Alain Edouard Traoré participe aux Assises internationales du journalisme et de l’information

jeudi 4 octobre 2012

Le ministre de la communication, porte-parole du Gouvernement, Alain Edouard Traoré a participé aux Assises internationales du journalisme et de l’information qui ont eu lieu le 3 octobre 2012, à Poitiers en France.

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Alain Edouard Traoré  participe aux Assises internationales du journalisme et de l’information

Il s’agissait, pour le ministre A.E. Traoré, de concrétiser la convention passée lors de l’édition 2011 des Universités africaines de la communication de Ouagadougou (UACO), entre les UACO, les Assises du journalisme et de l’information présidées par Jérôme Bouvier, et l’Alliance Francophone présidée par Jean R. Th. Guion, co-fondateur des UACO.

Cet accord a permis de faire venir de jeunes et brillants étudiants des 10 meilleures écoles de journalisme africaines et maghrébines.
Le groupe des étudiants accueilli par Jérôme Bouvier, le président des Assises (à droite)

Deux étudiants burkinabè , Salifou Ouédraogo et Dimitri Kaboré ont donc pu, avec leurs camarades d’Algérie, du Bénin, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Mali, du Niger, du Sénégal, du Togo, de Tunisie, participer aux ateliers et ont répondu aux multiples invitations des médias locaux (la radio France Bleue, la télévision France 3 et le journal local « La Nouvelle République », échangeant à cette occasion avec les journalistes sur les pratiques professionnelles dans la presse quotidienne régionale, sur la presse française sur l’audiovisuel de service public et sur l’évolution des circuits de l’information.

Lors de la réception officielle à l’hôtel de Ville de Poitiers le ministre Traoré a lancé un vibrant plaidoyer pour la Francophonie, pour que de tels échanges enrichissent les uns et les autres, rappelant la nécessaire liberté de l’information mais aussi la nécessité pour les journalistes et les journalistes en herbe de circuler librement « en francophonie » afin de permettre au sud de rencontrer le nord mais aussi au nord de rencontrer le sud afin de comprendre que les destins sont liés.

Jean Guion président de l’Alliance Francophone, qui a pris en charge le déplacement des étudiants africains, s’est dit extrêmement satisfait de voir combien ils ont prouvé, par les questions posées lors des ateliers, que la relève est prête et n’ignore rien du paysage mondial de la communication. Il a lancé un appel aux consulats « francophones », et de France en particulier, « trop frileux » et pas toujours conscients de l’importance de tels échanges pour la promotion de notre langue et celle de nos cultures, afin qu’ils délivrent plus facilement les visas pour ce genre d’événements. Il a toutefois souligné que seul de Consulat de France au Burkina Faso avait délivré les visas demandés sans mettre d’obstacles majeurs.


Intervention de Jean R. Th. Guion, Président International de l’Alliance Francophone sur le thème des Assises

Thème : « Indépendance de la presse, liberté d’expression,
& francophonie »

Je voudrais tout d’abord remercier Jérôme Bouvier et son équipe de nous avoir associé à cette belle et courageuse entreprise, car croyez-moi, il en faut du courage, voire une lumineuse inconscience, pour se lancer dans une telle entreprise.

Je suis très honoré de prendre part à ces Assises internationales du journalisme et de l’information à Poitiers. Activement engagée dans le débat sur la place de la langue française au sein de l’espace public, sur les évolutions de ses vecteurs d’expression, sur l’éthique de son usage, l’Alliance francophone que j’ai le bonheur de représenter suit avec un intérêt tout particulier les problématiques qui ont trait à l’information, à la presse et aux médias. Car il ne saurait y avoir de francophonie sans médias d’expression francophone libres et forts, mus par un idéal commun de quête de vérité, bien au-delà des nécessaires et louables différences de lignes éditoriales, de sensibilités, de tonalités.

L’Alliance francophone entend donner un sens à cette première participation à ces assises. Elle a un message à délivrer, des non-dits à lever, à propos d’un certain nombre de manières parfois contestable de diffuser de l’information.
Mais elle a aussi des propositions porteuses d’espoir à formuler.

L’indépendance de la presse est un peu le « thermomètre de la démocratie ». Souvent décrite comme le marqueur par excellence des sociétés libres et modernes, elle permettrait de « prendre la température » des libertés individuelles et publiques au sein d’une nation, de jauger et d’apprécier leurs évolutions.
Tel est le point de vue communément admis en France.
Cette consubstantialité entre la notion de liberté de la presse et la notion de démocratie est présentée comme allant de soi. En fait, elle plonge ses racines dans une certaine sacralisation historique de la Révolution française de 1789, dont les hérauts ont formellement posé le substrat philosophique dans l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.
Cet article 11 stipule que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, s’exprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

Or, l’interrogation soulevée en filigrane par le libellé ici abordé relève d’une fort grande complexité. Il participe d’une problématique éminemment philosophique, qui ne saurait faire l’économie d’un examen critique poussé. Loin de poser une affirmation, le libellé en question remet, à mes yeux, les concepts mêmes de liberté et de démocratie au centre du débat, pose la question du bien-fondé de leur adéquation l’un à l’autre, et soumet au débat leur universalité supposée. Ceci tout particulièrement à l’heure où les radicalismes religieux – pour ne citer que ceux-là, l’actualité nous y oblige ! - n’ont de cesse de les pourfendre, au nom d’une vision théologique du monde qui récuse toute idée de souveraineté et de libre-arbitre individuels. Actuellement, à une toute autre échelle, les dérives multiformes de la liberté et ses surenchères affectent les médias au quotidien, dans leurs méthodes de travail, leurs modes d’appréhension de l’information, leur relation à l’opinion publique et leur conception de la déontologie. Elles ne sont pas sans soulever des interrogations majeures sur leur place dans notre société et leur incidence sur le devenir de notre démocratie.

Une Alliance francophone, pour donner libre cours à la parole

Si je suis ici parmi vous, c’est que l’idée d’indépendance présente pour l’Alliance francophone, fondée voici une vingtaine d’années, une résonnance toute particulière. Son principal instigateur, Pierre Messmer, qui en fut un des présidents fondateurs, en avait fait son credo. Il voulait cette indépendance multiforme et totale : indépendance philosophique, indépendance politique, indépendance financière. Viscéralement attaché au droit à la souveraineté, il abhorrait toute idée d’inféodation ou de subordination. Hors de question d’être sous la tutelle de quiconque. Il voulait une francophonie « non gouvernementale », une francophonie des peuples et des individus, dénuée d’ancrage gouvernemental et émancipée de toute forme de subvention étatique. En un mot, une francophonie qui vole de ses propres ailes, par l’unique élan et la synergie des femmes et des hommes qui la constituent. L’indépendance n’a pas de prix. Et si elle en a un, c’est celui d’être ni quantifiable, ni monnayable, ni échangeable.

L’indépendance ainsi prônée par notre fondateur, Pierre Messmer, et par ses successeurs dont l’Ambassadeur de France Stéphane Hessel, était le seul gage d’une véritable liberté de ton et de parole. Ils postulaient là une hypothèse qui intéresse au premier plan nos débats et nos réflexions concernant l’indépendance de la presse, que l’on peut traduire sous la forme interrogative suivante : « Est-il possible de livrer une information fiable lorsque les conditions d’expression de sa liberté sont pour le moins sujettes à caution ? » La question ici posée est une question universelle, je dirai même ontologique. Elle va au-delà du postulat posant la démocratie comme garant de la liberté de la presse, pour poser la question de la démocratie comme limite à l’expression libre de la presse. Elle instaure une dialectique qui permet d’étudier deux facettes éminemment structurantes de la problématique de l’indépendance de la presse et de la liberté d’expression des journalistes : son impotence et son omnipotence, son déficit de légitimité et ses excès de pouvoir.

La presse francophone, une réalité hétérogène miroir des disparités planétaires

Le respect de la liberté de la presse dans l’espace francophone est très contrasté, si bien qu’il est quasiment impossible d’établir un modèle ou un paradigme. Le classement de la liberté de la presse 2011-2012 publié cette année par Reporters sans frontières est à ce titre édifiant : quelque 160 places séparent la Suisse, un pays francophone exemplaire en matière d’indépendance des médias, du Vietnam, autre pays francophone figurant parmi les dix derniers pays en matière de respect de la liberté de la presse. Cette situation tient au fait que la francophonie recouvre des disparités historiques, culturelles, économiques et politiques que le seul vecteur de la langue française ne saurait réduire ou atténuer.

Est-ce d’ailleurs la vocation de la francophonie de le faire ?
Je ne le pense pas et ne le souhaite pas !

Ce qui préoccupe la francophonie d’une manière générale, ce sont en tout premier lieu le respect des conditions d’exercice des métiers de la presse, de même que la liberté de pensée et de mobilité des journalistes, ainsi que les moyens matériels mis à leur disposition, et enfin leur formation. Car, n’ayons pas peur de le dire, même si cette vérité n’est pas bonne à entendre, le statut des journalistes dans l’aire francophone est l’un des plus préoccupants de la planète. Au moins dix-huit journalistes et responsables de presse francophones sont détenus dans huit pays dont les États se sont pourtant engagés en faveur de la dépénalisation des délits de presse par la signature en novembre 2000 - réaffirmée en 2010 - de la déclaration de Bamako. Et force est de constater que c’est essentiellement en Asie et en d’Afrique que la réalité de la presse est la plus critique, en dépit des aux appels constants à la modération de l’organisation internationale de la Francophonie et de l’Union de la presse francophone !

Si la chute du mur de Berlin permit de soulever la chape de plomb qui, du temps du communisme, pesait sur la presse des pays d’Europe de l’Est et du Centre, il n’en fut absolument rien dans les deux parties du globe précitées, où les processus de transition démocratique piétinent, lorsqu’ils ne sont pas au point mort.

Le cas du Vietnam est très emblématique. Avec dix-neuf journalistes écroués, ce pays tient lieu de plus grande « prison » de l’espace francophone. On peut bien mal augurer de la situation en Afrique, si l’on considère la suppression de publications indépendantes rwandaises si l’on considére l’assassinat, à Kigali, du rédacteur en chef adjoint d’Umuvugizi, Jean-Léonard Rugambage, survenu durant la campagne présidentielle qui a débouché sur la réélection de Paul Kagame, ou bien encore la poussée des islamistes dans les pays du Sahel et en Tunisie.

Fort heureusement, il existe des contre-exemples, certes peu nombreux, qui laissent filtrer une lueur d’espoir. C’est le cas notamment du Burkina Faso, pays auquel je suis très attaché. Ce pays sans ouverture maritime, mal loti par la nature, en proie à de très fréquentes sécheresses, enregistre des progrès remarquables dans le domaine des médias, de leur liberté. De fait, RSF classé en 2010 ce pays parmi les cinquante pays les plus respectueux de la liberté de la presse. Je tiens à préciser que le principe de la liberté de la presse est clairement énoncé et encadré par les institutions burkinabè. L’article 8 de la constitution stipule que « les libertés d’opinion, de presse et le droit à l’information sont garantis. Toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements en vigueur ». Créé en avril 1995 par décret, puis amendé par la loi organique n°20-2000/AN du 28 juin 2000, le Conseil supérieur de l’information s’inscrit dans la continuité de ces principes qu’il s’est donné pour mission non seulement de garantir, mais surtout de faire appliquer conformément au cadre juridique en vigueur.

Les dérives de la liberté de la presse en démocratie

Si la presse francophone en Asie et en Afrique pâtit d’une telle carence démocratique, cela tient aussi, dans une certaine mesure, au fait que le modèle de liberté qu’a incarné, un temps, la presse en France, est en train d’être sérieusement mis à mal, pour des raisons qui lui sont à la fois internes et externes. Confronté d’un côté à une mutation technologique effrénée des outils de communication qui remet en cause le cœur même de la profession, et d’un autre côté à un phénomène de défiance de l’opinion publique qui voit en elle un « IVe pouvoir » dangereusement inféodé aux pouvoirs politiques et économiques, le système médiatique hexagonal subit une double crise de légitimité.

Le journalisme, un métier au statut incertain

L’avènement d’internet a sans doute été une chance pour les journalistes, un moyen de diversifier leurs sources, d’élargir géographiquement leur champ d’investigation, de diffuser plus largement leur information à tout instant et en tout lieu. Il a réinventé la pratique de leur métier en donnant la possibilité à des médias d’un genre nouveau de voir le jour. Cependant il a porté préjudice aux médias traditionnels, notamment à la presse écrite, en consacrant une génération de « cyber-informateurs » et de « bloggers » démunis tant d’un savoir professionnel de base que de l’idée même de déontologie. Ce phénomène n’a du reste fait qu’amplifier la chute des ventes de quotidiens qui avait déjà été amorcée par l’émergence des « gratuits ».

Dorénavant les journalistes traditionnels ne sont plus les seuls producteurs de l’information. Aux « cyber-informateurs » s’ajoutent, de surcroît, les professionnels de la communication. Formés dans des écoles de journalisme, anciens journalistes reconvertis, ils tendent à prendre une place prépondérante dans le processus de fabrication de l’information, en dénaturant le message informatif, en le noyant dans le genre promotionnel et publicitaire.

Cette dilution de la définition du métier de journaliste ne fait que traduire un phénomène plus profond : celui de la précarisation et de la paupérisation d’une profession dont 20 % vit de maigres piges, pour ne pas évoquer le nombre grandissant de journalistes au chômage. Contraints de « vendre » tous azimuts, ils livrent une information bradée, de nature à porter préjudice à la crédibilité des médias. Cela pose une question cruciale : un journaliste peut-il pleinement exercer sa liberté lorsqu’il est mû par des considérations purement « alimentaires ». Plus que sa liberté ou son indépendance professionnelle, c’est son statut qui est au cœur du débat.
Vous comprendrez aisément que si le métier de journaliste ne fait plus rêver dans une démocratie aussi ancienne que la France, il peut très difficilement en être ailleurs, dans les pays francophones où la démocratie en est encore à ses balbutiements.

Une liberté de la presse menacée par ses propres excès

Jamais la presse française n’a été autant décriée que ces vingt dernières années. Depuis la publication des travaux de Pierre Bourdieu et de Serge Halimi, l’enquête de Pierre Péan et Philippe Cohen sur la Face cachée du Monde, un vent de réprobation souffle contre les télévisions, les journaux, les radios, et l’ensemble de la profession, sous l’angle « de la thèse du complot ».

Laurent Joffrin a consacré, à ce sujet, un livre intitulé Média paranoïa.

Si je n’adhère pas à cette tendance qui tend à s’insérer dans une forme évidente de consensus social, je pense néanmoins important que notre système médiatique, tous genres et toutes catégories confondus, publics et privés, adopte une démarche profondément introspective et franchisse véritablement le pas de l’autocritique.

C’est une nécessité impérieuse, impérieuse concernant l’avenir de la profession, impérieuse concernant la vitalité de notre démocratie.
Car, qu’on le veuille ou non, les pratiques journalistiques contestables qui émaillent notre quotidien posent question.
Loin, fort loin d’adhérer à toutes ses thèses, je partage cependant avec Pascal Boniface l’objection qu’il soulève dans son très provocateur essai "Les intellectuels faussaires", paru l’année dernière : « La concurrence, la chasse au scoop, écrit-il, conduisent parfois à négliger la vérification des sources et à privilégier le spectaculaire sur le fondamental. La distinction entre les faits et le commentaire n’est pas toujours respectée. Des articles souvent très « éditorialisés » se trouvent souvent ailleurs qu’à la place des éditoriaux. Dans certains cas, on peut se demander si les médias ont pour ambition d’informer l’opinion ou s’ils cherchent à l’influencer, fût-ce pour une bonne cause ».

Il est en effet bien des pratiques en vogue qui, pesant sur les conditions de production de l’information, n’ont de cesse d’éroder le sérieux et la crédibilité de celle-ci. Sans en faire ici une énumération exhaustive, j’en citerai quatre qui me semblent particulièrement préjudiciables :

1) une confusion grandissante dans la hiérarchisation de l’information : cela conduit à donner une importance hors de proportion aux faits divers, qui - érigés en faits majeurs de l’actualité -font très souvent la une des médias. Viols ou disparitions deviennent des questions « d’Etat » qui prennent volontiers le dessus sur l’actualité sociale et politique ! Et ne parlons pas de l’actualité internationale, reléguée au dernier plan, en particulier dans les médias télévisés qui cultivent une tendance à la caricature. Prenons pour exemple l’émergence d’AQMI : elle est prise pour argent comptant sans jamais être vraiment décryptée...Des présentateurs de JT aussi avertis qu’Alain Marschall (de BFM TV) se plient ainsi à la phraséologie d’Al Qaida en parlant de « maghreb islamique » pour désigner le Maghreb / Afrique du Nord. On est en droit, ici, de se demander si le journaliste agit de façon prémédité ou, plus grave, par simple ignorance.

2) une délégation/sous-traitance intempestive de l’information aux communicants, sondeurs, autres spécialistes qui accaparent les plateaux de télévision, les rubriques de la presse écrite et des radios. En s’en remettant à ses experts, les journalistes scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ils accréditent la thèse selon laquelle les informateurs qu’ils sont censés être ne maîtrisent pas les sujets sur lesquels ils ont la mission d’informer.

3) un phénomène de circularité de l’information, dénoncé par feu le sociologue Pierre Bourdieu, qui a pris une ampleur préoccupante depuis le développement des chaînes TV d’information. La redondance de la même information sur différentes chaînes, pose, en creux, tant la question de la diversité de l’information que celle de la collusion des groupes d’intérêts financiers qui se trouvent à la tête des sociétés de production de l’information.

4) un usage lamentable de la langue française. Il est impossible d’énumérer tous les piétinements dont elle est l’objet : néologismes, anglicismes, abus de langage, expressions familières, simplifications, confusion des registres… pour avoir la charité de ne pas évoquer les grossières fautes de grammaire, l’utilisation de mots les uns à la place des autres, l’habitude de ne pas finir les phrases, l’usage d’un sujet au singulier suivi d’un verbe au pluriel, etc...!. Il en devient difficile de comprendre de façon précise les propos tenus !

Toutes ces dérives constituent des atteintes sournoises à la liberté de la presse et à son expression démocratique. Elles ternissent l’idéal de la « France patrie des lumières et des droits de l’homme ». Plutôt que de susciter une fascination et un attrait pour notre pays, elles provoquent une réticence voire un désamour à son égard, ce qui rend obsolète toute idée d’espace affectif autour des valeurs de libertés et de partage que pour notre part nous partageons. Par là-même, elles disqualifient toute aspiration à la francophonie.

Pas de presse francophone, pas d’indépendance professionnelle, sans liberté de circuler

Si nous voulons voir émerger une francophonie de la presse ou, à défaut, soutenir la presse francophone dans ses expressions diverses, nous nous devons alors d’œuvrer en faveur de la liberté de circulation des journalistes, corollaire de toute liberté d’expression.

Quotidiennement, nous nous offusquons de ce que des journalistes français se voient refuser leur visa par des chancelleries étrangères : mais ne faisons-nous pas volontiers la sourde oreille lorsque la patrie des droits de l’homme ferme ses frontières aux intellectuels, universitaires et journalistes les plus illustres du monde entier, les refoule, les bannit ? Or, ce sont des dizaines et des dizaines de femmes et d’hommes, instruits, entreprenants, porteurs de projets pour leur pays, pour la France, pour l’humanité, qui se trouvent quotidiennement dans ces situations d’exclusion, de refus.

L’invitation par les Assises et l’Alliance Francophone de 12 meilleurs élèves journalistes de 12 pays d’Afrique en est un sinistre exemple ! Un cas d’école !
A l’exception du Consulat de France au Burkina Faso qui a accordé spontanément leurs visas à deux élèves partant de Ouagadougou, il nous a fallu batailler pendant un mois avec les consuls, consuls adjoints et autres.
Une moyenne de 70 échanges avec les consulats, par lauréat, près de 700 courriels et courriers !
Ubu est resté Roi !
Certains dossiers, tous complets et précisément remplis, n’ont probablement même pas été ouvert !
Echaudé par de nombreux précédents de ce type, je ne suis plus surpris du systématisme de nos autorités consulaires. N’ont-ils pas refusé un visa au Professeur Oumar Sankharé, écrivain, deuxième africain agrégé en grammaire française après Léopold Sédar Senghor !!!
Leur mode de traitement administratif stéréotypé, leurs démarches expéditives, leurs réponses toutes faites sont un secret de Polichinelle.
Ce qui continue de me surprendre en revanche, et de heurter mon entendement, ce sont les arguments fallacieux dont ils se prévalent. Proprement mesquins !

Ainsi, pour un de nos lauréats, il nous a été objecté le fait de « n’avoir pas fourni la preuve qu’il disposait de moyens de subsistance suffisants pour la durée du séjour envisagé ou de moyens pour le retour dans le pays d’origine ou de résidence », et encore que « les informations communiquées pour justifier l’objet et les conditions du séjour envisagé n’étaient pas fiables ».
C’est dire l’indifférence et le peu d’égards de certains de nos services diplomatiques pour la langue française.... La francophonie étant, manifestement, le dernier de leur souci.

La politique migratoire, les contingences d’une orientation gouvernementale intérieure, aussi légitimes soient-elles, ne doivent pas entacher les idéaux « supérieurs » de la France et les valeurs émancipatrices de liberté et de justice qui ont façonné son histoire et inspiré les autres peuples depuis des siècles.

La France ne doit pas adopter une position soupçonneuse vis-à-vis des peuples étrangers (certains peuples étrangers !), ni considérer que son attitude vis à vis des peuples en question relève de sa politique intérieure.
Disons-le, une fois de plus, un Africain, un Asiatique n’est pas un immigré potentiel. Que cessent les amalgames une fois pour toutes !

La France doit s’ouvrir, il y va de son rayonnement. Elle doit retrouver la stature qui est la sienne. Si nous voulons une France en peau de chagrin, renfermée sur ses acquis, sur une culture française enfermée dans ses seules frontières, si nous voulons une France qui voit en l’autre une menace permanente, disons-le tout net : résolvons nous à sa disparition !

Afin d’en finir avec l’ostracisme administratif dont font l’objet les chercheurs, les étudiants, les artistes et autres créateurs qui relèvent de l’aire francophone, l’Alliance Francophone œuvre depuis maintenant une décennie en faveur de la création d’un « visa francophone » . Un tel visa serait destiné à favoriser, au sein de la francophonie, la mobilité des personnes investies dans le rayonnement de la langue et de la culture françaises.
Nous regrettons qu’en dépit de nos sollicitations insistantes, les gouvernements de gauche comme de droite n’aient pas osé mettre en œuvre un tel projet.

Cela démontre, si besoin est, la schizophrénie dans laquelle ils se trouvent.
Des discours d’intention sur la francophonie porté par un ministère et une organisation internationale qui lui sont consacrés, et peu d’avancées concrètes devant le fait accompli.

Si nous sommes ici, c’est que l’information et la nécessité de sa démocratisation sont un véritable enjeu au sein de la francophonie, notamment en Afrique où de grandes multinationales indiennes, brésiliennes et moyen-orientales ont investi le terrain. Bien que méconnaissant totalement la réalité africaine, elles se livrent à une rude bataille pour gagner le monopole de l’information. La pénétration des médias originaires des Emirats arabes a de la sorte permis une diffusion sans précédent de l’islam wahhabite en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Cette diffusion a pour conséquence de faire reculer les pratiques musulmanes autochtones, souvent d’inspiration syncrétique, maraboutique (culte des saints) et accessoirement soufi (courant mystique de l’islam).

Conscients du peu de respect de ces nouveaux médias vis à vis d’eux, les Africains ont tendance à se rabattre spontanément vers les médias francophones du type RFI, plus respectueux des cultures et des langues locales. Les affinités historiques, l’ancrage de la langue française, les interpénétrations culturelles, les relations migratoires…etc…sont autant de raisons d’engendrer un désir d’information d’expression et de sensibilité francophones.

A ce titre, nos amis africains formulent des demandes très explicites. Ils attendent notre concours dans le domaine de la formation, de biens d’équipement, de l’expertise juridique en matière d’éthique.

Notre présence au sein de ces assises s’inscrit un peu dans cette démarche, dont nous avons jeté les premiers jalons voici une dizaine d’années lors de la création des Universités africaines de la communication de Ouagadougou (UACO). L’Alliance Francophone a cofondé ces Universités, et a le plaisir de les animer chaque année, afin de soutenir la démarche de modernisation et de professionnalisation du secteur de l’information et de la communication en Afrique en général et au Burkina Faso, pays hôte, en particulier.

En s’engageant sur le terrain aux côtés de nos amis francophones dans les quatre coins du monde, en initiant et en soutenant des actions concrètes, en multipliant des opérations telles que ces assises de Poitiers et en les élargissant à nos amis d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs dans un esprit de fraternité, la liberté de presse peut triompher et, dans son sillage, favoriser l’essor de la francophonie. Car, de l’avenir de la presse française, de son indépendance et de son rayonnement dépend aussi l’avenir de la francophonie.

JRTh.G

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