Toukounous ! Il est 10 h, ce mercredi 20 juin 2012, le soleil dans sa course vers le zénith frappait ardemment. C’est le quotidien de cette zone du sahel située à 230 km de Niamey, la capitale nigérienne et à une soixantaine de kilomètres du nord Mali occupé par les mouvements indépendantistes. Sol sablonneux, quelques arbres épineux et fourragers, l’environnement est peu généreux dans cette partie du monde.
Toukounous, dans la région de Tillabéry, abrite un centre de recherche par excellence de l’élevage au Niger et dans la sous-région. Avec une superficie de 4474 ha, ce centre constitue le berceau de la recherche sur l’Azawak, une race pure nigérienne et des croisements avec d’autres races européennes comme Brune des Alpes et Holstein. Dans ce centre, on compte un troupeau de 696 majoritairement Azawak repartis dans plusieurs parcs ? : les taureaux, les génisses, l’aire de la traite, etc. En ce mois de juin 2012, les animaux traversent une période difficile, le manque de pâturage, la saison pluvieuse n’étant pas encore bien installée. Et cela se lit non seulement sur l’état des animaux mais également sur les visages des bergers et du personnel du centre. « Nous traversons une période difficile ? ; nous attendons la pluie afin que les herbes poussent. Actuellement ce n’est pas facile, à part quelques ligneux fourragers, il n’y a rien », regrette le chef des lieux, Dr Moaueza Chanono.
La vocation principale du centre, est la sélection et la diffusion du Zébu de race Azawak dans les élevages traditionnels. Ainsi est né le projet Azawak avec la coopération belge.
De la sélection à la production des semences Azawak
Ce projet a permis de diffuser des géniteurs de 1200 têtes entre 2000 et 2011 dont plus de 400 géniteurs élites auprès des éleveurs sélectionnés et 600 auprès des éleveurs non sélectionnés, notamment des petits exploitants. Aussi plus de 100 géniteurs ont été cédés au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Nigeria. Avec la coopération scientifique italienne, le centre s’est fixé un autre objectif. Celui de produire des semences de race Azawak. Ainsi un laboratoire a été installé à Toukounous et un autre à l’Université de Niamey. Une collaboration tripartite entre le ministère en charge de l’élevage, la faculté d’agronomie de l’Université de Niamey et celle de Turin en Italie fonctionne au rythme de la coopération scientifique. La sélection se fait avec des taurillons issus des meilleurs laitiers. Identifiés, ils sont dressés. ?Selon le directeur du centre, quatre taureaux Azawak ont été dressés où une récolte de semence est quasi assurée. Le dressage est fait par les bergers.
Issa Sambo, chef berger, un quinquagénaire très calme, toujours bâton en main connaÎt tous les noms des troupeaux. C’est lui qui est le maître d’œuvre du dressage. ? Il parle aux animaux. Par exemple avec un langage propre à lui, il arrive à séparer les veaux de leurs mères. Au milieu des bêtes, M. Sambo soulève son bâton, produit du bruit avec sa langue et ses lèvres dont lui seul a le secret. Il réussit à dompter de façon remarquable, certains animaux.
C’est le cas de Kassourbi, le taureau le plus docile. Né en 2001, 700 kg, il répond à l’appel de Sambo quand les visiteurs veulent le toucher, prendre des photos avec lui ou même le caresser. La semence récoltée, conservée au laboratoire est utilisée pour faire de l’insémination. « Au laboratoire, la semence peut faire 40 ans sans être détériorée ? », précise Abdou Moussa Mahaman Maaouia, ingénieur des techniques agricoles au laboratoire. Il ajoute qu’ils font de l’insémination avec des éleveurs innovateurs (gros comme petits exploitants) de ferme qui ont compris l’importance de cette pratique. « Il y a des privés qui nous appellent pour des inséminations parce que les animaux sont en chaleur. Et l’opération qui coûte environ 15000 F CFA est réalisée gratuitement », poursuit-il.
L’avantage de la pratique est qu’on peut programmer les ?périodes de gestation et également les mises bas des femelles. « ?L’insémination permet de planifier les mises bas ? ; on fait de telle sorte pour que ça tombe dans la période d’abondance de pâturage. Avec ce système, tout devient programmable ? », se réjouit le directeur de la station de recherche de Toukounous….
Le nombre de vaches inséminées est d’environ 165 avec un taux de réussite de 35-40%. Pour le ministre nigérien de l’Elevage, Mahaman Elhadji Ousmane, l’Azawak est une race pure nigérienne sélectionnée depuis une quarantaine d’années. Elle présente de très bonnes caractéristiques en termes de poids, de production de lait et d’adaptation. Une vache de cette race peut en moyenne peser 700 kg de viande. Elle est prête à la reproduction dès l’âge de 15 mois. La production moyenne journalière de lait de la vache azawak à la station de Toukounous est, selon les spécialistes, de 5 à 15 litres en saison de pluie où il y a le pâturage en abondance, contrairement aux vaches ordinaires qui se reproduisent à 3 ans, pèsant à peine 200 kg et fournissant 2 à 4 litres de lait par jour.
Des résultats prometteurs
La station de recherche de Toukounouss paie le prix de son succès. En effet, malgré ses efforts et surtout en saison sèche le centre n’arrive pas à satisfaire sa commande en lait. L’Association féminine pour l’entraide et la valorisation des produits de l’élevage de Toukounous II (AFPEM), une petite transformatrice, fabrique des produits laitiers dont le fromage sec. Trois de ses membres ont acquis de l’expérience après un stage en Italie. Le centre ?fournit à AFPEM du lait frais mais son client principal est une grande société basée à Niamey. « Nous n’arrivons pas à satisfaire notre clientèle, il n’y a pas assez de lait frais. Le Centre de Toukounous possède plusieurs clients et nous n’arrivons pas à obtenir de la matière première suffisamment pour le fromage », a souligné Hadiza Oumarou présidente de l’AFPEM.
Néanmoins, elle reconnaît que cette activité améliore la vie des membres au nombre de 24. « Nous avions eu une commande lors du dernier Salon de la femme du Niger (SAFEM) de cinq cent mille FCFA, c’était notre grande commande », a-t-elle précisé. Selon le ministre de l’élevage, Mahaman Elhadji Ousmane, son pays possède 38 millions de cheptel mais dépense chaque année 18 milliards de F CFA pour importer de lait et des produits laitiers. « Nous avons beaucoup de vaches mais qui ne produisent pas beaucoup de lait », se justifie-t-il. Peut-être ce manque de lait sera compléter avec l’avènement très prochainement des vaches inséminées par croisement : l’Azawak et Brune des Alpes une race européenne. Le Niger a concrètement opté pour l’amélioration génétique.
En effet en 2009, 40 femelles ont été inséminées avec la semence Brune des Alpes (importée d’Europe) qui ont donné 13 naissances en 2010 constituent la génération F1. « C’est une première dans un centre d’élevage du Niger et surtout dans les conditions climatique difficiles », s’est réjoui Dr Moaueza Chanono. En 2011, l’opération a été répétée sur 36 femelles Azawak. Le résultat a donné 12 diagnostiqués gestantes. D’ores et déjà les taurillons F1, (produit hybride de l’Azawak et Brune des alpes) pèsent 75 kg de plus que le taurillon Azawak traditionnel.
En terme simple, si on amène ces deux types de taurillons au marché, le taurillon croisé coûtera plus cher que le traditionnel. « L’étude a montré que ces animaux croisés s’adaptent aux conditions climatiques de la même manière que l’Azawak traditionnel. Ils ne présentent aucune faiblesse, ni ne demandent aucun apport particulier », indique Maaouia.
En termes de lait, les résultats ne sont pas encore disponibles car, les chercheurs attendent que les F1 puissent mettre bas. Mais les Brunes des Alpes sont reconnues meilleures productrices de lait. Si les résultats en matière de lait sont concluants, le Niger va procéder auprès des éleveurs à l’insémination avec la semence de Brune des Alpes.
La condition sera de disposer de femelles Azawak bien nourries et bien portantes. L’heure n’est plus de posséder des milliers de têtes de bovins mais d’avoir peu qui produisent beaucoup de lait et de viande, car il faut s’adapter au manque de pâturage. « Mieux vaut avoir moins de vaches ou de bœufs qui produisent beaucoup de lait ou de viande que d’en avoir des centaines de têtes qui ne produisent pas assez et qui ne donnent pas assez de revenus au paysan ? », a conclu le ministre Mahaman.
Boureima SANGA de retour de Niamey au Niger ( bsanga2003@yahoo.fr)
Secteur de l’élevage au Niger : les chercheurs au chevet de « Kouri »
Kouri est une race bovine. La vallée du lac Tchad est son berceau. On le trouve au Niger, au Tchad, etc. Cette race est caractérisée par l’absence de bosse et une robe (pelage) toute blanche. Le mal n’a pas de fanon. Cet animal se distingue des autres bovins par la largeur de ses cornes qui lui sert de flotoire. La race est menacée d’extinction au Niger. Les raisons sont entre autres l’assèchement du Lac Tchad et les métissages. Les chercheurs du laboratoire de production d’azote liquide et d’insémination artificielle de la Faculté d’agronomie de l’Université de Niamey, mènent une étude afin de trouver des voies et moyens pour sauvegarder les Kouri.
Un projet de production de semence Kouri est mis en route. Il s’agit de collecter des spermatozoïdes ? afin de constituer une banque de semences Kouri. Les semences, conservées au laboratoire pourront être utilisées pour inséminer des femelles Kouri pour obtenir une race pure, mais également sur d’autres vaches pour des croisements. « Les Kouri sont vraiment en voie de disparition. Comme on l’a fait pour Azawak, on voulait produire une banque de semences de Kouri pour les diffuser en milieu rural et périurbain. Si le projet aboutit et même si les taureaux venaient à disparaitre, on ? aurait la semence avec nous », a indiqué Maaouia Abdou Moussa Mahaman, ingénieur des techniques agricoles à Université de Niamey/Niger. L’étude se mène sur dix femelles et cinq taureaux élevés au sein de l’université, depuis octobre dernier.
A partir de juin 2012, le constat donne six vaches qui ont mis bas et deux qui sont vides (pas en gestation). Selon Maaouia, le contrôle de chaleur, la détermination du délai post-partum (le temps mis par la femelle après avoir mis bas avant d’entamer une activité sexuelle) ont commencé. Maaouia se nourrit l’espoir de sauvegarder cette race et de l’adapter aux milieux arides. « En moins de trois ans le rendement en viande de ces animaux est appréciable. Aussi les vaches produisent entre 2 à 4 litres de lait par jour et par traite. Cette race mérite d’être sauvegardée », a justifié l’ingénieur Maaouia.
B S
Sidwaya



