Autant le dire… : J’ai vraiment peur pour l’avenir de ce pays

lundi 5 novembre 2012

Un ami m’a dit un jour de fuir ce pays parlant du Burkina Faso. Je croyais sincèrement qu’il s’amusait parce qu’il m’a dit que ce pays n’a pas d’avenir. J’ai répondu en lui disant qu’il était trop « défaitiste », et qu’au contraire, il faut travailler à donner un avenir au pays des hommes intègres. Mais en vérité, et à mesure qu’on avance, j’ai l’impression que mon ami a des raisons valables si on ne réoriente pas véritablement et très sérieusement nos politiques de gouvernance.

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Ce que j’ai vécu en effet jeudi, dernier n’a pas de sens. Autrement dit, le « bon sens » ne permet pas de comprendre certains comportements. En rentrant à la maison sur ma moto, après une journée bien remplie, j’ai pu au moins m’acheter un demi-litre de Dafani que je m’empressais d’aller siroter et dormir. Soudain, devant moi, sur le boulevard en face de la station d’essence Shell et venant du Mali, jaillit un camion « dix-tonnes ». Encore eux ! Ce camion-là transportait à la fois des personnes, des sacs de maïs, des animaux, et divers objets.

Dans la manœuvre, j’arrive à éviter la collision. Néanmoins, je me suis retrouvé à terre, le genou suffisamment écorné puisque le pantalon que je portais est déchiré à cet endroit-là. Le chauffeur du véhicule, qui n’avait ni respecté le stop, ni le sens giratoire, descend et me tance en ces termes : « vous avez vu que je suis engagé, vous ne pouviez pas vous arrêter et me laisser passer ? ». Je tombe des nues. D’abord j’aurai voulu qu’il cherche à savoir si je suis blessé ou non. Ensuite, si mon engin a été endommagé ou non. Rien de tout cela. Ce qui l’a intéressé, c’est que je n’ai pas raison et que je suis à l’origine de ce qui venait de se passer. Je tente en vain de le raisonner.

C’est sur ces entrefaits que s’est formée autour de nous une foule de personnes venues d’où je ne sais. Personne ne voulait comprendre mon mal, dû à la grosse plaie que je portais au genou. Ce qui importait pour le chauffeur du camion, c’est de réussir à faire partir le véhicule qui était en faute et à m’obliger à accepter le règlement « à l’amiable » sur le champ. Puisque, sur les lieux, quand j’ai demandé à faire venir la section accident de la police pour le constat, personne ne voulait me laisser faire. J’ai même reçu des menaces, si bien que j’ai failli demander à la police de ne pas se présenter sur les lieux.

Parce que la « troupe » était tellement remontée contre moi (parce que j’ai voulu tout simplement qu’on fasse un constat). Néanmoins, la police arrive et fait son constat dans une atmosphère assez tendue. Sous les menaces, j’ai demandé à la police de m’aider à me soustraire de la foule. L’un des deux m’a fait savoir qu’ils n’étaient pas venus pour cela. J’ai alors profité d’un « cafouillage » pour prendre ma moto et emprunter des voies contournées pour me retrouver au commissariat. J’avais réellement peur qu’on ne m’agresse physiquement, moi qui suis la victime ! Au commissariat, j’ai tout simplement demandé de vérifier si le véhicule est en règle.

Ce constat fait ressortir que l’assurance a expiré depuis le 4 avril 2012. Seule la visite technique est à jour. J’ai alors demandé qu’on lui fasse prendre une assurance. Puis je suis rentré chez moi.
De tout cela, j’ai retenu que dans ce pays, avoir raison et avoir tort, c’est la même chose. En outre, je retiens que les gens veulent d’une chose et de son contraire.

Ils veulent la justice, mais quand elle les arrange. Ou pourrait même dire qu’ils veulent une justice exclusivement au bénéfice des plus faibles. En clair, le plus fort ne doit en aucun cas avoir raison. Par ailleurs, quand on considère que ce sont des jeunes qui adoptent des comportements du genre, on a peur de l’avenir. Surtout que du côté des pouvoirs publics, on donne l’impression de calmer les situations, sans véritablement les résoudre. Alors, si chacun vient à chercher à résoudre son problème par lui-même, ce sera tout simplement la jungle. Touchons du bois !

Dabaoué Audrianne KANI

L’Express du Faso

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