Salon de coiffure homme chez Ouattara. Après s’être confortablement installé, Salif BELEM la cinquantaine bien sonnée, instruit son coiffeur. « Il faut tout raser » dit-il, « tout, pas comme la dernière fois » insiste t-il. Depuis son jeune âge, il n’a jamais aimé porté des cheveux. Alors les teindre, maintenant qu’il est vieux pour cacher les blancs ? Jamais. « Je suis content d’avoir les cheveux blancs. Cela veut dire que je suis quand même arrivé quelque part ». Suggérant par là, l’expérience et la sagesse acquises au cours de toutes ces années qui sont maintenant derrière lui. M BELEM sait pourtant que beaucoup de personnes de son âge s’adonnent à cette pratique. Et là dessus, il a un avis bien tranché. « Je pense qu’un vieux de mon âge qui fait ça, ce n’est pas gai, pas du tout ».
Gai ou pas gai, ce retraité que nous appellerons Monsieur O., lui, est devenu accro à la teinture. « Je peux dire que c’est la crise de la quarantaine qui m’a poussé dedans. Je ne supportais pas d’avoir des cheveux blancs. Des amis se sont teint les cheveux et cela m’a encouragé à essayer » explique t-il. Aujourd’hui, il essuie les critiques des gens dans la rue, de ses proches notamment, ses enfants. « Dans l’imaginaire populaire, ceux qui se teignent les cheveux blancs sont assimilés à des filous qui veulent courtiser les jeunes filles » confie t-il. « Mes enfants le pensent aussi mais ce n’est pas toujours vrai. J’en suis la preuve vivante » se défend t-il.
Cette vision populaire a pourtant …le cuir tenace. Bouba KOUSOUBE, coiffeur pense que c’est la seule raison qui pousse les hommes d’un certain âge à se teindre les cheveux. « Ils veulent avoir l’air jeune pour tromper les filles » soutient-il. Mais les filles ne sont pas dupes. « Elles acceptent pour d’autres raisons. L’argent par exemple. Sinon on peut cacher les cheveux blancs mais est ce qu’on peut cacher les rides ? S’interroge Pélagie BASSOLET. Si les filles ont découvert le pot aux roses, les hommes prendraient alors des risques inconsidérés pour peu de choses.
« Ebène gel+ crème », « Tigel » ou encore « tatouage », ce sont des produits chimiques, de qualité douteuse et de provenance incertaine qui sont utilisés pour ces teintes. « Avant les produits étaient meilleurs. Maintenant les nigérians et les ghanéens ont trafiqué et sur le marché c’est ça qu’on trouve le plus souvent » explique Alex de ‘’Alex coiffure’’.
Pour Dr Nina KORSAGA, dermatologue à l’hôpital Yalgado OUEDRAOGO, la provenance est tout autre. « Les produits utilisés ici, ce sont des teintures chinoises. C’est un mélange de produits appelés henné noir, fait de henné et de produits chimiques afin d’accentuer la teinte ». « Le produit est très dangereux, nous-même nous le savons » affirme Farras OUEDRAOGO, coiffeur. Et d’expliquer : « au début, la teinte va rougir les cheveux. Ensuite la personne va finir par les perdre petit à petit. Si elle ne veut pas faire « coco taillé » (raser tous les cheveux) maintenant, elle est obligée de continuer ». « C’est comme les produits éclaircissants des femmes » conclut-il.
La perte de cheveux et autres effets secondaires ne serait que la partie visible de l’iceberg des conséquences de la teinte des cheveux, d’après le Dr Nina KORSAGA. En effet, « comme effets secondaires, il y a les picotements, les irritations, les allergies et même le cancer qui était rapporté avec les produits commercialisés avant les années 1980 » insiste-t-elle. Et de se souvenir « nous avons eu un cas de réaction allergique dans le service. La personne s’est fait teindre les cheveux et le lendemain tout le visage était enflé comme un ballon, les yeux fermés avec des boutons partout sur le visage ».
Chez les personnes d’un certain âge, les effets secondaires sont accentués parce que le cheveu est naturellement plus affaibli et parce qu’un certain nombre de précautions essentielles ne sont pas respectées. Les produits chimiques agressent le cheveu donc il faut utiliser des teintures naturelles à base de plantes etc. le cheveu agressé a besoin de repos. Ce qui suppose de ne pas le teindre fréquemment.
Cette dernière précaution est sans doute la moins respectée. « Au moins chaque mois, il faut renouveler sinon les produits qu’on utilise ne tiennent pas longtemps » commente Bouba KOUSOUBE. « La teinture c’est comme le tabac » continue t il « ceux qui fument connaissent les dangers mais ils continuent quand même » soutient-il, avant d’avertir, « ne venez pas nous demander à nous qui mangeons dans cette activité de les en dissuader » ; une rhétorique reprisent en chœur par beaucoup de ces collègues est claire.
Aminata Ouédraogo
Lefaso.net


