Situation à la santé : Le PA.RE.N demande au Chef de l’Etat de s’expliquer

lundi 15 avril 2013

« Le Premier bien est dans la santé. » Cette maxime de Platon semble être enterrée depuis que les antagonismes entre le SYNTSHA et le gouvernement ont pris l’allure d’une tragédie nationale. Comment en est on arrivé là dans un pays réputé pour sa tradition de tolérance et de dialogue ?

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 Situation à la santé : Le PA.RE.N demande au Chef de l’Etat de s’expliquer

En rappel, le conflit s’est enlisé suite au décès par crise d’éclampsie de madame Minata TRAORE le 17 décembre dernier dans le district sanitaire de Séguénéga en pleine période de grève des agents du SYNTSHA. En réaction, le gouvernement désigne le responsable en la personne de l’anesthésiste KABORE qu’il licencie en Conseil des Ministres du 06 mars 2013 « pour avoir tenu des attitudes contraires aux principes du code de déontologie mais surtout doublées de son refus de la réquisition de l’autorité ». Or, il ressort clairement que compte tenu de l’insuffisance du plateau technique du bloc opératoire de Séguénéga, aucune crise d’éclampsie depuis au moins cinq ans ne pouvait être prise en charge.

Le PAREN tout en exprimant sa profonde compassion à la famille de madame TRAORE ainsi qu’à toutes celles qui ont été victimes de cette crise, tient à faire une observation : dans ce drame que nous vivons, le pouvoir a décidé de faire de la diversion pour tenter de masquer les plaies puantes de notre système de santé, objet de la revendication du syndicat. En effet, pendant qu’on nous vend des illusions futuristes dans des discours hallucinogènes, notre tableau de sante reste effroyable :

-  Insuffisance en qualité et en quantité des infrastructures, matériels, consommables et équipements de santé ;
-  Insuffisance du niveau de couverture sanitaire ;
-  Services d’urgences démunis et dégarnis de spécialistes transformés en couloir de la mort pour ceux qui y viennent à la recherche du salut. Dans les urgences traumatologiques, un homme en visite finit toujours par s’agripper à ses plus solides fibres masculines pour ne pas éclater en sanglot à la vue de l’état des malades plongés dans l’enfer de la douleur et du désespoir. Sur ce point, on attend toujours la réaction du gouvernement sur le rapport accablant de la commission d’enquête parlementaire de mars 2012 qui faisait état du détournement des subventions accordées aux urgences de l’hôpital rendant ainsi ineffective les prises en charge sans prépaiement.
-  Taux de mortalité a 12%0, et mortalité infantile toujours supérieure à 80%0.
-  Près de 5 millions de cas de paludisme chaque année, une maladie qui constitue 40% des causes du décès. En 2012, le palu a tué près de 12 000 personnes. En 2010, cette maladie a fait 9000 morts dont environs 8000 enfants de moins de 5 ans. Près de 29 ans après le discours historique de Thomas SANKARA en octobre 1984 à l’ONU où il parlait, entre autres, « au nom des femmes qui voient mourir leur enfant de paludisme et de diarrhée alors qu’il existe des moyens simples pour les soigner », le mal est toujours plus profond. En six mois seulement au premier semestre de 2010, le palu a exterminé 654 personnes dans le Tuy. Pendant ce temps, des moustiquaires financés par un fonds mondial et qui devraient être distribués gratuitement se retrouvent dans les marchés et yaars ;
-  La méningite continue de tuer chaque année (4 4 21 cas en 2010 avec 630 décès).

Pour celui qui veut voir, il se rendra compte que la santé des Burkinabè n’intéresse pas ce régime qui préfère se perdre dans des projets superflus comme le Senat, l’augmentation du nombre de députés et de ministres, le CCRP (500 millions). Et pourtant, selon une enquête du CGD, la santé figure parmi les 4 premières préoccupations du Burkinabè.

Une petite illustration pour s’en rendre compte : du 1er juillet au 15 juillet 2011, le bloc opératoire de l’hôpital Sanou SOUROU de Bobo-Dioulasso a cessé de fonctionner, faute d’un autoclave (matériel de stérilisation). Pendant deux semaines, combien de famille ont été victimes de cette carence ? Sur le plan budgétaire, de 2001 à 2010, la part du budget alloué à la santé a oscillée entre 6 et 8% pour n’atteindre que 12% dans le budget 2013. Or, la conférence des Chefs d’Etat d’Abuja de 2001, conscient des enjeux, préconisait un pourcentage minimum de 15%. Ce n’est pas non plus des appuis qui ont manqué (PASRP, CASRP, CSLP, etc.) pour lutter contre la pauvreté avec plusieurs centaines de milliards engrangées sans effet réel sur le système de santé. 33% des 779 milliards de l’initiative PPTE ont été consacrés à la santé.

Pour le PAREN dans son programme de gouvernement qui est un tout cohérent et bien agencé, une vraie politique sanitaire doit se situer au confluent de quatre exigences : prévenir les maladies (création d’une équipe mobile de prévention sanitaire et couverture vaccinale totale), rapprocher le soignant du malade, rendre abordable le coût des produits et soins médicaux, garantir la qualité de ces produits et soins. En plus de l’enseignant, le PAREN considère que l’agent de santé doit être le mieux motivé sur le plan salarial car l’éducation et la santé constituent le moteur de tout développement.

Face à la détresse des populations et au regard des mots d’ordre de grève encore annoncés par le SYNTSHA, le Chef de l’Etat doit descendre du sommet de l’olympe et s’expliquer devant le peuple au nom de l’article 36 de la constitution qui lui donne le pouvoir d’orienter la politique de la nation et de faire respecter la constitution. Selon cette même constitution qu’il est censé faire respecter, ses articles 18 et 26 reconnaissent le droit à la santé. Notre régime ne s’accommode pas avec l’attitude d’un chef qui observe, blasé et indifférent à la souffrance de son peuple sans rien faire. Nous ne sommes pas dans une monarchie moderne ! Quand les chiffres du chômage ont grimpé en France, Francois Hollande a été moralement contraint de s’expliquer devant les français à qui il doit rendre compte.

En outre, le PAREN :
-  Invite le chef de l’Etat à faire désormais toutes ses consultations à l’hôpital qui porte son nom et qui est non loin de son palais. Il doit également instruire tous ses ministres, présidents d’institutions et autres DG à en faire autant. Les dépenses d’évacuations sanitaires (900 millions par an) seront ainsi affectées au relèvement des plateaux techniques de nos hôpitaux pour éviter le malheureux cas de madame TRAORE ;
-  Renouer un dialogue franc avec le SYNSHA en ayant à l’esprit cette vérité de Jean Marie Petit Clerc, « Le plus difficile dans l’art du dialogue, ce n’est pas de parler, c’est d’apprendre à écouter ».
-  Demande au SYNTSHA d’étudier d’autres formes de protestations qui ne mettent pas en péril la vie des populations innocentes déjà rongées par la misère.

Cette déclaration qui s’inscrit dans la politique de veille et d’éveil adoptée par le PAREN est une interpellation sincère. Quand on est un chef surtout d’un pays à la croisée des chemins comme l’a reconnu le président en 2001, on ne doit pas se laisser entrainer par des courants. On doit montrer le cap à atteindre et mettre toute son énergie pour orienter le navire vers ce cap. Blaise COMPAORE doit réagir et agir avant que le vent de l’irréparable ne souffle dans le cadre de cette crise.

Tahirou BARRY
Président du PAREN.

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