Autant le dire… : Pédiatrie du CHUSS de Bobo, âmes sensibles s’abstenir

mardi 11 septembre 2012

Ce qui se passe en ce moment à la pédiatrie du Centre universitaire hospitalier Souro Sanou de Bobo est bien grave. Période de paludisme oblige, les enfants malades qui y arrivent sont tellement nombreux que les agents de santé sont bien débordés. En plus, il leur manque ce qu’il faut pour sauver ces enfants. Si bien que des parents n’hésitent pas à comparer la salle d’urgence, ou du moins toute l’unité de pédiatrie à un mouroir. Il faut s’y rendre pour y croire. Dès la porte d’entrée, les malades et les accompagnants dont certains sont couchés à même sur des nattes vous accueillent les yeux hagards. Dans la salle d’urgence, le spectacle est encore plus désolant. Les enfants, dont certains sont pratiquement agonissant sont couchés de travers et à plusieurs sur de petits lits d’une place dans les matelas en sky ne sont pas toujours recouverts de draps.

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Autant le dire… : Pédiatrie du CHUSS de Bobo, âmes sensibles s’abstenir

Au plafond, ce sont de vieux ventilateurs qui se débrouillent pour apporter un peu d’air frais à tout ce monde qui grouille pour la survie. A vrai dire, les urgences de la pédiatrie du CHUSS de Bobo donnent l’image d’un marché du soir où tout le monde se débrouille pour arracher quelque chose avant le coucher du soleil. Malheureusement ici, c’est contre la mort qu’on se bat. C’est le mot qui manquait. Puisque visiblement, le personnel soignant manque de l’essentiel pour sauver ces vies. Dans la journée de lundi 10 septembre, la quasi-totalité des enfants qui étaient admis dans ce service étaient anémiés. Il fallait donc leur trouver des poches de sang pour des transfusions sanguines. L’hôpital n’en disposait pas.

Le malade, pour lequel nous nous y sommes rendus est décédé par anémie. Entré tôt le matin aux environs de 5 heures, il est décédé peu avant 15 heures. C’est en ce moment qu’une poche de sang a été trouvée pour sauver l’un des malades qui y sont admis depuis la veille. Mais au juste que se passe-t-il ?

Si l’on en croit les échanges que nous avons eus avec des agents de santé, non seulement les donneurs de sang sont rares, mais quand il y en a, il manque par moments les réactifs pour purifier les quelques poches de sang récoltées. C’est dommage que dans le seul centre hospitalier universitaire dont dispose la région, on assiste de la sorte à des décès, surtout d’enfants qu’on n’arrive pas à sauver faute de soins. Il va falloir que le Centre national de transfusion sanguine redouble d’efforts afin de mettre à la disposition des centres de santé du sang pour sauver des vies. Par ailleurs, ces centres doivent faire le minimum pour que ce précieux liquide qui coule dans les veines de chacun de nous soit disponible à tout moment et en tout lieu où il est nécessaire.

Par ailleurs, la devanture du CHUSS manque d’hygiène. Notamment sur la route pavée par la mairie de la commune à plusieurs millions de F CFA. En effet, cette rue qui devait faire la fierté du CHUSS parce qu’elle accueille les visiteurs est encore redevenue un marché. Où on y vend du tout. Où on y jette du tout. Jusque devant la porte d’entrée de l’hôpital. Au nez et à la barde des premiers responsables de ce CHUSS qui, vraisemblablement n’y accordent pas d’importance. Voilà que ce spectacle annonce malheureusement ce qui se passe à l’intérieur.

Actuellement, véritablement le CHUSS de Bobo ne répond à son statut que par son appellation. Le personnel soignant se bat comme il peut. Les responsables font ce qu’ils peuvent. Mais, il manque l’essentiel : les moyens matériel et financiers. A qui la faute ? Chacun se reconnaîtra.

Dabaoué Audrianne KANI

L’Express du Faso

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