COMMUNE RURALE DE BOUSSOUMA : Les raisons d’une crise

mercredi 4 juillet 2012

Le jeudi 21 juin 2012, suite à la visite du Premier ministre Luc Adolphe Tiao au dima du royaume de Boussouma et au maire de la commune rurale de Boussouma, la crise latente qui existait entre le maire Isidore Ouédraogo et la population, a repris de plus belle. Une crise qui a conduit certains habitants à quitter la commune et d’autres à entrer dans la clandestinité. Ceux qui ont eu le courage de rester, vivent avec une peur bleue au ventre parce qu’ils ne savent pas ce qui se passera à l’avenir. Pourquoi le royaume de Boussouma qui était, jadis, un havre de paix est devenu un enfer pour certaines personnes ? Pourquoi la population a-t-elle déclaré le maire de la commune de Boussouma persona non grata dans la commune ?

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Quelles sont les origines de la crise ? Explications...

« J’étais couché chez moi dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 juin 2012 et vers 3 heures du matin, des hommes en tenue sont venus nous envahir. Ils ont molesté tous les membres de ma famille, enfants comme vieux, et ont arrêté mon père Dalaké Bamogo, mon frère Sidide Bamogo et moi-même. Ils m’ont relâché à quelques mètres de chez moi et ont emmené mon père et mon petit frère à Ouagadougou. Il semblerait qu’ils sont détenus au camp Paspanga. Depuis ce jour, nous vivons avec une peur bleue au ventre parce que nous ne savons pas ce qui va se passer dans les jours à venir », raconte Yirivoua Bamogo, habitant de la commune rurale de Boussouma, localité située à 20 kilomètres de Kaya, dans la province du Sanmatenga.

Si ce dernier peut circuler librement dans la commune et dormir chez lui malgré ses inquiétudes, ce n’est pas le cas de Idrissa Ouédraogo qui serait très recherché par les forces de l’ordre. En effet, depuis le dimanche 24 juin 2012, il vit en cachette et ne peut plus mettre pied chez lui à Boussouma. Rencontré dans sa cachette le mercredi 27 juin, il nous dit ceci : « Je suis allé au champ le dimanche passé et lorsque je revenais, dans la soirée, un ami m’a appelé pour me dire de ne pas venir à la maison parce que des hommes en tenue sont venus pour m’arrêter. J’ai appris que s’ils m’avaient attrapé, ils m’auraient tué. Et lorsque j’ai appris cela, je suis rentré dans la nature et jusqu’aujourd’hui 27 juin, je n’ai mis pied à la maison qu’une seule fois.

En effet, je me suis caché dans la nuit du mardi 26 juin pour aller voir ce que devient ma famille. Malheureusement, lorsque je suis arrivé, je n’ai trouvé personne à la maison. Je ne sais pas où ils sont rentrés et jusqu’à présent, je n’ai aucune nouvelle d’eux ». Tout comme Idrissa Ouédraogo, ils sont nombreux, les habitants de la commune rurale de Boussouma, à fuir leur domicile ou à vivre en cachette. Nombreux sont ceux-là également qui ont été arrêtés depuis le jeudi 21 juin et emmenés à la gendarmerie de Paspanga à Ouagadougou. Mais que s’est-il passé pour que les habitants de cette commune se retrouvent dans une telle situation délicate ? Tout serait parti de la visite du Premier ministre du Burkina Faso, Luc Adolphe Tiao, le jeudi 21 juin 2012, au dima de Boussouma et au maire de la commune, Isidore Ouédraogo, témoigne Adama Sawadogo, ressortissant de la commune qui a vécu les évènements de bout en bout.

Il explique que c’est cette visite inopportune du Premier ministre qui a déclenché la crise qui existait entre le maire et les jeunes de la commune. « Nous avons appris que le jeudi 21 juin, le Premier ministre va se rendre à Pissila qui est à quelques kilomètres de Boussouma et à son retour, il rendra visite au dima de Boussouma. Effectivement, ce jour-là, le Premier ministre s’est rendu chez le dima et s’est entretenu pendant deux heures avec lui. Quand Luc Adolphe Tiao a quitté le dima, il s’est rendu chez le maire de Boussouma qui a profité de l’occasion pour mettre pied dans la commune. Cette visite, les jeunes ne l’ont pas appréciée pour deux raisons : d’abord parce qu’ils ne voulaient plus du maire ; ensuite, ils ont trouvé anormal que le Premier ministre quitte le dima pour aller chez le maire ; c’est comme s’il y avait deux chefs dans la commune », explique Adama Sawadogo avant de rejeter les propos tenus par la gendarmerie et la police de Kaya lors d’une conférence de presse animée à Ouagadougou le 25 juin dernier.

Selon les forces de l’ordre, la population s’est servie de machettes, de coupe-coupe et de gourdins pour en finir avec le Premier ministre et sa délégation. « Quand j’ai vu cela à la télévision, je suis tombé malade parce que j’ai vécu les évènements, étape par étape, et je n’ai vu aucune personne sortir ou tenir quoi que ce soit ce jour-là. Je vous assure que c’est un véritable montage ». Précisément, il affirme que lorsque le Premier ministre est parti, les jeunes sont allés juste sommer le maire et ses invités de repartir d’où ils sont venus parce qu’ils ne sont pas les bienvenus à Boussouma, étant entendu que le maire lui-même était persona non grata dans sa commune. La tension a, certes, monté mais selon Adama Sawadogo, quelques minutes plus tard, les esprits se sont calmés après que les officiels ont été exfiltrés par les gardes du corps du Premier ministre.

Et c’est ainsi que dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 juin 2012, pendant que les gens dormaient, les forces de l’ordre ont envahi la commune, molesté des gens et procédé à des arrestations, à en croire toujours Adama Sawadogo. On rappelle que 12 personnes avaient été arrêtées et emmenées au camp Paspanga. Mais d’où sont venues les armes blanches présentées à la presse par la gendarmerie de Kaya ? Les chefs coutumiers que nous avons rencontrés le jeudi 28 juin 2012 à Boussouma, semblent avoir la réponse à cette question. Réunis au grand complet, ils ont embouché la même trompette que Adama Sawadogo et ont rejeté les propos des forces de l’ordre lors de la conférence de presse. Aucune arme blanche n’a été utilisée par qui que ce soit, selon eux.

Ils vont même jusqu’à le jurer à travers leur porte-parole. Ces armes, disent-ils, les forces de l’ordre les ont retirées chez des princes qui venaient, le samedi 23 juin, chez le dima pour des funérailles. Selon la tradition, ont affirmé les chefs coutumiers, quand des princes se déplacent, ils se doivent de tenir des sabres ou des coupe-coupe. Et ce sont ces armes-là que les forces de l’ordre ont retirées et présentées à la télévision. En plus, ils expliquent que le dima avait convoqué une réunion des chefs de cantons le dimanche 24 juin chez lui, pour leur parler de l’enrôlement biométrique. Les sabres de ces chefs de cantons ont également été retirés ainsi que certains instruments traditionnels selon le Watinom Naaba, porte-parole des chefs coutumiers. A cela, les forces de l’ordre ont ajouté les armes qu’elles ont prises quand elles sont entrées par force dans les maisons des habitants de la commune.

Ce qui les écœure le plus et qui est inadmissible, selon les chefs coutumiers, c’est le fait que le vendredi 22 juin, les forces de l’ordre sont entrées dans la cour royale pour mettre du gaz pendant qu’ils y étaient. A les croire, un des leurs, à savoir le Wambourba Naaba, aurait perdu connaissance après avoir inhalé ce gaz. Ils ont laissé entendre également que les maisons de certains d’entre eux ont été gazées par les forces de l’ordre. « Ceci est une atteinte au royaume et nous n’allons pas accepter cela. Nous sommes prêts à tout pour défendre nos traditions, même si nous allons y perdre notre vie », ont-ils lancé, visiblement exaspérés. A la question de savoir ce qui est à l’origine de la mésentente entre le dima et le maire de la commune de Boussouma, les chefs coutumiers disent l’ignorer mais rassurent que ce n’est pas la politique comme certaines personnes le croient. C’est une question de famille, selon eux.

Ils expliquent, en effet, que le dima et le maire, Isidore Ouédraogo, sont de la même famille. Mieux, il a été élevé chez le dima et c’est ce dernier qui lui a trouvé une parcelle, lui a construit une maison et lui a même trouvé une femme d’après les chefs coutumiers. Mais, disent-ils, ces 20 dernières années, le maire n’a jamais mis pied chez le dima. Pourquoi cela ? « Seul Dieu et les protagonistes le savent. Nous, nous n’en savons rien. Tout ce dont nous sommes sûrs, c’est que ce n’est pas la politique qui les a divisés. La preuve est que bien que le dima soit de l’opposition, il a demandé à la population de voter, en 2006, Isidore Ouédraogo pour qu’il soit maire. Toute chose qui va les rapprocher parce qu’étant maire, il sera obligé de le consulter pour certaines questions de la commune. Mais cela n’a pas été le cas.

Nous pouvons dire que l’élection de Isidore Ouédraogo les a même éloignés davantage », ont expliqué les chefs coutumiers. En plus de ne pas s’entendre avec le dima, Isidore Ouédraogo et les jeunes de Boussouma ne sont pas en odeur de sainteté. Et pour cause, sa gestion opaque de la mairie. Idrissa Ouédraogo a indiqué, en effet, que le maire gère la commune comme il l’entend et ne rend des comptes à personne. Lui et ses partisans sont accusés de plusieurs infractions dont, entre autres, des vols de ciment et de vivres destinés aux élèves, de la mauvaise gestion du jumelage entre Boussouma et une commune de la France, de corruption et de détournement de fonds, selon Idrissa Ouédraogo.

En plus de cela, selon les chefs coutumiers, nombreux sont les jeunes de la commune qui n’ont pas encore de parcelles. Et c’est tout cela qui a amené les jeunes de Boussouma à demander des comptes au maire sur la gestion de leur cité. Face au refus du maire de faire suite à leur requête, les jeunes ont manifesté le 12 avril 2011. Une manifestation qui a abouti à l’incendie du domicile du maire. Et depuis ce jour, les jeunes ont dit ne plus vouloir de Isidore comme maire dans la commune de Boussouma et l’ont contraint à aller vivre à Kaya, à 20 kilomètres de Boussouma. Ce dernier a donc profité de la visite du Premier ministre, le jeudi 21 juin dernier, pour se rendre à Boussouma alors qu’il n’y avait pas mis pied depuis 6 mois, selon Adama Sawadogo.

Le président de l’AJDDB arrêté

Les questions que se pose actuellement la population de Boussouma sont : pourquoi ce maire qui sème le vent et la tempête, n’est pas inquiété ? Est-ce parce qu’il est le frère d’un ancien Premier ministre, en la personne de Kadré Désiré Ouédraogo ? Pourquoi, se demande Adama Sawadogo, le maire de Boussouma reste dans ses fonctions alors qu’il y a des maires qui ont commis moins d’infractions que lui mais qui ont été relevés de leurs fonctions ? Tout ce que la population de Boussouma demande actuellement est que l’Etat règle rapidement la crise avant que le pire ne se produise.

Le chef de l’Etat qui est le pionnier dans les résolutions des crises dans la sous-région et en Afrique, est donc interpellé. Et c’est dans ce climat que les élus de la mairie de Boussouma ont tenu leur conseil le jeudi 29 juin 2012 à Kaya. L’adjoint au maire que nous avons joint au téléphone ce jour pour un entretien, nous a promis de nous contacter. Après avoir attendu longtemps son coup de fil, nous l’avons recontacté et il n’a pas répondu à nos appels. Aussi, le maire que nous avons joint au téléphone ce même jour, nous a fait comprendre qu’il était occupé. Au moment où nous traçons ces lignes, les arrestations se poursuivent.

En effet, Lassané Ouédraogo et Zacharia Soulga, président de l’Association des jeunes pour le développement du département de Boussouma (AJDDB), ont été arrêtés respectivement les vendredi 29 et samedi 30 juin 2012 à Ouagadougou. Ils seraient détenus au Service régional de police judiciaire à Wemtenga. Quant aux 12 personnes interpellées depuis le début de la crise et qui étaient détenues au camp de Paspanga, elles ont été transférées à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou.

Yannick SANKARA

Le Pays

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