Comme chacun le sait, les absences du locataire du palais d’Etoudi sont aussi nombreuses que celles dans les grands sommets africains. Le Cameroun est l’un des rares pays africains où il n’y a pas de conseil des ministres. Carte blanche au premier ministre qui gouverne si l’on peut dire, puisque souvent ses couacs avec le secrétaire général de la présidence, ou avec un ministre puissant et fidèle du président sont de notoriété publique. N’empêche, il faut, à l’évidence, reconnaître que ce pilotage à vue du pays marche assez bien, les Camerounais s’étant familiarisés avec le système « D ». Gouvernement ou pas, la débrouillardise est là !
Sans compter que politiquement rien ne va certes, mais Biya a appris à demeurer le grand horloger politique du pays avec sa démocratie apaisée, notamment ses élections tronquées et truquées, face à une opposition qui se bat et qui donne de la voix notamment avec le vieillissant chairman John Fru Ndi et autre Guerrandi depuis l’extérieur. Mais hélas cette opposition n’arrive pas à déboulonner celui qui a remplacé Ahmadou Ahidjo à Etoudi, en 1982. Au menu de cette présence du premier responsable camerounais en France, il y a, entre autres, une rencontre de travail avec le maire de Bordeaux, Alain Juppé. Dans la Commune urbaine de Bordeaux (CUB), les deux hommes feront un tour d’horizon des Rencontres d’affaires Afrique-France tenues à Bordeaux et dont l’ex-premier ministre français fut l’artisan.
Dans la foulée ce même 21 juillet, le chef de l’Etat du Cameroun sera sous les lambris du Quai d’Orsay où il est l’invité à diner du patron des lieux, Bernard Kouchner qui connaît aussi bien l’Afrique et ses dirigeants, surtout le désormais doyen de la Françafrique, après la disparition du Gabonais Omar Bongo Ondimba (OBO). Le clou de cette visite est pour le 24 juillet prochain où un tête-à-tête est prévu entre Biya et Sarkozy, ainsi qu’un diner. Accessoirement, il rencontrera Alexandre Vilgrain, le patron du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN). C’est cela le côté pile du voyage. Côté face, la question des biens mal acquis sera discutée en aparté, car s’il y a un problème qui turlupine l’enfant terrible de Mvoméka, c’est cette histoire de biens mal acquis qui lui colle à la peau.
En juin 2009, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFM) avait épinglé des chefs d’Etat africains (1) parmi lesquels Paul Biya accusé d’avoir pillé son propre pays :
selon les auteurs de « Biens mal acquis, à qui profite le crime ? », la famille de Biya posséderait des châteaux en France et en Allemagne, ainsi que des sociétés dans le bois, l’exploitation minière.
la société camerounaise de banque (SCB) aurait connu la banqueroute grâce aux bons soins de la famille Biya.
Transparency international avait engagé des actions en justice contre des chefs d’Etat tels OBO,Sassou Nguesso et Obiang Nguéma. L’ex-séminariste de Biya sur les traces de ces derniers ?
A cette affaire qu’on peut qualifier de pendante, Paul Biya aura à gérer les humeurs de ses compatriotes de la diaspora qui sont assez nombreux à Paris. Qu’ils logent au Crillon, au Meurice ou au Ritz, nombre de chefs d’Etats sont de plus en plus « la cible » de leurs frères vivant dans ce pays. Manifestations bruyantes sur le trajet, banderoles placardées dans les abords de l’hôtel où loge l’illustre visiteur, tracts, émission de radio, tout est souvent mis en œuvre pour troubler le séjour du chef, une façon de lui rappeler que ses populations à l’extérieur suivent la marche du pays et qu’ils ne sont pas contentes de sa gestion.
Si donc Biya va être accueilli officiellement par les premiers dirigeants de l’Hexagone, les regards hostiles et les clameurs de « Camer » en France à son égard risquent de gâcher un peu cette visite d’Etat. Ce sera le petit caillou dans le soulier du président camerounais. Mais il peut toujours se consoler, il y aura également les « biyistes » et « Rdpcistes » (militants du RDPC) qui seront également cornaqués par ses proches pour signifier à Biya qu’il est toujours adulé par les siens.
Notes : (1) Omar Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou N’Guesso (Congo) et Obiang N’Guema (Guinée équatorial).
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
L’Observateur Paalga











