Omar Sawadogo : Le candidat qui a « pris le maire en flagrant délit le jour du scrutin »

lundi 24 décembre 2012

« Moi-même j’ai pris le maire (maire de l’ex arrondissement de Nongr-massom, ndlr) en flagrant délit avec des bulletins dans son véhicule. Des gens l’ont aperçu avec d’autres matériels de vote. Mais si le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès, pouvoir) s’acharne, c’est parce qu’ils ont un appui au plus haut sommet… » Dans cet entretien qu’il nous a accordé dans l’après midi du samedi 22 décembre 2012, Omar Sawadogo, le responsable du parti Le Faso autrement, dans l’arrondissement 4 de Ouagadougou revient sur la façon dont les choses s’y sont déroulées le 2 décembre 2012, le jour des élections législatives et municipales couplées.

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  Omar Sawadogo : Le candidat qui a « pris le maire en flagrant délit le jour du scrutin »

Omar Sawadogo pointe, au passage, un doigt accusateur sur la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et met en garde le Conseil d’Etat contre toute tentative de remise en cause du verdict rendu par le tribunal administratif.

Fasozine.com : Quelle analyse faites vous des résultats que votre parti a obtenus aux élections couplées du 2 décembre dernier ?

Omar Sawadogo : Le Faso autrement obtenu un député et un conseiller dans la province du Kadiogo, selon les résultats proclamés par le Congrès pour la démocratie et le progrès, puisque la proclamation de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), dépend de celle du CDP.

La Céni n’est tout de même pas le CDP !

Nous avons constaté des irrégularités que le la Ceni même a reconnues. On a eu un procès au tribunal administratif et nous avons eu raison parce que les faits étaient clairs et la Ceni même a témoigné et reconnu que son matériel électoral a été pillé. Malgré cela, le CDP s’oppose. Ce parti a obtenu 14 conseillers dans ce cafouillage. Je crois que nous devons aller au delà de nos propres intérêts pour voir l’avenir de toute la nation. Vous organisez des élections à coût de milliards de francs CFA et vous n’êtes pas en mesure de sécuriser votre matériel, qui a été soi disant pillé. Moi-même j’ai pris le maire en flagrant délit avec plein de bulletins dans son véhicule. Des gens l’ont aperçu avec d’autres matériels de vote. Si le CDP s’acharne ainsi, c’est parce qu’ils ont un appui au sommet. Sinon, comment comprendre que la justice annule le scrutin dans l’arrondissement N°4, et qu’ils ne soient pas d’accord ?

L’annulation confirmée, ils évoluent vers le conseil d’Etat, avec des recours qui ne sont pas valables. L’annulation ne concerne pas que le CDP, mas également les autres partis. Moi qui vous parle, j’ai été élu conseiller et l’annulation ne m’arrange pas. Mais si le CDP avait obtenu les 14 conseillers dans la transparence, il n’allait pas s’opposer à la reprise des élections. Mais s’il insiste pour qu’on maintienne les résultats en l’état, cela signifie qu’ils savent ce qu’ils ont fait. Actuellement, ils sont au conseil d’Etat avec un recours demandant l’annulation de l’annulation. Nous pensons que le conseil d’Etat est une juridiction comme le tribunal administratif qui a dit le droit. Le conseil d’Etat aussi, nous l’espérons dira le droit réel. Beaucoup nous avaient dit que ce n’est pas la peine, parce qu’ils savent ce qui se passe.

Vous n’aviez donc pas confiance en la Ceni ?

Je ne peux pas faire confiance à la Ceni. Par ce que le code électoral dit que les bureaux de vote ouvrent à 6h et ferment à 18h. Mais le bureau de Toudoubwéogo dans l’arrondissement 4 a été ouvert à 3 minutes de la fermeture officielle. N’est ce pas dans la même logique que le président de la CEIA (Commission électorale indépendante d’arrondissement, ndlr) a laissé piller son matériel électoral ? On ne peut pas organiser une élection à coût de milliards de francs CFA et permettre à des gens de venir piller le matériel. C’est-à-dire qu’ils ont banalisé la chose. Cela a effectivement permis à des gens de frauder. Nous avons l’exemple des votes où une seule personne a donné trois à quatre voix à un candidat.

Comment cela peut-il se faire ?

Des gens arrivaient dans des bureaux de vote avec des bulletins de vote sur lesquels ils avaient déjà choisi leur candidat. Ils rentrent dans le bureau de vote, plient le bulletin que leur fournissent les membres du bureau de vote en question. Ils ne l’utilisent pas. Ils enlèvent de leurs poches, les trois ou quatre bulletins sur lequel ils avaient déjà voté et ils les mettent dans l’urne. Maintenant, le bulletin qu’ils ont pris dans le bureau de vote, ils vont le montrer à qui de droit, et on leurs donne de l’argent. Quand une seule personne peut donner quatre voix, alors, vous comprendrez que ça devient facile d’obtenir 14 conseillers.

Vous dites avoir pris le maire avec des bulletins de vote ?

J’ai pris le maire avec des bulletins le jour du scrutin et je l’ai conduit à la CEIA de l’arrondissement 4.

Quel enseignement tirez vous donc de ce scrutin ?

En tant que candidat dans l’arrondissement 4, je pense que la mentalité du Burkinabè doit changer. Si on prend pour preuve le procès qui a eu lieu au tribunal administratif, on constate qu’il y a des juges qui connaissent leur travail, qui sont dignes et patriotes, qui œuvrent pour la paix et la vérité. De par le passé, rares sont les juges qui pouvaient dire la vérité ainsi. Il faut que notre pays encourage la jeunesse. La plupart des juges qui ont géré cette affaire sont jeunes. Ils ne sont pas encore corrompus, ils n’ont pas pris des parcelles avec des maires. Ils sont donc libres de dire ce qu’ils pensent. Maintenant, nous sommes en train d’aller vers le Conseil d’Etat.

Nous croyons que les juges diront aussi le droit. L’autre leçon, c’est qu’on est toujours embourbé au Burkina Faso. Il faut travailler à éveiller les consciences. Il faut que les gens sachent que l’intérêt commun prime sur l’intérêt personnel. L’issue de cette élection est encore incertaine. Je ne sais pas comment les gens vont réagir si le droit n’est pas dit. Le CDP s’en fout de la propreté du scrutin, le CDP. Nous, nous inquiétons du fait que les élections n’ont pas été propres. Nous ne voulons pas de conseillers mal élus. Il faut donc reprendre les élections. Enfin quand vous prenez le conseil constitutionnel qui s’empresse de proclamer les résultats définitifs au Kadiogo alors qu’on n’a pas encore vidé le contentieux électoral, y a problème. Sur quelle base l’a-t-il fait ?

Que ferez-vous si les résultats restent en l’état ?

On saura que le CDP est fort. Par exemple, au tribunal il y avait cinq avocats pour le CDP, alors que nous, nous n’en n’avions pas. Il faut que le CDP parle pendant une heure pour que nous nous puissions parler cinq minutes. Ça prouve qu’ils sont forts. Voyez-vous comment ils distribuent l’argent lors des campagnes ? C’est difficile pour eux de concevoir qu’ils peuvent avoir tous ces moyens et perdre.

Inoussa Ouédraogo (collaborateur)

Fasozine

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