CYBERCRIMINALITÉ : Un danger négligé, mais qui prend de l’ampleur

jeudi 23 août 2012

Des pays comme les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France ou la Russie, attaqués par des pirates informatiques, cela n’est pas une fiction, mais une réalité. Rien que le mardi 21 août 2012, le site du tribunal Khamovnitcheski de Moscou, qui a condamné, vendredi 17 août, trois chanteuses du groupe Pussy Riot à deux ans de camp, a été visé par une cyberattaque. Pendant quelques heures, les internautes ont pu voir sur le site des vidéos provocantes, des images et des slogans contre le pouvoir judiciaire ou anti-Poutine ainsi qu’une nouvelle chanson des Pussy Riot, le même jour, le site du Ministère de la justice britannique a été attaqué par des pirates qui prétendent soutenir le fondateur de Wikileaks, Julian Assange.

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CYBERCRIMINALITÉ : Un danger négligé, mais qui prend de l’ampleur

Ce qui est dangereux, c’est qu’au-delà de ces phénomènes qui traduisent plutôt une contestation politique qu’autre chose, la cyberattaque semble être le nouvel outil des organisations criminelles. Le crime informatique est désormais, extrêmement organisé, bien loin du « hacking potache » qu’on observait il y a encore dix ans et qui était surtout le théâtre d’une sorte de compétition pour la gloire entre informaticiens. Aujourd’hui, n’importe qui peut acquérir des numéros de cartes de crédit, des mots de passe… ou des informations bancaires confidentielles !

C’est devenu extrêmement lucratif ; certains analystes pensent même que le marché a dépassé celui de la drogue ! Rien qu’aux Etats-Unis, le FBI a estimé à 560 millions de dollars le coût du cybercrime en 2009, soit le double de l’année précédente. L’Université Georgia Tech a calculé pour la même année, que 15% des ordinateurs raccordés à Internet étaient infectés par des logiciels malveillants. Quelque 150.000 machines viennent quotidiennement grossir les rangs de cette « armée de zombies » – du nom que l’on donne aux ordinateurs infectés que peuvent mobiliser les pirates pour lancer des actions néfastes.

Et l’explosion attendue du nombre d’appareils connectés en Chine et en Inde ces prochaines années, ajouté au fait que les téléphones sont aussi désormais des cibles potentielles, dynamisera encore la croissance du nombre de ces « zombies ». De nos jours, les cyberattaques menacent la sécurité des Etats et coûtent des milliards à l’économie mondiale. Mais, au-delà de ces événements, la cybercriminalité menace chaque citoyen du monde dans sa vie quotidienne. Cette criminalité d’un genre nouveau s’appuie sur la dépendance croissante aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Les attend-on de pied ferme ? « Pas du tout », estime Christian Buchs, professeur à la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), à Yverdon-les-Bains. « Les Etats doivent absolument consacrer davantage de moyens, afin de pouvoir faire face à la cybercriminalité. » Reste encore à voir de quelle manière ces fonds pourraient être utilisés efficacement dans cette lutte où les pirates semblent toujours avoir une longueur d’avance. « Aujourd’hui, les ressources sont généralement, affectées, au coup par coup, à des thèmes précis comme le terrorisme, par exemple.

Il faudrait une approche plus globale, afin de mieux cerner toute la complexité du problème », reprend Christian Buchs, qui plaide pour la création d’un Observatoire de la cybercriminalité dont la portée serait internationale et qui permettrait d’organiser une forme de prévention. Des pays comme les Etats-Unis ont déjà pris les devants, en assimilant désormais, les attaques informatiques à de potentiels actes de guerre. En mai 2010, les États-Unis ont ainsi mis en place un cyber-commandement sous la tutelle du général Keith Alexander, directeur de la National security agency (NSA-l’agence américaine d’analyse des communications). Sauf que ces guerres d’un genre nouveau se heurtent à des problèmes spécifiques.

Les attaques étant virtuelles, il est difficile de trouver le responsable. Qui les Etats-Unis vont-ils bombarder après une attaque informatique, s’ils ne sont pas capables de prouver clairement qui sont les responsables ? Difficile aussi de faire la différence entre des cyberdélinquants et des pirates informatiques à la solde d’États. Egalement, des Etats comme ceux des pays en développement (Burkina, par exemple) ne possèdent ni les moyens financiers ni les ressources humaines nécessaires pour faire face à ce nouveau genre de crime. Tous les jours, de nombreuses personnes naviguent sur Internet, téléchargent des dossiers et des logiciels dans ces pays, sans pour autant se rendre compte des dangers qui les guettent. Il est donc temps qu’un coup d’accélérateur soit donné par les Etats à la question de la lutte contre la cybercriminalité.

Raphaël KAFANDO

Sidwaya

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