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Environnement : Le secteur émergent des pépinières

mercredi 29 septembre 2004.

 

Le métier de pépiniériste occupe au fil des ans, une frange importante de Burkinabè. Le secteur occupe environ cinq cents (500) personnes qui proposent divers plants pour reverdir le Faso.

Ouagadougou est une ville propre et verte. Elle a d’ailleurs reçu le trophée de la ville la plus propre parmi plus de 700 villes en 2003 à Yaoundé au Cameroun. Les avenues, les espaces publics, les façades des immeubles, des résidences offrent une verdure où la coupe exotique des arbres et des fleurs force l’admiration des Ouagalais.

D’aucuns se contentent de dire que Ouagadougou est devenue résolument une belle cité ! Et pourtant, les premiers "artisans" de ces plants ornementaux, exotiques, fruitiers ou forestiers se trouvent bien loin de ces endroits "paradisiaques".

Le Centre national des semences forestières (CNSF) catalyseur et acteur en amont et en aval du commerce des plants au Burkina Faso est situé dans la forêt classée "Bangré Weogo" sur l’Avenue Oubritenga. Il fournit des semences de qualité aux ONG et aux pépiniéristes. Les acteurs les plus connus demeurent les commerçants des plants. On compte parmi eux, des revendeurs et des producteurs-vendeurs et importateurs de plants. Les revendeurs sont installés principalement à l’angle du rond-point de la Patte d’Oie, devant l’hôtel des Finances de Dassasgho, aux alentours de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Quant aux producteurs-importateurs, on les trouve également dans les ravins de la digue Sud des barrages N°2 et N°3, sur les versants du canal d’évacuation des eaux usées situé derrière le Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo. C’est un creuset de verdure où culminent de grands arbres aux pieds desquels se développent des plantsde diverses essences.

Un secteur peu organisé

Qu’ils soient revendeurs, producteurs-importateurs ou vendeurs, tous font dans l’informel. Ils sont regroupés dans deux associations :

"Tiisbouli" dirigée par M. Clément Ouédraogo et "Tiisla saaga" de M. Benjamin Guiré.

"Au total, le commerce des plants a généré plus de 500 emplois dans la ville de Ouagadougou", nous a confié Raogo Didier Bonkoungou, propriétaire d’une grande pépinière à proximité du barrage N°3. "J’ai appris dit-il, la pépinierie aux côtés de mes parents. Après mon BEPC, j’ai arrêté les études. J’exerce ce métier depuis environ une vingtaine d’années". "C’est de cette façon que plusieurs d’entre nous, ont appris ce métier", a-t-il conclu. Les producteurs emploient des ouvriers payés à la tâche et en fonction des recettes journalières. Certains emploient plus de dix personnes et d’autres moins de cinq. Tout est fonction du chiffre d’affaires de l’entreprise.

Une grande diversité de plants

Ces pépiniéristes offrent à la clientèle des plants ornementaux, fruitiers, d’ombrage et forestiers. Deux principales sortes de clientèle sont concernés par cette offre : il s’agit de la clientèle des villes et celle des villages. En ville, les plants les plus demandés sont les plants ornementaux exotiques, tels que le "palmier whansingtonier", les cordelines rouges, verts, le bec de perroquet" et il y aussi les plants forestiers et d’ombrage : "le caïlcédra, le manguier, le citronnier le balhinia".

Dans les endroits où ont lieu les chantiers de reboisement, les pépiniéristes proposent des espèces fruitières et de production de bois, source d’énergie.

Ce sont notamment le néré, le karité, le neem, l’eucalyptus, la gomme arabique, l’acacia sénégal, l’acacia milotica, le boungain viller, le parcia bigloza etc.

Le Centre national de semences forestières, pionnier dans la production des plants en pots, fournit aux pépiniéristes, des semences et des boutures. Des pépiniéristes privés importent également des plants de la Côte d’Ivoire, du Togo, (Maroniers, arocaria, palmier ereka, cana meilleur...) et de la Chine (la fougère). Cette activité s’est intensifiée et a permis l’introduction de plants exotiques jadis introuvables sur le marché national.

"Chaque année, j’investis au moins cinq millions dans l’importation des plants de l’étranger, le commerce de ces plants nous rapporte plus à Ouagadougou...", nous a confié Raogo Didier Bonkoungou. Dans la gamme des produits importés, se trouvent le rônier, le palmier ereka, les bordures, les fougères, les marronniers.

Plus loin, un autre pépiniériste Issouf Compaoré renchérit : "le commerce des plants locaux ne nous rapporte pas".

Pépiniériste, un métier porteur

Les prix des plants sont fonction de la source d’approvisionnement en semences et des soins spécifiques. Ainsi, les prix de vente vont de 75 F pour les papayers à 50 000 F pour les fougères. Aucun des pépiniéristes que nous avons rencontré n’a pu estimé le chiffre d’affaires qu’il tire de son activité. Du reste, il serait supérieur à trois cent mille francs. L’un d’eux, Pierre Kaboré a déclaré que l’activité du commerce des plants lui permet de payer la scolarité de ses deux enfants et de survenir un tant soit peu aux besoins de sa famille. Toutefois, des difficultés entravent une émergence conséquente de ce secteur. Il s’agit surtout de problèmes d’approvisionnement en eau pour arroser les plants en saison sèche. Aucun des "artisans" de la verdure ne dispose d’un puits encore moins d’une borne-fontaine. A ce facteur, s’ajoute le coût élevé des plants à l’importation.

L’importation des plants prend de l’envol. Les pépiniéristes affirment être victimes "d’une concurrence déloyale" que leur mène le Centre national de semences forestières (CNSF). Et cela, du fait que le CNSF leur rend les semences et proposent ipso facto les plants aux populations à un prix bas.

Le CNSF jugent le secteur prometteur

Créé depuis 1983, le CNSF accompagne les pépiniéristes à travers la formation, l’appui-conseil. Il effectue la sélection, le traitement phytosanitaire des semences avant de les proposer aux ONG, aux pépiniéristes privés et publics. Répondant à la question de la présumée concurrence déloyale, le directeur du CNSF, Moussa Ouédraogo déclare "qu’il ne saurait exister une concurrence entre le maître et son élève. Nous avons une mission de service public et à ce titre, nous effectuons des recherches sur les espèces végétales. Nous aidons les pépiniéristes à mieux maîtriser les conditions de production de certaines espèces". Déjà, l’organisation des expositions florales, des Journées mondiales de l’environnement, la problématique de la lutte contre la désertification ont montré l’importance de ce secteur émergant qui mérite d’être mieux organisé. La promotion de ce métier passe par une meilleure structuration, la formation des pépiniéristes à la gestion commerciale d’une pépinière. Les pépinières sont de mini-entreprises qu’il sied d’accompagner.

Les recherches menées par le CNSF ont permis d’identifier des espèces locales ornementales telles que le cacia ciberiana, le steriopspeno contiana. Ce sont de belles fleurs qui peuvent être valorisées.

Pour répondre aux besoins des pépiniéristes, le CNSF entend mettre en place, un arborétome, c’est-à-dire, un espace où toutes les espèces végétales qui sont utilisées en aménagement, peuvent être trouvées sous formes de semences, de boutures ou de plants. Le CNSF envisage également une mesure salvatrice dans la lutte contre la pollution due aux déchets plastiques. Ainsi, il mène des recherches sur les mottes de terre afin de permettre la production de plants en pépinière sans les pots en plastique.

Le CNSF tire la sonnette d’alarme

L’importation des plants de l’étranger menace dangereusement la biodiversité et l’équilibre écologique à travers ce que M. Moussa Ouédraogo a appelé "Le risque de profusion de maladies physiopathologiques par le biais de la palomisation", la conséquence immédiate étant le risque de modification génétique chez certaines plantes. Il interpelle l’Etat au contrôle rigoureux des plants introduits au Burkina Faso. Pour l’instant, ce contrôle est effectué uniquement à l’aéroport.

Yelkoussan Bertrand SOME (Stagiaire)
Sidwaya