Insécurité routière au Burkina Faso : Les solutions sont à la portée de tous

lundi 29 août 2011

La route tue et mutile au quotidien au Burkina Faso. Les faits sont là, la réalité demeure. Chacun de nous en a déjà été soit victime soit témoin. Les multiples accidents qui surviennent sur nos routes sont d’une telle ampleur et d’une telle fréquence qu’il sied de tout mettre en œuvre, individuellement et collectivement, pour définir des stratégies afin d’en réduire considérablement le nombre. C’est d’autant plus urgent que ces malheurs ont tendance à concerner plus la frange jeune de notre pays, c’est-à-dire la cheville ouvrière et l’espoir de la Nation. Les solutions à cet état de fait semblent pourtant simples et accessibles à tous, pour peu que chacun s’y emploie. « Dans le monde, plus de 20 millions de personnes sont tuées ou grièvement blessées chaque année sur les routes, notamment dans les pays en développement où se produisent 90% de ces accidents.

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D’ici à 2020, prévoit l’OMS, ceux-ci seront une des principales causes de mortalité. De plus, les taux de mortalité dus aux traumatismes causés par les accidents de la route dans la région africaine sont les plus élevés au monde. Notre pays, le Burkina Faso n’est pas une exception à la règle. » C’est la réalité traumatisante que le ministère de la Sécurité révélait déjà en 2003 dans le préambule du mémento de la police de la route. Ces chiffres inquiétants doivent interpeller chaque citoyen où qu’il soit et qui qu’il soit afin que soient trouvées (si ne n’est déjà fait) et surtout appliquées, des mesures idoines de sorte à diminuer au maximum possible les cas d’accidents de la route.

S’agissant des autorités politiques, il est à constater que des efforts sont déployés dans ce sens. En témoignent entre autres l’adoption du décret N°2003-418/PRES/PM/MITH/SECU/DEF/MATD du 12 août 2003, portant définition et répression des contraventions en matière de circulation routière, et tout dernièrement la création du Conseil national de sécurité routière (CNSR) et l’Office national de sécurité routière (ONASER). Le CNSR a cela de pertinent qu’il regroupe près de 29 membres issus de 27 structures publiques et privées et de la société civile, signal fort que la lutte pour une meilleure sécurité routière passe nécessairement par la conjugaison des efforts de tous les citoyens. Pour réduire le nombre des accidents de la route, il convient d’en déceler les causes et d’y trouver les remèdes appropriés.

Au nombre des causes principales des accidents de la route au Burkina Faso, la Police nationale cite trois éléments le plus souvent interdépendants, à savoir l’homme, le moyen par lequel celui-ci se déplace, et l’état de la route qu’il emprunte. Chacune de ces causes renfermant des sous-causes.

L’homme comme usager

Au niveau de l’homme, le chef de la section des accidents au sein du Commissariat central de police de Ouagadougou, l’officier L. Daniel Zombré, note généralement comme causes l’ignorance de la règlementation et de la législation routière (code de la route), l’imprudence, la maladresse, la négligence, l’imprévoyance, l’indiscipline, l’étourderie et l’inobservation des règles de circulation routière. Qu’est-ce à dire ? Nombre de personnes qui ignorent le code de la route n’hésitent pas à emprunter la route sans permis de conduire par exemple. Comme solution, la formation continue sur le civisme routier doit rester de mise et profiter au plus grand nombre de citoyens. La maladresse chez certains usagers est très souvent liée à certains problèmes dus à la prise d’alcool et/ou de drogue. On a de cesse de rappeler l’aspect nuisible de ces éléments, surtout pour les usagers de la route.

Contrer l’imprévoyance consiste pour chacun à pouvoir prévoir les comportements des autres en circulation, à avoir un moyen de déplacement en bon état (éclairage et système de freinage corrects…). Ceux qui sont négligents se disent que rien ne peut leur arriver, mais se surprennent toujours à être soit auteur soit victime d’accidents, du fait que selon eux, « ça n’arrive qu’aux autres ». L’imprudence concerne beaucoup plus les jeunes qui dans l’euphorie et l’exhibitionnisme à outrance conduisent comme ils veulent. « Ce sont les autres qui doivent nous voir et donc doivent faire attention à nous », l’avenir ne semble pas compter, seul le présent vaut. Et … patatras ! La vulnérabilité particulière des jeunes est aussi due à l’usage par ceux-ci d’une certaine gamme de véhicules à deux roues à la vitesse effarante. Le résultat, on le connaît quand le danger survient.

La meilleure manière de combattre l’indiscipline, c’est d’être bon citoyen, c’est-à-dire respecter la vie des autres usagers, être sage en circulation, songer à l’avenir. L’étourderie s’observe généralement chez les usagers qui quittent des zones où la circulation routière est « simple » (les campagnes par exemple) pour une autre où celle-ci est très complexe (les grandes villes par exemple). L’étourderie se constate aussi chez les usagers ayant consommé une quantité excessive d’alcool, de drogue ou toute autre substance dopante. Pour ces cas – comme pour les autres -, l’information, la formation et la sensibilisation sur le code de la route sont requises.

Le véhicule comme moyen de déplacement

A deux roues comme à quatre, le véhicule est cité comme l’une des causes majeures des accidents de la route. Les statistiques des interventions de la Brigade nationale de sapeurs pompiers sont formelles là-dessus. Comme mentionné auparavant, les trois principales causes d’accidents de la route sont généralement liées. Au niveau du véhicule, on peut énumérer trois aspects particuliers, à savoir celui technique des moyens de déplacement, celui relatif à leur âge, et celui lié à leur fabrication. L’aspect technique concerne les organes de freinage, d’éclairage, de direction, la pneumatique, etc., qui, s’ils sont bien entretenus contribuent énormément à réduire non seulement le nombre des accidents mais aussi à en amoindrir les conséquences. Le Burkina Faso accueille bon nombre de véhicules (surtout à quatre roues) dont l’âge est très avancé, en plus du fait que leurs propriétaires se soucient très peu de leur entretien.

Si on dit n’avoir pas assez de moyens financiers pour s’offrir un véhicule flambant neuf, on doit par contre se donner les moyens de révision régulière de celui de seconde main qu’on a acquis. De toute façon, on n’est pas tenu forcément de circuler en voiture, est-on amené à dire. La trop grande capacité de vitesse de certains véhicules (surtout à deux roues) expose plus d’un aux accidents de la route, notamment les jeunes d’une certaine aisance sociale qui arrivent à s’en procurer. Cette problématique interpelle en premier l’autorité politique qui doit soit exiger aux fabricants de plomber (ou limiter) la vitesse de ces engins soit tout simplement en interdire l’importation dans le pays. Il est évident que l’objectif de ces constructeurs est de fabriquer des motos qui vont de plus en plus vite, afin d’avoir de plus en plus d’argent, surtout grâce à une certaine jeunesse aussi désireuse d’aller vite et encore plus vite.

En second, il revient aux jeunes (et par ricochet à leurs parents), par mesure de prudence et en toute responsabilité, de s’abstenir d’acheter ce type de véhicules, au cas où la volonté politique ne se manifeste pas. Bouder un tel produit découragera tout naturellement les importateurs qui se verront obligés de revoir la nature de leurs commandes.

La route comme lieu d’accident

L’étroitesse de certaines infrastructures routières (surtout à Ouagadougou), en partie héritées d’un plan d’urbanisation non visionnaire, explique en grande partie les accidents de la route. L’élargissement de ces routes est la solution, mais il faut souligner qu’il peut y avoir problème à certains niveaux car cela reviendra à déguerpir bon nombre de populations riveraines. La volonté politique d’y remédier s’est malheureusement souvent heurtée à des incompréhensions au sein de la population concernée (projet ZACA, à titre d’illustration). La route comme cause d’accidents est également le fait du manque de son entretien aussi bien par les autorités que par les usagers. En effet, le non respect par certains d’entre eux des barrières de pluie en saison hivernale, le ramassage anarchique de sable et de graviers sur les voies, l’usage par certains conducteurs de gros porteurs des voies uniquement réservées aux petits véhicules ou aux motocyclistes, vélocyclistes et autres piétons… participent également à la dégradation des routes disponibles.

En plus de toutes ces causes, l’on peut retenir que l’agrandissement des villes, associé à l’augmentation du nombre d’habitants, entraîne beaucoup de mouvements de populations sur les routes. Pour pallier cela, il faut savoir composer avec le transport en commun, qui bien que limité, permettra de « décourager » l’usage des deux roues (principales formes d’implication dans les accidents). Ce secteur gagnerait donc à être mieux organisé pour répondre aux besoins réels en attente. Pour lutter contre l’insécurité routière, surtout les accidents de la circulation, des efforts restent à encourager chez l’autorité publique – le recrutement constant d’agents de police, de gendarmerie, de sapeurs pompiers ; l’équipement croissant de certaines intersections jugées à risques ; le bitumage d’un plus grand nombre de voies. A l’encontre des usagers inconscients qui manquent au code de la route, la police a l’autorisation légale d’user de la répression si de besoin, conformément au décret cité antérieurement. Dans un pays où presque tous les secteurs sont prioritaires, il faut savoir raison gardée et de travailler de concert et à tous les niveaux pour combattre réellement le phénomène des accidents de la route.

Hermann GOUMBRI

Le Progres

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