombreux cas similaires au gouvernement mais il n’y a pas de véritables propositions pour résoudre ces cas d’atteinte à la liberté syndicale.

Quels sont les points qui ont obtenu le consensus entre les syndicats et le gouvernement ?

Il ne s’agit pas de points sur lesquels on tombe d’accord. Car cette rencontre est différente de celle qu’on aurait eue après une action de lutte. Mais nous avons soumis ici au gouvernement, un cahier de doléances. Nous prenons par la suite acte des engagements du gouvernement par rapport à certains points et rendons compte. Nous faisons, pour cela, un bilan à mi parcours et ferons un bilan définitif.

Je peux d’ores et déjà vous dire que le mouvement syndical est insatisfait des engagements pris par le gouvernement parce que certaines questions importantes, à notre avis, n’ont pas trouvé de réponses satisfaisantes.

Lesquelles ?

Je parle notamment des questions qui ont trait au pouvoir d’achat. Concernant, par la grille indemnitaire des agents de la Fonction publique. Nous nous étions accordés sur la question depuis 2011. Le gouvernement avait promis que la relecture de la grille allait contribuer à améliorer le pouvoir d’achat. Et c’était une solution pour pallier au refus d’augmenter les salaires. Le gouvernement avait donc promis que quelque chose allait nous être proposée au cours du premier trimestre de 2012. Mais on constate aujourd’hui que rien n’a encore été fait. Et le gouvernement nous dit d’attendre parce qu’il veut reconsidérer toute la grille et regrouper les 27 indemnités en 4 catégories. Ce sera donc à l’issue de l’étude qui sera réalisée sur la question qu’il verra notre requête. Vous comprendrez donc que nous soyons déçus sur cette question parce que, non seulement la revendication n’est pas satisfaite mais c’est aussi un recul par rapport à l’engagement qui avait été pris lors des négociations.

Quels engagements trouvez-vous bon à prendre ?

Il y a celui sur l’uniformisation du taux d’annuité pour les retraités. Cet engagement avait même été pris l’année dont l’excusant étant en souffrance et sera débloqué normalement d’ici au 30 juin 2013. Mais dans l’ensemble, nous ne sommes pas satisfaits.

Comment avez-vous trouvé le déroulement de la rencontre gouvernement/syndicat ?

La rencontre s’est assez bien passée. Il faut noter que la rencontre a été institutionnalisée depuis 2007. Il s’agit pour les syndicats d’aller à la rencontre du gouvernement au tour du cahier de doléances de l’année. Le gouvernement, après examen de nos doléances, formule des réponses sur l’ensemble des revendications. Au niveau des organisations syndicales, nous réagissons sur ces réponses. Si nous estimons que le gouvernement doit réajuster ses réponses, il les reprend. Mais si lui aussi estime nécessaire de maintenir ses premières réponses, nous en restons là. Et à la fin, nous rédigeons un communiqué final dans lequel, le gouvernement prend des engagements par rapport aux points sur lesquels, il pense pouvoir donner satisfaction. Voilà un peu le sens de la rencontre.

Les syndicats ne sont pas satisfaits des propositions du gouvernement. Quelle pourrait-être la suite ?

Il y aura encore probablement des grèves car ce sont les seuls moyens dont nous disposons pour nous faire entendre. Lorsque nous déposons nos doléances sur la table et nous n’avons pas eu de suite favorable, il faut peut-être faire la démonstration de forces sur le terrain pour amener le gouvernement à faire des concessions. C’est ce que nous déplorons d’ailleurs. Certains parlent de mouvements violents lors des manifestations. Mais jusqu’à présent, le mouvement syndical, malgré les grandes mobilisations que nous avons toujours enregistrées, n’a pas encore fait des casses. Malheureusement nous n’engrangeons pas de grandes choses. L’impression que donne le gouvernement est que si les manifestants veulent se faire entendre, il leur faut casser. C’est même inscrit dans l’esprit de beaucoup de personnes que tant que la manifestation est pacifique, elle n’aboutit à rien. Et nous comptons nous faire entendre.

Interview réalisée par Jacques Théodore Balima

Lefaso.net

Encadré

Les 19 points d’accord

1- La prise de dispositions nécessaires pour que les avancements de 2012 soient constatés courant 2013 ;
2- La suppression de l’IUTS sur les primes et les indemnités de départ à la retraite pour compter du 1er janvier 2007 ;
3- La poursuite et le renforcement du contrôle des prix et de la qualité des produits de grande consommation soumis à la réglementation ; 4- La reconstitution de la carrière des monitrices des garderies populaires avant la fin de l’année 2013 ;
5- La poursuite et le renforcement des contrôles périodiques des établissements d’enseignement et des cliniques privés ainsi que le respect des cahiers de charges ;
6- La poursuite et le renforcement de la politique visant la prise en charge gratuite des urgences médicales, chirurgicales et obstétricales ; 7- Le règlement définitif des dossiers sociaux résiduels objet de recommandations pertinentes du Comité paritaire gouvernement/ syndicats institué par le gouvernement. Dans ce cadre, le règlement des droits sociaux dus aux ex-travailleurs de l’ex-ONDF et des travailleurs de l’ex-Faso Fani bénéficiaires de décisions judiciaires individuelles sera effectué avant le 30 avril 2013 ;
8- L’adoption, avant la fin de l’année 2013, des différents textes nécessaires à la mise en œuvre des élections professionnelles ;
9- La relecture de l’arrêté portant création du comité paritaire de suivi des rencontres gouvernement/ syndicats avant le 30 juin 2013 ;
10- La prise d’un texte réglementaire sur les modalités de retenue de salaires pour fait de grève au plus tard le 30 avril 2013 ;
11- Le renforcement des contrôles des parquets dans les Maisons d’arrêt, les commissariats de police et autres lieux de garde-à-vue afin de prévenir et réprimer la torture ainsi que l’élaboration, au cours de l’année 2013, d’un avant projet de loi portant définition et répression de la torture au Burkina Faso ;
12- Le renforcement de l’indépendance affective de la justice notamment dans le cadre de la relecture de la loi organique du 13 décembre 2001 portant statut du corps de la magistrature et de la loi du 13 décembre 2001 sur le Conseil supérieur de la magistrature et de leurs textes d’application au plus tard au cours du premier semestre de 2014 ;
13- La traduction effective devant les tribunaux des auteurs de crimes économiques et de sang ;
14- La mise à disposition de la justice des moyens nécessaires pour faire la lumière sur les crimes commis à l’occasion des manifestations de février 2011 à Koudougou et des tueries de Guenon ;
15- La prise de mesures concrètes et efficaces contre la corruption et la fraude ;
16- Le respect des textes réglementaires en vigueur en matière de procédure d’entente directe dans l’attribution des marchés publics et la réforme de la procédure de résiliation dans le cadre de la relecture des textes relatifs aux marchés publics ;
17- La poursuite du recouvrement des créances de l’Etat en souffrance dues notamment par des responsables ;
18- La poursuite judiciaire contre les contribuables coupables d’infractions fiscales graves ;
19- La prise des textes et mesures d’application de la loi n°033-2009/AN du 16 juin 2009 portant régime foncier rural pour éviter les expropriations abusives des paysans de leurs terres.

Source : Communiqué final

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