Exploitation minière en Afrique de l’Ouest : Des journalistes et parlementaires au diapason de la problématique environnementale

dimanche 7 octobre 2012

Amener les hommes de média et les parlementaires à être à l’avant-garde des débats sur l’exploitation minière et des relais vers les décideurs et les populations des préoccupations environnementales ; Débattre avec eux des enjeux autour de la question d’exploitation minière en rapport avec l’eau et l’environnement. Ce sont, entre autres, les principaux objectifs de l’atelier sous régional tenu du 1er au 5 octobre 2012 à Ouagadougou sous le thème : « Exploitation minière et protection de l’environnement et de ressources naturelles en Afrique de l’ouest ».

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Exploitation minière en Afrique de l’Ouest : Des journalistes et parlementaires au diapason de la problématique environnementale

Organisée conjointement par la direction régionale Afrique occidentale et centrale de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN-PACO) et le Partenariat ouest africain de l’eau, l’atelier a réuni des parlementaires Burkinabè, et une trentaine de journalistes venus du Cameroun et de 10 pays de l’Afrique de l’ouest ; à savoir le Ghana, la Gambie, la Guinée Conakry, le Sénégal, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Togo, et le Burkina Faso.

Plus de 127 milliards de francs au trésor public

Ce n’est un secret pour personne, le sous-sol ouest africain regorge d’énormes ressources minières (or, fer, manganèse, uranium, phosphate, bauxite, pétrole, diamant, etc.). Et depuis que les minerais sont devenus d’importants pourvoyeurs de devises pour les Etats avec notamment l’envolée des cours, l’on a assisté au cours de ces dernières décennies à ce que l’on appelle le « boom minier ». Ainsi, de la Gambie au Mali, de la Côte d’Ivoire au Niger en passant par le Sénégal, la Guinée, le Burkina, pour ne citer que ces pays, c’est l’exploitation minière tous azimuts, dans l’objectif de tirer le maximum de revenus.

Certes, l’apport de l’extraction minière est indéniable dans l’économie des Etats (le secteur minier a apporté de 2008 à 2011 plus de 127 milliards de francs CFA au trésor public Burkinabè et au Mali il contribue pour environ 15% au PIB du pays). Mais, force est de reconnaître que l’environnement, dans bien des cas, a été sacrifié dans cette course effrénée vers la manne minière ; les normes nationales et internationales en matière de protection des écosystèmes n’étant pas toujours respectées. Ce qui contribue fortement à la dégradation des ressources naturelles, sans oublier les récurrents problèmes de sécurité liés aux éboulements et à la santé publique.

« Exploitation durable et sécurisée des ressources »

C’est pourquoi, pour le ministre Burkinabè des Mines, des carrières et de l’Energie, Salif Lamoussa Kaboré, qui s’est fait représenter à l’ouverture par son conseiller technique, Bassirou Ouédraogo, il appartient aux gouvernants en relation avec les différents acteurs dont les hommes de média et les parlementaires, de trouver les voies et moyens afin de minimiser les revers de l’exploitation minière. Et d’indiquer que le Burkina Faso en matière d’exploitation minière promeut une politique qui garantit la libre entreprise sous réserve du respect des textes qui sont entre autres le code minier, le code de l’environnement et le code des investissements. L’objectif poursuivi ici, dit-il, « est de faire jouer le dispositif législatif er le rôle régulateur de l’Etat dans l’exploitation durable et sécurisée des ressources naturelles ».

« La mobilisation de tous les acteurs est nécessaire pour atténuer les incidences environnementales des activités d’exploration et d’exploitation minière dans nos pays et, veiller ainsi à la conservation des biens et services essentiels des écosystèmes qui soutiennent le développement à long terme. Dans ce souci de veille, les média et les parlementaires jouent un rôle essentiel », a souligné Aimé J. Nianogo, directeur régional du Programme Afrique centrale et occidentale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN-PACO). Pour sa part, le président du Partenariat Ouest Africain de l’Eau, Hama Arba Diallo, la présente rencontre est une belle opportunité pour son organisation et l’UICN-PACO de réaffirmer leur attachement à la promotion d’un développement participatif axé sur la bonne information de tous les acteurs, base selon lui, d’un développement durable dans nos pays.

Plusieurs communications

A cet atelier de Ouagadougou, les participants ont eu droit notamment pour les deux premiers jours à plusieurs communications relatives au thème central « Exploitation minière et protection de l’environnement et des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest.
Le Pr Amidou Garané a par exemple exposé sur les dispositifs légaux de protection des ressources naturelles dans le cadre de l’exploitation minière (plans national, régional, international, plan de gestion environnementale et sociale). De sa communication, l’on retient que la plupart des pays ont des textes nationaux et même internationaux qui encadrent l’activité minière ; mais il y a des problèmes dans l’application de ces textes.

Une situation qui peut s’expliquer par un manque de volonté des pouvoirs publics, par une non maîtrise des enjeux au niveau des acteurs, la faiblesse ou le manque de moyens des structures de contrôle. Désiré Ouédraogo, directeur des Evaluations Environnementales au ministère de l’Environnement et du Développement Durable du Burkina a abordé le sous thème : ‘’Notions et problématique de l’exploitation minière et protection de l’environnement : enjeux de développement économique en Afrique de l’ouest. De la communication de M. Ouédraogo, il ressort que les aspects environnementaux sont à prendre à tous les niveaux de l’exploitation minière.

Que ce soit à la phase de l’exploration, de l’extraction ou après la fermeture de la mine, il a y a toujours des dispositions à prendre pour minimiser les impacts environnementaux et que l’après mine se prépare pendant l’exploitation. Sur cette question, la société minière Essakane SA est venue partager son expérience avec les journalistes. La compagnie en deux ans d’existence a déjà cinq bosquets à son actif, cela pour compenser progressivement les dégâts causés à la nature. Essakane SA se veut également exemplaire en matière de sécurité en ce qui concerne l’utilisation dans l’extraction des produits comme le cyanure. Il en est de même de la sécurité au travail, cela d’autant plus que la société entend jouer pleinement la carte de la responsabilité sociale et sociétale.

Exploitation minière et protection de l’environnement conciliables

La mine Bissa Gold est toujours en construction et devrait, si tout se passe bien, démarrer sa production en décembre 2012 ; mais c’est dans la même dynamique de responsabilité sociale qu’elle entend, à écouter ses responsables dont le directeur général adjoint Christian Ouédraogo, inscrire son action. En effet, c’est dans cette mine située dans la commune de Sabcé, à 90 km de Ouagadougou et à 15 km de Kongoussi, que les hommes de médias ont effectué ce mercredi 3 octobre 2012 leur visite de terrain pour toucher un tant soit peu du doigt les impacts environnementaux et sociaux de l’exploitation minière.

Comme Essakane SA dans le Sahel, la compagnie va privilégier dans son recrutement de personnels les ressortissants de sa zone d’implantation (le Bam et le Sanmantenga) pour les emplois sans qualification. Bissa Gold a construit deux cités pour la réinstallation des populations affectées par l’installation de la mine et a programmé aussi des projets qui vont permettre aux femmes de la zone de mener des activités génératrices de revenus. La société a également en vue des actions de reboisement pour minimiser les impacts environnementaux. A bien écouter les miniers, que ce soient les représentants d’Essakane SA à Ouaga ou de Bissa Gold à Sabcé, les gros problèmes ne sont pas causés par les mines exploitées de façon moderne, mais par l’orpaillage qui ne respecte aucune norme. « Aucune mine n’emploiera quelqu’un de moins de 18 ans. De même personne n’utilisera le cyanure sans protection adéquat », rassure Frédéric Somé d’Essakane SA.

Le directeur général adjoint de Bissa Gold dira plus tard, lui aussi, la même chose. Comme quoi, les miniers sont des gens responsables et ne sont pas là pour faire du n’importe quoi. En tous les cas, comme l’a souligné le professeur Abdoulaye Diarra de 2IE pendant le panel de l’atelier, exploitation minière et protection de l’environnement ne sont pas inconciliables. Tout est une question d’approche en termes de formation, de renforcement des capacités et surtout de responsabilité individuelle et collective à assumer face à la problématique posée.

Pour leur part, les hommes de média ouest africains en se retrouvant à Ouagadougou pour leur sixième rencontre du genre (il y a eu respectivement Bamako en 2007, Niamey en 2008, Cotonou en 2009, Accra en 2010 et Conakry en 2011), réaffirment encore leur engagement à faire œuvre utile pour contribuer à la protection des écosystèmes en Afrique de l’Ouest.

Grégoire B.BAZIE

Lefaso.net

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