Concours directs de la Fonction publique : le parcours du candidat

mardi 27 juillet 2004

Après le lancement des concours directs de recrutement dans la fonction publique, les futurs candidats sont actuellement à la première étape, celle du dépôt des dossiers. Non sans difficultés pour ces derniers et aussi pour les organisateurs des concours. Passage obligé pour toute personne qui aspire à être un jour fonctionnaire, il n’en demeure pas moins que le dépôt de dossier n’est pas toujours une partie de plaisir. Une visite de quelques centres de réception nous a permis d’en avoir un aperçu.

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A voir l’affluence monstre dans les différents centres de dépôt de la ville de Ouagadougou, ce n’est pas demain la veille du jour où vous pourrez convaincre les gens que la fonction publique, ce n’est plus grand -chose aujourd’hui.

Malgré la réforme avec son corollaire de contractualisation (de "privatisation" disent les syndicats) qui est passée par là, cette fonction publique-là demeure le premier employeur au Burkina. Pour bien de Burkinabè, être fonctionnaire de l’Etat, c’est comme si vous aviez contracté une assurance-vie, surtout par ces temps où le chômage sévit de façon cruelle dans nos villes.

Ce jeudi-là, Mariam Darga s’est rendue très tôt sur les lieux de dépôt, précisément à 4 heures du matin. Après deux concours infructueux pour le recrutement d’accoucheuses auxiliaires à Bobo et à Gaoua, elle a jeté cette année son dévolu sur celui des préposés aux eaux et forêts, niveau certificat. C’est à la Direction générale des eaux et forêts qu’on réceptionne les dossiers. M. Issa Goumbané y est le président du centre de réception.

A la porte d’entrée, un de ses lieutenants scrute les candidats pour détecter boîteux et autres handicapés moteurs. Inutile de préciser que pour être forestier, il faut souvent savoir se servir de ses jambes. Lorsque nous sommes arrivés le jeudi 22 juillet, aux environs de 10 heures, 6 000 dossiers étaient déjà réceptionnés, aussi bien pour le niveau certificat que pour les titulaires du bac qui aspirent à être contrôleurs des eaux et forêts.

Les margouillats ne sont pas visibles (1)

Le président du centre assurait qu’ils pourraient réceptionner tous les dossiers et respecter la date limite du 24 juillet, qui a finanlement été repoussée au 27 c’est-à-dire à aujourd’hui même. Dans ces lieux, les "margouillats" (1) ne sont pas les bienvenus, car les Eaux et forêts étant un corps paramilitaire, les conditions physiques important beaucoup, il faut par conséquent voir les candidats en chair et en os avant d’accepter leurs dossiers. Il n’y a donc pas d’intermédiaire qui tienne. M. Goumbané pointe du doigt une annonce placardée sur tous les murs, où il est écrit : "Pas d’intervention. N’insistez pas.

La présence du candidat est obligatoire". Si ce n’est un langage militaire, ce doit être du paramilitaire, tant le message est clair. La taille minimale exigée pour les concours des forestiers et de 1m60. Cette condition est si primordiale que ceux qui ne semblent pas, à l’œil nu, la remplir sont amenés à la toise et mesurés. Mariam Darga, qui avait 1m57 mentionné sur sa CIB, va donc se plier à cette exigence.

"C’est en 1991 que j’ai établi la pièce d’identité. J’avais à l’époque cette taille. Selon le président du jury, le problème est souvent ailleurs : "Nous avons remarqué que la police fait souvent des erreurs sur la taille". Il nous citera d’ailleurs d’autres difficultés rencontrées, notamment des papiers légalisés totalement illisibles ou des documents périmés. "Nous sommes obligés de les refouler", concluera le chef du centre de réception.

Pour le recrutement des élèves policiers, le facteur taille est également pris en compte. Il faut être haut de son 1m70 pour espérer devenir flic. D’un air amusé, le président de ce centre de réception, l’administrateur civil Jean Michel Hien précisera qu’à la police, "à défaut d’être gros, il faut quand même être grand".

Autrement dit, il faut en imposer. Cette réception de dossiers se fait à l’Ecole nationale de la police, à l’ombre des arbres. Ce jour d’ailleurs (NDLR 23 juillet 2004), dans l’enceinte de cette école, des policiers en fin de formation faisaient une répétition, fanfare à l’appui, pour leur sortie de promotion qui devait avoir lieu le lendemain.

Le recrutement pour l’école de police vise cette année à former des officiers (niveau Bac) et des assistants de police (BEPC). L’une des conditions, qui a joué le plus de tours aux candidats, est celle de l’âge : il faut avoir 30 ans au 31 décembre. Bien des déposants ont donc vu leurs dossiers rejetés pour être nés en 1974 quelques jours ou quelques mois après et ce, à leur grand étonnement.

Pourtant, assurera M. Hien, les textes sont on ne peut plus clair : "Il est bien précisé que le candidat doit avoir au maximum 30 ans le 31 décembre de l’année précédente, soit en 2003". Dans le centre de réception à l’école nationale de police, cinq guichets sont installés pour la réception des dossiers. Un ordre militaire y règne. De la porte d’entrée, côté sud, en bordure de la voie bitumée qui va au stade du 4-Août, les candidats sont introduits un à un. Une fois à l’intérieur, un autre rang est fait et tous passent par la toise.

Des gentilés à 50 FCFA

A l’école nationale de santé publique (ENSP), on a l’impression qu’un Rood-Woko bis s’est formé. A l’intérieur comme à l’extérieur, c’est une multitude de parkings qui ont été installés. La concurrence y est si rude que chaque "parkeur" fait son marketing pour se faire le maximum de clients. Au fond de la grande cour, se font les réceptions des dossiers de ceux parmi lesquels sortiront dans quelques années des infirmiers, des sages-femmes ou des gestionnaires d’hôpitaux.

En attendant, bien des gens qui ont le flair commercial se font de l’argent, grâce à l’affluence : des gérants de parking, vendeurs de gâteaux, et de documents. Assis à même le sol, un enfant vend des feuilles photocopiées sur les gentilés, intitulée : "Habitants des provinces :comment doit-on les appeler ?", et d’autres photocopies sur les noms des femelles des animaux, de leurs petits et leurs cris. Une feuille coûte 50 FCFA, le prix à payer pour savoir par exemple que l’éléphant barrit ou que la femelle du sanglier s’appelle la laie.

Tout ce remue-ménage et ce remue-méninges fait le bonheur de tous sauf un, le propriétaire d’un jardin potager situé au lieu même de la réception des dossiers, et dont les petits pieds de salade sont martyrisés par chaque pied qui passe par là.

C’est à peu près la même ambiance qui existe à l’Ecole nationale des régies financières (ENAREF), sauf que là-bas, il n’y a pas de salade à piétiner. Marc Sora est venu déposer ses papiers afin de passer le concours du cycle B de l’ENAREF, Léa Zampaligré et Célestin Kaboré, celui du cycle C. Léa a fait la comptabilité au lycée technique Amilcar-Cabral. Quant à Célestin, il a quitté sa seconde C au lycée Untaani de Diapaga pour "tenter sa chance".

Sa seule hantise est que beaucoup ne respectent pas le rang. Marc, lui, est en sciences économiques à l’université de Ouagadougou. Concernant les concours, il n’est pas à son premier coup d’essai. Les années passées, il a tenté les concours "Des adjoints sociaux, de l"’ENAREF cycle C" et "Des secrétaires de greffe et parquet".

Pourquoi un tel acharnement à passer des concours, lui qui n’est pas en fin de cycle ? "Vous-même voyez que dans ce pays, ça ne va pas. Pour poursuivre les études, il faut de l’argent. Dans la pauvreté, on échoue. Autant donc chercher le boulot, quitte à poursuivre les études en même temps".

Après le métier de douanier, c’est ceux se rattachant aux régies financières qui suscitent l’engouement. Le président de la commission réception des dossiers des concours du ministère des Finances et du Budget, M. Abdoulaye Sondo, en est conscient :"Nous avons presque triplé le nombre de guichets, qui sont au nombre de dix".

Toujours est-il qu’au niveau de son centre de réception, comprenant 33 personnes, 7 000 dossiers pour le cycle C et 220 pour le cycle A sont déjà ficelés en lots de 200. Des difficultés il n’en manque pas, concernant spécialement les pièces composant le dossier : concordance des pièces à fournir, différence de nom sur le diplôme et la carte d’identité ou l’acte de naissance, ajouts de noms et dates de naissance qui ne concordent pas. Des margouillats, il n’en voit pas.

"Nous, nous travaillons à l’intérieur. Cela se passe peut-être au niveau des rangs. Mais s’il y a des problèmes, la sécurité intervient". Cette dernière phrase n’a rien de rassurant, mais elle permet de se faire une idée de l’ordre qui règne cette année sur les sites de dépôts des dossiers de candidature visités.

Il n’y a pas de bousculade, et les fameux margouillats ont préféré raser les murs. Insistance a été faite pour que chaque candidat dépose lui-même son dossier. Comme le précisera M. Jean Michel Hien à l’école de police, "Le dossier, la personne elle-même". Seulement , on perçoit une certaine lenteur dans le dépôt.

Conséquence, des candidats sont obligés de rester debout longtemps, souvent sous un soleil de plomb avant d’atteindre la tête de la file. Sans parler des désagréments que rencontrent ceux qui sont obligés d’aller dormir au lieu de réception avec natte et matériel de thé la veille, afin de se faire une bonne place. Vivement, que pour les sessions suivantes, le ministère de la Fonction publique multiplie les lieux de dépôt et les guichets de réception.

Car pour les chercheurs d’emplois, le parcours du combattant commence dès le dépôt de dossier en vue d’un hypothétique boulot, tant le nombre de places mises en compétition est insignifiant au regard de la marée humaine qui déferle depuis plusieurs jours dans les centres de dépôts. Rappelons qu’il y a 6950 postes à pourvoir pour l’ensemble des 60 concours directs d’entrée à la fonction publique.

Issa K. Barry

(1) Intermédiaires qui déposent le dossier à la place du candidat, contre paiement d’une

L’Observateur

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