Insécurité au Faso : Braquage sur un quinquennat

vendredi 20 juillet 2012

La cote d’alerte est sans aucun doute franchie en matière d’insécurité au Burkina. L’insécurité et le grand banditisme tiennent de plus en plus le haut du pavé dans l’actualité nationale. En témoigne cet appel pressant de populations de l’intérieur du pays qui demandent à ce que le gouvernement vole à leur secours.

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Et pour cause, leurs localités sont, font-elles savoir, désormais aux mains de bandits armés qui y font régner leur loi, celle de la terreur, obligeant, du même coup, les populations des zones concernées à être des « réfugiés de l’intérieur », de peur d’être agressées et vandalisées. Cette situation, loin d’être un cas à part dans l’actualité nationale, est plutôt symptomatique de ce qui se passe actuellement dans le pays tout entier ; et ce depuis plusieurs mois. En effet, plus une traîtresse semaine sans qu’il ne soit fait cas d’une agression à main armée en ville ou sur les routes.

Citoyens ordinaires, commerçants, institutions publiques et privées, rien ne résiste à la furie des voleurs qui opèrent en gangs organisés. Et parfois, avec une violence qui ébranle forcément les certitudes. En tout cas, cette recrudescence du phénomène inquiète beaucoup, du fait sans doute de la psychose que cela crée chez les premiers concernés que sont les Burkinabè des villes et des campagnes qui n’aspirent qu’à vivre, à survivre plus exactement, dans la quiétude. Le plus inquiétant dans cette situation, au-delà même du préjudice moral, matériel et financier que subissent les victimes, c’est la banalisation qui se dessine lentement mais très sûrement, avec, notamment, ces attaques perpétrées au grand jour, en période de pleines activités économiques.

Le but de ces actions débridées, on le devine aisément, c’est de frapper et de marquer durablement les esprits, en transformant, au besoin, un désespoir en acte de vandalisme. A ce jeu, même les cortèges officiels de la république, pourtant bien protégés, n’échappent pas, eux aussi, à la furie des bandits. Audace, quand tu les tiens !

En effet, y a-t-il une autre expression plus appropriée lorsque, par exemple, le braqueur d’une célèbre institution bancaire de la place ouagalaise, après s’être fait servir son trésor de guerre, demande royalement à ses victimes d’en aviser le Président du Faso en personne ! La suite, on la connaît... L’homme a pu filer tranquillement à la burkinabè, avec, en poche, une dizaine de millions de francs CFA dérobés. Aux dernières nouvelles, le fugitif serait localisé. Mais à l’évidence, son exil volontaire a tout l’air d’être le moindre mal par rapport à ce qui aurait pu lui arriver, en d’autres circonstances. Apparemment, et il faut sûrement s’en convaincre, in fine, cela arrange bien plus que cela ne dérange. La planque tranquille et sans bruit contre l’argent liquide, quoi ? Peut-être bien que ouais...

De nos jours, à Ouagadougou, on assiste de plus en plus et de mieux en mieux à de véritables scènes qui n’ont absolument rien à envier aux films policiers. Ah oui ! des scènes qu’on croirait voir uniquement à la télé ou au ciné.

Et pourtant, « le bon, la brute et la victime » dévalisée de ses maigres sous, tout cela se déroule bel et, bien ici au Faso. Entre, d’un côté, des malfrats sans scrupules, et de l’autre, des forces de sécurité manifestement débordées. A tel point que ces dernières ne résistent même plus à l’envie pressante de faire la démonstration publique de leur manque de moyens.

Naturellement, il ne faut pas voir dans cette apparente indolence rien que des questions matérielles ou de statut. Il y a également, dans cette situation, les stigmates de la crise sociale de 2011. Une crise dans laquelle les forces de défense et de sécurité ont eu leur part de déconvenues. La mise sur le carreau de centaines de personnes n’ayant fait qu’officialiser la fracture.

Que sont donc devenus tous ces ex-hommes en uniformes depuis leur démobilisation ? Faut-il y voir un lien de cause à effets entre leur dégagement forcé et la montée vertigineuse du niveau d’insécurité dans le pays ? Pour bien des Burkinabè, la réponse est évidente : c’est oui. En tout cas, le “professionnalisme” et la nature, voire le calibre des armes utilisées durant les attaques, surtout sur les axes routiers nationaux, prouvent que l’on n’a plus affaire à de simples délinquants. Il s’agit bel et bien de personnes déterminées à ne pas se laisser compter. Du fait de leur situation antérieure qu’elles ont perdue par la force des événements, elles sont désormais prêtes à jouer le tout pour le tout. Y compris, en prenant le risque d’”investir” dans le business douteux de l’insécurité et de la guerre. C’est le fruit d’un simple constat.

Et si l’on ajoute à tous ceux-là ces autres bandits du secteur informel qui exerçaient déjà sur le tas, l’on peut se rendre à l’évidence que cette importante concentration de malfrats au kilomètre carré est loin d’être une bonne affaire pour l’image du pays. C’est du mauvais coton que l’Etat file. Au contraire, cela compromet dangereusement la destination Burkina. Aussi bien sur le plan international qu’au niveau interne. En particulier, sur le plan de la libre circulation des personnes et des biens. Pour un pays enclavé, sans littoral, c’est assurément un inconfort majeur.

Dans un contexte sous-régional marqué par le péril de la rébellion au Nord-Mali, il est clair que les autorités du Burkina sont fortement interpellées. Car une dégradation continue de l’indice sécuritaire national ne pourra, à la longue, que faire le lit de l’instabilité, dont on connaît par ailleurs les conséquences désastreuses...

A. Traoré

Journal du Jeudi

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