Décès de Joseph Ki-Zerbo : Un baobab est tombé

mardi 5 décembre 2006

Le Pr Joseph Ki-Zerbo s’est éteint hier lundi 4 décembre à Ouagadougou. Notre équipe de reportage s’est rendue à son domicile où sa dépouille reposait toujours.

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On le savait très malade depuis un certain temps. Finalement c’est dans la matinée du lundi 4 décembre 2006 (6h) que le poids de l’âge a eu raison de lui. Joseph Ki-Zerbo, professeur agrégé d’histoire, avait 84 ans puisqu’il est né le 21 juin 1922 à Toma (province du Nagala). A son domicile, où nous nous sommes rendus dans la soirée, c’est la fille aînée du regretté Françoise Ki-Zerbo, qui était l’interlocutrice principale de la presse.

Il n’y avait pas encore d’informations précises sur le déroulement des obsèques. Cependant, de source proche de la famille, l’enterrement serait prévu à Toma, sa ville natale. L’affluence était relative dans la cour. On pouvait apercevoir, entre autres, des responsables et des militants du PDP/PS, le parti dont il est le père fondateur, de nombreux parents et des hommes politiques de tous bords. Le député Dieudonné Bonané du CDP est au four et au moulin aux côtés des proches de feu Ki-Zerbo. Halidou Ouédraogo, le président du MBDHP, qu’accompagne son secrétaire général, Chrysogone Zougmoré, est en conversation sur la terrasse avec Ali Lankoandé, le président du PDP/PS.

Le ballet des politiques se poursuit avec l’arrivée de Norbert Tiendrébéogo, ancien président du FFS, de Philippe Ouédroago du PAI et de Jean-Baptiste Dalla, maire ADF/RDA de Toma. Dans la foulée, on peut apercevoir d’anciens camarades du Pr Ki-Zerbo qui, malgré le poids de l’âge, se sont déplacés au domicile du défunt pour présenter leurs condoléances.

C’est aux environs de 17h45 mn que l’ancien président Saye Zerbo et son épouse sont accueillis à la porte de la maison mortuaire. Ils seront suivis, une quinzaine de minutes plus tard, par une délégation de l’Assemblée nationale composée de son président, Roch Marc Christian Kaboré, et des députés Naboho Kanidoua (CDP) et Sidiki Belem (ADF/RDA). Est également présent l’un des frères cadets du défunt, Jean-Baptiste Zerbo. L

e Pr Ki-Zerbo tire donc sa révérence et laisse derrière lui 5 enfants, dont une fille. Le fils du premier chrétien du Burkina, Diban Alfred Ki-Zerbo, est l’auteur de nombreux ouvrages dont le dernier a pour titre "A quand l’Afrique ?" Le fondateur du PDP/PS, il faut le rappeler, actif depuis le début dans la lutte du Collectif contre l’impunité, haranguait souvent les foules avec sa célèbre formule "Nan laara, an saara" (si on se couche, on est mort).

En attendant le programme définitif des obsèques, une veillée de prières était prévue dans la soirée du lundi 4 décembre 2006 à son domicile pour confier son âme à Dieu.


Témoignages Françoise Ki-Zerbo, fille du défunt : "Nous rendons grâce au Seigneur pour sa vie. Il a été un vrai combattant. Il a travaillé, échangé et collaboré avec des personnes de tous horizons, de tous âges. C’est ce que je garde comme image et c’est ce qui va me stimuler pour la suite. C’est quelqu’un qui a beaucoup aimé son continent. Il a beaucoup fait pour son continent, il l’a beaucoup aimé, il l’a porté jusqu’à la fin de son séjour sur cette terre.

Il intercédera pour tous, surtout les jeunes. Si je peux me le permettre, je peux dire qu’il compte sur la jeunesse pour continuer à combattre pour cette Afrique."

Etienne Traoré (député PDP/PS) : "J’ai appris le décès du Pr Ki-Zerbo dans la matinée. C’est un événement irréversible parce que tout le monde doit y passer. Je voudrais, avant toute chose, présenter mes condoléances à la famille directe et lui souhaiter beaucoup de courage. Parlant de l’homme, il faut dire que c’est, sur le plan intellectuel, un monument. En effet, c’est l’un des premiers Africains à avoir eu un parcours universitaire aussi exemplaire.

C’est l’exemple typique de celui qui est parti de très bas (ses parents étaient de modeste condition) mais qui a pratiquement gravi tous les échelons de la hiérarchie sur le plan scolaire et universitaire. Il a ensuite fait beaucoup de productions et a été d’un apport considérable dans la connaissance de l’histoire de l’Afrique. Il a d’ailleurs été, pendant au moins 15 ans, président des historiens africains et a apporté sa touche à l’ouvrage de l’UNESCO sur l’histoire de l’Afrique.

Au niveau politique, c’est un homme qui s’est toujours battu pour les causes progressistes. Il a accepté d’abandonner un poste intéressant à Dakar pour aller soutenir Sékou Touré qui était boycotté par la France. C’était un patriote, et c’est avec sa femme qu’il est parti enseigner en Guinée. Il a toujours été au MLN, qui a connu de nombreuses mutations. Il a toujours été de l’opposition et s’est battu pour les causes justes. Il a même refusé quelques postes sur le plan international pour éviter toute compromission.

Sur le plan politique, il est toujours resté fidèle à ses engagements et cela est important, surtout dans notre milieu où on parle de nomadisme. Je l’admire pour cette fidélité pendant des dizaines d’années. Et d’ailleurs, à l’université déjà, dans les années 1973-1974, je m’étais dit que, vu l’exemplarité de sa lutte, si je devais m’engager, ce serait à ses côtés. Ceux qui vont sentir le vide de son départ, c’est certainement les militants du PDP/PS. Il a porté ce parti à bout de bras pendant longtemps. Il appartient aux militants de travailler à ce que ce parti vive au-delà de son fondateur. C’est un défi qui nous est lancé."

Pr Ali Lankoandé, président du PDP/PS : "Mes sentiments sont des sentiments de tristesse. Quand on a travaillé pendant quarante ans, voire plus, avec quelqu’un, on ne peut qu’être triste de le voir disparaître. Mais quand on pense à tout ce que Joseph a fait pour son pays et pour le continent tout entier, la tristesse s’estompe. Il a assez donné au Burkina Faso.

Ne restons donc pas dans la tristesse mais soyons fiers de ce qu’il a fait, avec l’espoir que les graines qu’ils a semées donneront de beaux arbres. Toute disparition dans un parti politique, aussi petit soit-il, laisse forcément un vide. Le PDP/PS est un parti de l’espoir. Par conséquent, nous tâcherons, avec la contribution de tous les militants, de réduire ce vide et faire avancer notre parti vers son idéal.

Je retiens de Ki-Zerbo l’image d’un homme toujours disponible et prêt à tout donner. Il ne savait pas dire non quand il s’agissait de servir."

Pr Issou Go : "Il est très difficile de parler de ce qu’on peut retenir du professeur Ki-Zerbo, seulement en quelques mots. Sa contribution, sur le plan social, politique ou scientifique, est incommensurable ; sur le plan intellectuel, il a particulièrement écrit un livre qui m’a beaucoup marqué, qui m’a beaucoup ému : Diban Ki-Zerbo. A travers le contenu de ce livre, je peux dire que sa propre vie est semblable à celle de son père dont il retrace l’itinéraire.

Quand je lisais ce livre, il y eut des moments où je sentais de très fortes émotions, je sentais mes cheveux se dresser sur ma tête, par rapport à la force de cet homme (le père ndlr), sa force de travail, son courage... Je suis fier également de son dernier livre "A quand l’Afrique ?", qui nous apprend à être fiers, à ne pas être ce que nous ne sommes pas... "


Qui est Joseph Ki-Zerbo ?

Joseph Ki-Zerbo est un historien et homme politique burkinabè né le 21 juin 1922 à Toma (Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso).

Après avoir passé son baccalauréat à Bamako, Joseph Ki-Zerbo suit des études d’histoire à Paris. Il est le premier Africain à obtenir son agrégation avant de soutenir sa thèse de doctorat à l’Institut d’études politiques de l’université de Paris. Ki-Zerbo devient professeur des universités. Il est l’un des plus grands penseurs de l’Afrique contemporaine. Il enseigne à Orléans, à Paris puis à Dakar en 1957.

Joseph Ki-Zerbo va renouveler avec le Sénégalais Cheikh Anta Diop les études sur l’histoire de l’Afrique. Ce mouvement a pour but de redonner aux Africains un petit contrôle sur la définition de leur passé. De 1975 à 1995, Joseph Ki-Zerbo préside l’Association des historiens africains.

C’est lors de son installation à Dakar en 1957 qu’il commence la politique en créant le Mouvement de libération nationale. Condamné par un tribunal populaire révolutionnaire, il est contraint à l’exil. Il rentre au Burkina en 1992. Joseph Ki-Zerbo est fondateur en 1993 du Parti pour la démocratie et le progrès (PDP, membre de l’Internationale socialiste), parti d’opposition au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) du président Blaise Compaoré. Le congrès constitutif du PDP a lieu en avril 1994 et Ki-Zerbo en devient président.

En 2000, il reçoit le controversé Prix Kadhafi des droits de l’Homme de la Libye.

Les législatives du 5 mai 2002 sont un échec pour le PDP et Ki-Zerbo, puisque le parti perd sa place de premier parti d’opposition au profit de l’ADF-RDA d’Hermann Yaméogo. Le PDP totalise 10 sièges, contre 17 pour l’ADF-RDA et 57 sur 111 pour le CDP.

Le 6 février 2005, Ki-Zerbo cède la tête du parti à Ali Lankoandé.

Source : Wikipédia l’encyclopédie libre


Bibliographie

• 1964 : Le Monde africain noir (Paris, Hatier)

• 1972 : Histoire de l’Afrique noire (Paris, Hatier)

• 1991 : Histoire générale de l’Afrique, ouvrage collectif (Paris, Présence africaine/Edicef/Unesco)

• 2003 : A quand l’Afrique, Entretiens avec René Holenstein (Editions de l’Aube, prix RFI Témoin du monde 2004).

• 2005 : Afrique noire, avec Didier Ruef (Paris, Infolio éditions)

Filmographie [modifier]

En 2004, le réalisateur burkinabè Dani Kouyaté a réalisé avec Joseph Ki-Zerbo un documentaire intitulé Joseph Ki-Zerbo, Identités/Identité pour l’Afrique.

Par D. Parfait SILGA

Le Pays

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