Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou : Une vie de prisonnier

mardi 30 juin 2009

Dans le cadre de ses activités, le Mouvement burkinabè pour l’émergence de la justice sociale (MBEJUS) a visité, le 25 juin 2009, la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. S’imprégner des conditions de vie en milieu carcéral et faire un rapport public et le mettre à la disposition des autorités pour d’éventuelles mesures d’amélioration de ces conditions ; tels sont les objectifs assignés à ces visites des pensionnaires des prisons. Il en ressort que les détenus de la MACO ont un repas à manger 2 fois par jour, sont plus de 1400 pensionnaires dans cette prison prévue pour en abriter 430 et que plus de la moitié des locataires n’ont pas encore été jugés.

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La prison est un lieu de privation de liberté, un milieu de correction de toute personne qui, pour une raison ou une autre, a enfreint la réglementation établie. Malgré tout, ses pensionnaires doivent y avoir droit à un minimum de droit notamment à la santé, à l’alimentation, à l’hygiène et au traitement décent. Pour s’imprégner de leurs conditions de détention, le Mouvement burkinabè pour l’émergence de la justice sociale (MBEJUS) initie une visite annuelle dans les différentes prisons. Le jeudi 25 juin dernier, il était à la MACO, et cette visite, le Mouvement l’a placée sous le signe de « la discipline au sein des maisons d’arrêt et de correction ». Elle a débuté par les adultes hommes. En un mot, le peuple de la Maison. A entendre l’intendant, Luc Zina, le petit mil, le maïs, le sorgho et le haricot sont à la base du seul repas du jour qu’ils doivent manger à midi et le soir. Il est 9 heures : les pensionnaires s’affairent à préparer eux-mêmes le repas du jour. 5 sacs de petit mil, 5 de haricot et 3 bidons d’huile de 20 litres pour la journée. Gardés par les GSP (Gardes de sécurité pénitentiaire), les uns fendent le bois, les autres lavent les céréales.

Les marmites sont déjà au feu. Selon Zina, en plus de ce repas, les pensionnaires reçoivent de la nourriture de leurs parents et de certaines ONG et associations. Ce qui fait, selon lui, qu’il y a parfois des restants de nourriture. Le riz ne leur est servi que les jours spéciaux comme les jours de fêtes et de cérémonies solennelles ainsi que quand il y a des difficultés à moudre les céréales. Toujours d’après lui, la dotation de riz pour l’année en cours, qui doit être faite par la SONAGESS, n’est toujours pas effective. En outre, ils n’ont pas de dotation en savon cette année. Par jour, la MACO utilise pour le maïs, 9 sacs de 100 kg et pour le riz, 13 sacs de 50 kg. La visite se poursuit dans les cellules. Le bâtiment, construit en 1962 et opérationnel depuis 1964, ne devait abriter que 430 prisonniers à raison d’un détenu par cellule. Le constat est tout autre : 15 à 16 détenus par cellule de 9m2. On se retrouve ainsi avec 1328 détenus.

Soit une surpopulation de 300% avec certains prisonniers qui occupent les couloirs de l’immeuble, à 3 niveaux. Selon l’intendant, il n’y a pas de costume pénal pour eux, et les dortoirs sont nettoyés 2 fois par semaine avec du grésil, de l’eau de javel et du savon omo, chacun y vivant avec ses moyens. On peut donc y trouver, entre autres, des télés, des décodeurs, des ventilateurs et des DVD. Le kiosque qui est dans le bâtiment vent presque tout se qu’on vend ailleurs dehors. Un tour à l’arrière de l’immeuble montre que les eaux usées et les ordures y ont formé un véritable nid d’insalubrité. Sur les 15 par cellule, c’est seulement une, deux ou trois personnes qui ont été jugées. Avec un tel effectif dans des espaces très exigus, on se demande ce qui adviendrait en cas d’épidémie ou d’incendie.

Saul Traoré et affaire Pierre Soulgané

Depuis le jeudi 17 février 2005, Saul de Tarse Traoré, le célèbre « égorgeur des jeunes filles », en vertu du verdict livré par le Président de la Chambre criminelle, Robert Zerbo, a été condamné à mort. Il a tué Adissa Kouanda ainsi que Jeanne Marie Salma Lengani, et tenté de tuer trois (3) autres personnes : Carine Ouédraogo, Christian Goroko Tapsoba et une présumée maîtresse de son père, Irène, par qui tout est arrivé. A notre passage, il était seul dans sa cellule au rez-de-chaussée. Avec tout le confort nécessaire : matelas, télé, décodeur, DVD, plusieurs bidons d’eau minérale et des boîtes de sardine. A table avec un bic et un cahier, il dit écrire sa biographie. Contrairement à lui, Pierre Soulgané, condamné à mort avec Mahamady Congo par contumace, parce que déclarés coupables de meurtre et de mutilation sur la personne d’une ressortissante belge, Monique Meyer, au mois de mai 2002, qui est aussi seul dans sa cellule a uniquement de quoi dormir.

Les quartiers d’amendement et des femmes

Relativement moins nombreux (77 personnes), ceux qui logent étaient, qui assis sous les arbres de la cour, qui en train de préparer. On constate la présence de nombreux fourneaux dans la cour. Là-bas, c’est une sorte de quartier VIP pour les fonctionnaires, les hommes d’affaires et certains étrangers nantis. Les conditions de détention semblent meilleures (en tout cas que celles précédemment décrites). Ils sont là pour des raisons diverses dont des détournements de fonds et l’abus de confiance. Quant aux femmes, elles sont au nombre de 23. Dans un espace salubre avec une cour entièrement en béton, elles sont gardées par des GSP femmes. Elles ont une salle d’étude et d’alphabétisation. Certaines consacrent leurs temps à l’apprentissage et au tissage de sacs à main pour femme qu’elles vendent aux visiteurs.

Le quartier des mineurs

Agés de 13 à 17 ans, ils sont 76 à vivre dans des locaux où ils se préparent eux-mêmes à manger. Ce jeudi 25 juin à 11 heures, ils venaient, comme leurs aînés, de monter la marmite de haricot qu’ils préparaient, mais, eux, avec du gaz. Assis dans leur salle d’étude, plus de la moitié n’a pas encore été jugée. Ils disent être là pour vol d’argent, de portable, complicité de vols, attentat à la pudeur et bien d’autres présumés délits. Deux d’entre eux travaillent dans un atelier de couture dans la cour. La possibilité leur est parfois donnée de sortir jouer au ballon.

Pour l’ensemble des détenus, la Maison abrite un centre de santé où les soins seraient gratuits selon le chef-greffe Moussa Kargougou, mais qui souffrirait de manque de médicaments et de matériels. En cas de décès selon lui, le corps est ramené en chambre froide à l’hôpital Yalgado et les parents du mort recherchés. Au cas où ils ne sont pas trouvés, le corps serait « décemment » enterré. Ils ont aussi à leur disposition une mosquée, deux églises pour catholiques et protestants. Pour ce qui de la lenteur des jugements, le ministère de la Justice, pour y apporter des solutions, a entrepris des jugements sur place les samedis.

A la fin de la visite, le président du MBEJUS, Alexandre Ouédraogo, résume les problèmes de la MACO en ces termes : surpopulation ; cellules insalubres ; nourriture, soins de santé et hygiène non réglementaires ; manque de moyens de travail des agents. Il note cependant de petits changements qualitatifs comparativement aux années antérieures : « Toutes ces difficultés retiendrons notre attention dans la rédaction de notre rapport », conclut-il.

Jean-Marie Toé Collaborateur


La MACO en chiffres

Détenus : 1465 Condamnés : 477 Condamnés à mort : 2 Prévenus du parquet : 723 Inculpés des 5 cabinets : 190 Ordres de mise à la disposition : 75 Hommes adultes : 1328 Quartier d’amendement (VIP) : 77 Femmes : 23 Mineurs : 76 Etrangers : 83 (en mai 2009) GSP : 133 (stagiaires exclus)

L’Observateur Paalga

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