Aussi, on est en droit de se demander si la CENI avait-elle besoin d’organiser une telle sortie médiatique pour traquer du « menu fretin » ? En effet, sur toute l’étendue du territoire et ce depuis le début des opérations d’enrôlement, c’est la première fois, si notre mémoire ne nous trahit pas, que des personnes ont été soupçonnées de fraude. A Ouahigouya, c’est seulement trois personnes qui ont été appréhendées. Seulement trois.
C’est dire que les Burkinabè dans leur majorité ont compris l’enjeu du processus électoral. Quand bien même cette majorité est analphabète. A Bobo-Dioulasso, on pourrait bien s’interroger si la distribution d’actes de naissance à leurs propriétaires, s’ils ne sont pas faux, est interdite. C’est discutable dans la mesure où il s’agit ici d’une association dont les membres ont demandé en groupe l’établissement d’actes de naissance afin de pouvoir s’enrôler. Y a-t-il du mal à ce que l’un des membres les récupère et les distribue aux autres ?
Par ailleurs, la CENI est apparue, encore à Bobo-Dioulasso pour dire que des personnes appartenant à un parti politique ont tenté de tenir une réunion entre deux bureaux d’enrôlement situés côte à côte. Ce qui, à première vue est condamnable. Mais la CENI s’est-elle rendue compte que les deux bureaux d’enrôlement sont situés en face du siège d’un autre parti politique ? N’est-ce pas que cela peut bien influencer le processus d’enrôlement, mais également le jour du vote où les sigles des partis sont interdits dans les bureaux de vote ? En clair, la CENI doit faire très attention et savoir se départir des positions assez partisanes des partis politiques. Dont certains de ses membres sont les représentants.
N’est-ce pas que cela pose encore le problème de la présence de membres politiciens au sein de la CENI ? N’est-ce pas aussi que c’est le loup qui est toujours le premier à crier au loup ? Autrement, les actions de sabotage de l’opération d’enrôlement et du prochain vote peuvent bien se trouver ailleurs que là où on le croit. Dans tous les cas, tout le monde doit travailler sincèrement à réussir le processus électoral.
Car tout le monde sait également que les troubles qui naissent dans plusieurs pays après des échéances électorales le sont généralement suite à des élections mal organisées, inéquitables et truquées. La Côte d’Ivoire a connu la plus longue crise de son histoire à cause de processus électoraux impropres, inéquitables et émaillés de fraudes. La suite on l’a connu. Jusqu’à hier, le pays continuait d’en souffrir. Le Togo de feu Gnassingbé Eyadema n’est toujours pas sorti de la tourmente à cause, en grande partie des processus électoraux (présidentielle, législatives et municipales) entachés de graves fraudes.
En République démocratique du Congo, Joseph Kabila qui a torpillé l’élection présidentielle est actuellement face à une rébellion militaire armée qui a envahi une partie du territoire. En Russie, Vladimir Poutine a du mal à s’asseoir tranquillement sur le fauteuil présidentiel parce que, non seulement il s’est joué de la démocratie dans son pays, mais surtout le processus électoral a été tripoté. Les exemples sont nombreux et on pourrait les énumérer à l’infini. De la CENI, tout le monde attend qu’elle travaille à satisfaire tous les acteurs et à crédibiliser notre processus électoral.
L’Etat, pour sa part a engagé de gros moyens financiers et matériels pour organiser et réussir ce processus. La CENI, avec à sa tête, Barthélemy Kéré, se déploie déjà comme elle peut pour réussir le processus. Il n’est donc pas question que des individus qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité, pour des intérêts ou des raisons qui leur sont propres salissent l’image du pays.
Dabaoué Audrianne KANI
L’Express du Faso


