Vente de chaussures à Ouagadougou : Au coeur d’un commerce de nuit

vendredi 23 novembre 2012

Habituellement exercée le jour dans les marchés, la vente des chaussures se mène de plus en plus la nuit aux abords des grandes artères de la ville de Ouagadougou. Qu’est-ce qui amène les vendeurs à occuper les espaces à un moment où la plupart des gens regagnent la maison ? Un reportage dans le milieu a permis de mieux comprendre les motivations et les répercussions d’une activité nocturne, à la mode.

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Vente de chaussures à Ouagadougou : Au coeur d’un commerce de nuit

Ils sont de plus en plus nombreux, les vendeurs de chaussures, à occuper les abords des artères de la ville de Ouagadougou la nuit tombée, pour faire fructifier leurs chiffres d’affaires. De l’avenue Kwamé N’Krumah à l’avenue Babanguida en passant par l’avenue de la Liberté, ils ont pris l’habitude, tous les soirs, entre 18 h et 23h, d’y exposer différentes sortes de paires de chaussures.

Il est 18 h 30 mn, le vendredi 2 novembre 2012. Sur l’avenue Kwamé N’Krumah, l’une des artères les plus fréquentées et les plus attractives de la capitale Ouagadougou. C’est l’heure de la descente du travail, la circulation est dense. Entre le vrombissement des voitures et motos, se dessine une ambiance festive. Les "élus" du jour sont les vendeurs de volaille et chaussures. Un groupe de personnes échangent sans doute sur leurs préoccupations du moment dans un coin de la voie. En face d’une station d’essence, près de feux tricolores en bordure d’une chaussée, des jeunes s’activent à exposer leurs marchandises : des chaussures.

Parmi eux, un homme d’environ une trentaine d’années, grand de taille, sobrement habillé. Il est visiblement abattu par une longue journée de travail. Il étale ses articles sur les piliers qui bordent la chaussée, faisant semblant de ne pas remarquer notre présence. Notre insistance à lui parler l’oblige à nous écouter. Il s’appelle Mamadou Ouédraogo et est vendeur de chaussures. Depuis un an et demi, il a pris l’habitude, tous les soirs, après le marché, de venir proposer ses articles à d’éventuels clients noctambules. Il propose principalement des chaussures pour enfants. « Je vends la nuit dans le but de combler les méventes du jour.

Car je ne gagne pratiquement rien comme recette le jour », confie M. Ouédraogo, pour justifier sa présence en ces lieux, la nuit tombée. Il ajoute que les clients préfèrent acheter chez les commerçants qui possèdent beaucoup de chaussures. Non loin de là, un autre jeune homme, assis au milieu de son étalage, s’active à disposer les chaussures de sorte à les rendre plus attractives aux yeux des passants. Lui, c’est Assimi Sanfo, 25 ans et spécialisé dans la vente des chaussures pour femmes. Il dit vendre, en association, avec son frère sur la même artère depuis quelques années. A peine finie l’étape de présentation, que deux clientes s’amènent. Le client étant roi, il demande une pause dans l’entretien que nous venons d’entamer.

De retour, il fait savoir qu’à la veille des fêtes, il n’a pas vraiment le temps et nous propose de revenir une autre fois. Il ajoute que c’est à ces moments qu’ils profitent faire de bonnes affaires, parce que les « jours ordinaires » ne sont pas aussi rentables. Devant notre insistance, le vendeur finit par se soumettre. Il confie : « Il est difficile de joindre les deux bouts avec ce que je gagne dans la journée. Raison pour laquelle j’ai opté de vendre la nuit ». Il poursuit qu’après avoir quitté le marché à 17heures, il se dirige immédiatement sur l’avenue Kwamé N’Krumah pour étaler ses chaussures et ne remballe pas avant 23 h.

Il est 22h 45 mn, lorsque nous quittons les lieux pour reprendre le lendemain. Pendant ce temps certains commerçant s’activaient à ranger leurs articles. Cependant, l’avenue n’était plus bondée de ces acheteurs nocturnes de chaussures, mais d’une autre catégorie de clients qui prennent d’assaut les différents points de distraction situés eux aussi, aux abords. Un autre jour, samedi 10 novembre 2012, aux environs de 19h sur l’avenue Babanguida, l’atmosphère est lourde. Pendant que certains travailleurs regagnent leurs domiciles, d’autres prennent d’assaut les boutiques, les supermarchés, les maquis aux abords de l’avenue. Sur cette artère bouillante, un autre vendeur de chaussures. Il se nomme Inoussa Ouédraogo.

Il s’est spécialisé, lui aussi, dans la vente de chaussures pour femmes. Inoussa ne vend pas le jour, mais uniquement la nuit. « Je travaille pour le compte de quelqu’un le jour et comme ce que je gagne ne couvre pas tous mes besoins, j’ai opté d’exercer cette activité la nuit ».

Sur l’avenue de la Liberté, l’autre étape de la randonnée nocturne, l’ambiance est également festive et les vendeurs se frottent les mains. Avant d’emprunter l’artère, juste au tournant au niveau du bâtiment du Centre national de transfusion sanguine, une portion de l’artère brille de toutes couleurs. Les chaussures qui y sont exposées et s’imposent au regard, même de loin. Cinq commerçants en sont les propriétaires. L’un d’eux, Ismaël Yoda, 26 ans, nous interpelle et nous invite à acheter ses produits. Il dit vendre les chaussures sur cette avenue depuis un an. Ismaël Yoda propose aux passants, des paires pour hommes, femmes et d’enfants. Et on en trouve de toutes les qualités. « Je suis marchand ambulant le jour et à partir de 18h30mn j’étale mes articles ici », explique-t-il. Selon lui, 18h 30 mn est l’heure fixée par le maire parce que, jugée moins dangereuse pour la sécurité des usagers, car la circulation est moins dense.

A entendre ces marchands, les affaires ne marchent plus, car ils sont nombreux à exercer le métier. Cependant, ils sont unanimes que depuis qu’ils ont commencé à vendre la nuit, ils s’en sortent mieux. « En tous les cas, je remercie Dieu car je gagne plus de clients la nuit que le jour et cela me permet de subvenir aux besoins de ma famille », avoue M. Korhogo. « Depuis que j’ai commencé à vendre ici, à part les policiers qui passent souvent nous déranger, je ne me plains pas. Je reçois beaucoup de clients surtout à l’approche des fêtes », affirme pour sa part, Ismaël Yoda.

Mille raisons d’acheter la nuit

A vendeurs de nuit, acheteurs de nuit. Et plusieurs raisons sont évoquées par ceux qui font leur marché de chaussures, une fois la nuit tombée. Cela va du prix au manque de temps dans la journée.
Devant les marchandises de monsieur Yoda, sur l’avenue de la Liberté, une demoiselle assise sur une moto est en pleine discussion avec le commerçant tout en tenant en main deux paires de chaussures. La demoiselle, Sidonie Nabaloum, s’est-elle présentée, explique : « Je fais mes achats la nuit parce que je n’ai pas eu le temps le jour pour le faire. N’eût été cela même, de préférence, j’aime acheter mes chaussures la nuit ».

L’autre raison avancée est que le jour, les vendeurs ne prennent pas assez de temps pour s’occuper de leurs clients. « Le jour, les vendeurs se disent qu’ils ont le temps de recevoir le maximum de clients d’ici la tombée du jour. Par contre, la nuit, ils sont attentifs à l’endroit des clients », argumente Sidonie Nabaloum. Quant à Mamadi Sinaré, un autre client de Yoda, il explique qu’il y est pour payer une paire de chaussures pour sa fille. Si la cliente Sidonie trouve que les prix des chaussures sont plus bas la nuit que le jour, pour M. Sinaré ils sont les mêmes. Pour madame Zongo, une autre cliente, c’est d’abord une bonne initiative de la part de ces commerçants qui méritent d’être encouragés.

Car dit –elle, cela permet à ceux qui n’ont pas le temps le jour pour des achats de pouvoir le faire la nuit. Elle soutient que les achats la nuit sont plus relaxes que le jour car n’il y a pas trop d’embouteillages. « A peine rentrée chez moi, ma petite fille se met en pleurs parce que n’ayant pas de nouvelles paires de chaussures. C’est pourquoi, je suis passée ici dans le but d’en acheter une pour elle. Sans ces vendeurs de nuit, je ne saurais quoi faire », a laissé entendre Mme Zongo.

Alizéta BOLOGO
(Stagiaire)


Les commerçants ont énuméré des difficultés inhérentes à leur activité nocturne. Premièrement, l’activité débute à un moment où les Ouagalais sont pressés de rentrer chez eux à domicile (aux environs de 18 heures). En effet, ils estiment être exposés, avec leurs clients, aux accidents, vu la précipitation des usagers. Bouba Sawadogo, explique « Un jour, pendant que j’étais en train d’étaler mes chaussures, un motocycliste a quitté la chaussée et m’a renversé. J’ai eu des égratignures et certaines de mes paires de chaussures ont été endommagées ». Ils évoquent également le fait que des personnes de mauvaise foi sillonnent la ville la nuit. « Nous sommes très souvent victimes de vols de clients et aussi de malfrats », confie Christian Sankima, ajoutant qu’il a une fois été victime d’un vol alors qu’il était 23h.

Ce jour-là, il s’apprêtait à ranger ses articles quand quatre jeunes à bord d’une voiture se sont garés devant lui. Il dit avoir d’abord pensé qu’il s’agissait de clients. Deux d’entre eux l’ont encerclé et les deux autres ont choisi les paires qu’ils voulaient, avant de prendre la fuite. En outre, les vendeurs nocturnes regrettent tous le fait que les policiers municipaux les « dérangent fréquemment ». A les entendre, les policiers leur ordonnent souvent de ramasser les articles parce qu’ils occupent illégalement la voie publique.

Tous reconnaissent cependant occuper ces lieux sans aucune autorisation des autorités communales ni celle des propriétaires des surfaces sur lesquelles ils exposent. Pour certains, ils ont juste trouvé un espace propice à leurs affaires. Ils avouent également le bien-fondé de l’acte des policiers, car soulignent-ils, certains des leurs exagèrent en exposant presque sur la route.

A.B.

Sidwaya

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