Chaque fin d’année est marquée par l’organisation des examens scolaires et académiques. L’œuvre humaine n’est jamais parfaite, dit-on, mais lorsque les imperfections s’accroissent et tendent au fil des ans à devenir la règle, on est en droit de s’inquiéter, et d’ailleurs l’inquiétude est humaine. Quelle est la structure chargée de choisir les correcteurs au baccalauréat ? Est-ce l’office du baccalauréat ou la direction régionale ? Y a-t-il vraiment des critères objectifs de choix des correcteurs ? Si oui, peut-on les porter à la connaissance des professeurs ? La mise à l’écart de certains examinateurs est-elle l’apanage de l’office du baccalauréat ? D‘ailleurs reçoit-il effectivement les fiches d’identification et les sujets conçus par les enseignants ? Car, à ce que je sache, tous les enseignants, sans distinction, ayant accès aux fiches d’identification et de conception des sujets (tenant ou ayant une fois au moins tenu une classe d’examen) les ont toujours remplies.
Cette problématique dénote d’une situation de chaos qui prévaut dans la région des Cascades ces quelques années seulement ; trois à quatre ans plus tôt, nous l’ignorions. On a l’impression, dans cette partie du pays, d’être hors du Burkina Faso : non seulement, les enseignants reçoivent très tardivement les convocations pour les examens du B E P C tout comme du baccalauréat(Bac)(généralement l’avant-veille des compositions) mais aussi et surtout on a eu de cesse de nous interroger sur les critères qu’il faut remplir pour être pris comme correcteur .Comment comprendre qu’un enseignant (philosophie) soit envoyé à Niangoloko pour évaluer les élèves des séries scientifiques et littéraires alors même qu’il n’a aucune expérience des séries littéraires ; comment attendre d’un tel correcteur des notes qui tendent vers l’objectivité quand on sait que d’une série à l’autre, le programme diffère. Par exemple cette année 2012, les thèmes de vérité et de violence qui ont fait l’objet du bac série ‘’A’’ ne s’enseignent que dans cette série ; et comme ça, c’est l’excellence qu’on cherche !
Il semble y avoir de l’amalgame entre la compétence, la valeur intrinsèque de l’enseignant et son engagement syndical. Il y a une sorte d’acharnement sur les enseignants syndicalistes qui ne demandent pourtant, par leurs actions, que les choses aillent dans le bon sens. Le constat le plus net, c’est que chaque année où une action est menée pour dénoncer telle ou telle situation dans un établissement, le ou les responsables sont sanctionnés par leur mise à l’écart dans la correction. Tout se passe comme si le droit syndical n’était pas reconnu aux travailleurs. Cette année 2012, par exemple, on a remarqué que des enseignants, pour avoir mené une lutte contre la pléthore des effectifs dans leurs écoles, n’ont pas été retenus pour l’examen du bac.
Parmi ces enseignants se trouvent des professeurs de philosophie alors qu’on le sait, il y a un manque criard d’enseignants de philosophie. C’est ce qui explique que des correcteurs, à eux seuls, arrivent à corriger plus de 240 copies. Ce qui est plus révoltant c’est le cas de cet enseignant de Niangoloko qui avait son nom sur la liste des correcteurs du jury 18 de Banfora et n’avait pas reçu de convocation pour cela. Qui gère ainsi les convocations alors ? Quelles raisons objectives peut-on avancer pour justifier ces manquements ?
Il faudrait se rendre à l’évidence que ces manquements seraient une marque intense de ressentiment. A partir de ces cas, on est tenté de faire une induction que les enseignants qui étaient dans les classes d’examen ou qui en ont une expérience et qui ne sont pas retenus s’inscriraient dans cette logique. Si l’absence de certains peut trouver une justification dans la maladie et autres aléas, celle de la plupart relèverait d’un règlement de compte personnel. Faut-il alors voir la vérité et la contourner pour dire son contraire ? Là aussi, faut-il le rappeler, nous sommes des éducateurs et en tant que tel le mensonge, nous l’avons en horreur. Dans quelle société sommes-nous ? Dans une société sans repère ? Et ainsi, on parle de civisme ! Qui doit être civique et à qui va profiter ce civisme ?
L’impression qu’on a, c’est qu’il y a une race d’administratifs transformés en politiciens qui traite ses agents non comme des collaborateurs ou partenaires mais comme des adversaires, fait fi du droit à la différence et de l ’esprit de tolérance que le président du Faso même s’attèle à promouvoir pour un climat social apaisé. Alors, évitons d’être plus roi que le roi ; le zèle dont font montre ces administratifs n’est pas faste à l’instauration de ces valeurs chères aux Burkinabès intègres. J’interpelle qui de droit afin que cesse l’arbitraire dans les services, qui démotive fortement les agents encore exemplaires, consciencieux et dévoués, et contribue à radicaliser davantage leurs convictions et positions. Et si l’on pense ainsi mener une lutte contre le syndicat, je trouve la démarche ignoble donc peu réfléchie.
Bref, les responsables d’administrations qui n’arrivent pas à concilier les affaires administratives avec la politique, qu’ils s’en aillent afin que viennent ceux qui pourront s’efforcer d’être purement administratifs, c’est-à-dire neutres dans l’exercice de leur fonction pour que soit effective la justice distributive dans ce domaine précisément au moins .
Vivement que des précautions soient prises par l’office du baccalauréat pour prémunir le choix des correcteurs qu’il aurait opéré de façon transparente de toute éventuelle manipulation par qui que ce soit et à quelque niveau que ce soit.
Si rien n’est fait, il ne faudrait pas qu’on soit étonné de voir ou d’apprendre qu’une session a connu des troubles parce que les brimades auraient franchi le seuil du supportable.
Un enseignant indigné de la région des Cascades


