Vous avez dit incivisme ?

vendredi 4 avril 2008

Dans sa communication devant la représentation nationale, le 27 mars dernier, le Premier ministre a mis le holà sur l’incivisme qui gangrène la société burkinabè. Quelle mouche a piqué les habitants du « pays des Hommes intègres » est-on tenté de se demander d’autant que le phénomène a pris des proportions inquiétantes il n’y a pas plus de la décennie et semble évoluer vers l’insupportable.

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« Les difficiles circonstances sociales de cette communication gouvernementale (…) n’auront échappé à personne ». Cette entrée en matière du Premier ministre a eu le mérite de vite camper le sujet. Un diagnostic sans complaisance de l’état du Burkina Faso devait être posé. Pouvait-il d’ailleurs en être autrement quand on sait que les actes de vandalisme des 20 et 21 février à Bobo-Dioulasso, Banfora et Ouahigouya et du 28 février à Ouagadougou font toujours l’actualité et alors n’autorisaient pas la langue de bois, ce style qui, plutôt que de bien informer ou communiquer, embrouille ?

Ces actes de vandalisme sont une manifestation achevée de l’incivisme surtout quand on voit comment ils sont survenus. Au prétexte de la vie chère, un individu que la loi va d’ailleurs rattraper, Thibault NANA puisque c’est de lui qu’il s’agit, appelle à une marche de protestation qu’il dit conduire envers et contre tout, « autorisation ou pas » de l’autorité. Et voilà la rue dans une entreprise que d’aucuns ont considéré comme légitime même si la forme est illégale. Justement, l’illégalité n’est-elle pas la sécrétion de l’incivisme ? Y a-t-il en république quelleque raison qui puisse justifier une tolérance à l’égard du fait ? C’est dommage que, aveuglés par leurs ambitions, certains politiques et syndicalistes se laissent charmer par un fléau qu’ils pensent pouvoir les servir dans leur combat. Le Premier ministre, Tertius ZONGO, a stigmatisé le fait lorsque dans son discours sur l’état de la Nation il dit ceci : « Tenter de faire une carrière, ou de jouer à la vedette sur la douleur des populations et sur les malheurs de nos commerçants ne correspond pas à l’idée que le gouvernement se fait de l’engagement public ». Si pendant longtemps l’incivisme a été exploité dans le milieu politique, comme une pieuvre, il a étendu ses tentacules sur tous les domaines de la vie socioéconomique et est le ferment des troubles que l’on connaît au Faso ces temps-ci pour quelque acte individuel de citoyen ou une mesure incomprise si elle n’est pas attaquée par des indélicats qui l’ont trop bien comprise parce que mettant un frein à leurs magouilles.

L’incivisme comme méthode de gestion commerciale

Les différentes manifestations de vandalisme orchestrées on le sait maintenant par des acteurs du monde commercial ont permis au Premier ministre de mettre le doigt sur une plaie de notre économie. Extravertie, l’économie burkinabè est beaucoup dominée par l’activité d’importation. Ce qui donne alors à l’activité douanière toute son importance et fait des impôts et taxes la principale source d’alimentation du budget national (%). Une réalité qui commande que tous les acteurs concernés jouent franc jeu si l’on ne veut pas asphyxier l’Etat. C’est ce qui malheureusement n’est pas inscrit dans les perspectives de tous et alors s’installe comme méthode de gestion la fraude, fléau auquel veut s’attaquer frontalement le Premier ministre, Tertius ZONGO, qui a instruit les ministres en charge de l’Economie et des Finances de veiller à l’application scrupuleuse des textes en vigueur. C’est ce qui est fait depuis un certain temps et qui hérisse les poils de certains importateurs qui s’étaient aménagé des « facilités » qui leur permettaient de maximiser leurs bénéfices au détriment du budget de l’Etat.

Ainsi donc, dans la pratique, la fraude douanière permettait à des importateurs de soustraire des cargaisons entières de marchandises au dédouanement pour ensuite pratiquer des prix qui ne répondaient pas aux normes réelles du marché. Suite à plus de rigueur dans la vérification, les fraudeurs et leurs « facilitateurs » à la Douane ne pouvaient plus poursuivre le pillage. Alors, les premiers pour préserver leurs intérêts se sont mis à pratiquer des prix hors du commun renchérissant le coût de la vie pour les citoyens. Dans cette « guerre » ouverte, on a vu des prix de produits passer pour certains du simple au double et pour bien faire, on a fait croire aux citoyens que le gouvernement avait augmenté les taxes et impôts et qu’alors les prix de dédouanement devenus très élevés justifiaient les hausses. La déloyauté était très grande de la part de ces importateurs qui au lieu d’accuser la hausse des prix au niveau des fournisseurs, ce qui est une réalité du fait de la flambée du prix du pétrole, ont préféré braquer l’opinion contre le gouvernement, et tous ceux qui sont en retard d’une révolution ont vu là réunies les conditions objectives recherchées pour y parvenir. Mais le chemin reste long. Le gouvernement qui n’est pas insensible au phénomène de la vie chère a initié une batterie de mesures pour soulager les peines et des commerçants honnêtes et des consommateurs finaux des produits de grande consommation.

Cependant la « hache de guerre » ne semble pas encore enterrée d’autant qu’il ressort des propos du Premier ministre que des importateurs ont bloqué de grandes quantités de marchandises dans les ports pour créer la pénurie et amener le Gouvernement à reculer dans sa volonté d’assainissement. Ces grands argentiers qui crient à l’amour de la patrie démontrent que le plus important à leurs yeux reste les profits colossaux qu’ils accumulent même au prix du malheur de la majorité. Si le philosophe veut que ce qui est juste soit fort et que ce qui est fort soit juste, le gouvernement a en tout cas fait preuve de compréhension à l’égard de tous mais il ne saurait hypothéquer l’avenir de tout une nation pour les beaux yeux pour ne pas dire les profits colossaux de quelques « m’as-tu vu ? ». C’est pourquoi, répondant à une question d’un député, cette boutade du Premier ministre relative aux gesticulations de ces « jusqu’au-boutistes » est pour rassurer les honnêtes citoyens : Ils peuvent toujours garder là-bas leurs marchandises, lorsqu’ils verront que le gouvernement ne recule pas on verra bien ce qu’ils en feront ! (Retranscription approximative).

La lutte contre l’incivisme doit être d’abord individuelle

La volonté du Premier ministre de continuer sa lutte contre l’incivisme est en tout cas ferme et même l’opposition politique le lui reconnaît volontiers. « Depuis votre arrivée, on sent que les choses bougent » a dit le député Yamba Malick SAWADOGO de l’UNIR/MS qui introduisait ainsi son intervention dans le cadre des questions posées par les députés après le discours du Premier ministre. De tels compliments de la part d’un homme qui ne voit que du noir dans toutes les actions du gouvernement, apportent à Tertius ZONGO des motifs de satisfaction. Prenant exemple sur l’opération initiée contre l’usage abusif des véhicules étatiques qui, dit-il sont vus « de moins en moins en dehors des heures de service », le député SAWADOGO atteste que la lutte contre l’incivisme par le gouvernement ne relève pas d’une simple vue de l’esprit. Cependant, l’Etat peut-il seul moraliser la société ? La bonne conduite doit être d’abord individuelle. On assiste de plus en plus à des comportements répréhensibles dans notre environnement au quotidien. Dans la circulation, il n’est pas rare de voir quelqu’un cracher ou se moucher sur les autres. Les rues sont des poubelles malgré les efforts de la brigade verte à Ouagadougou pour les vider. Les emballages de tout genre sont jetés partout après usage. Le respect des feux de circulation est devenu un supplice pour beaucoup d’usagers de la route. Pourtant ces installations sont réclamées à cor et cri par ceux qui ne les respectent pas. Nos routes sont devenues des mouroirs. Des études ont montré que la plupart des accidents sont plus l’œuvre de l’imprudence humaine que de la défaillance mécanique. Quand la police intervient pour ramener les uns et les autres à la raison, ils sont les premiers à crier à l’abus de pouvoir.

Que dire de ceux qui se soulagent dans les caniveaux en plein centre ville comme si l’indécence n’émeut plus ? Passons sur les tenues vestimentaires qui indisposent tout le monde et qui seraient, semble-t-il, une façon de vivre selon les exigences de la modernité.

Dans les campagnes, l’environnement est détruit par des feux de brousse allumés souvent juste pour attraper un rat. Les avis sont unanimes que « la morale agonise au Faso » pour reprendre les propos de ce parlementaire.

Le problème, c’est que des hommes qui veulent être la vitrine de la société encouragent des actes graves d’incivisme. Des partis politiques ont écrit au Chef de l’Etat pour demander l’élargissement de Thibault NANA, condamné à 36 mois de prison ferme suite aux manifestations du 28 février, au motif qu’il est un chef de parti. Ce titre serait-il un passeport à toutes les dérives au point d’appeler à l’incivisme comme l’a fait le susnommé ? Comme l’a dit Tertius ZONGO, on peut manifester sans pour autant porter atteinte à l’intégrité des biens publics ou privés. L’humoriste Adama DAHICO l’a bien dit « manifester est ton droit, détruire n’est pas ton devoir ». Les manifestations pacifiques sont du reste reconnues par la loi fondamentale burkinabè.

La lutte contre l’incivisme doit être d’abord un acte individuel. Il est donc normal que des voix s’élèvent pour réclamer la re-introduction des cours d’instruction civique dans les programmes d’enseignement du Burkina car comme le dit un adage populaire « le mauvais adulte a été d’abord un mauvais enfant ».

Par Ahmed NAZE

L’Opinion

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