C’est en juin 2001, après avoir cédé son job de premier ministre à Paramanga Ernest Yonli, que KDO y avait été nommé ambassadeur avec compétence pour le Royaume de Belgique, le Royaume des Pays-Bas, le Grande Duché de Luxembourg, le Royaume uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, la République d’Irlande. Il était également représentant permanent auprès de l’UE et d’une flopée d’organisations internationales dont la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI). A Bruxelles, KDO avait été précédé par un autre premier ministre : Youssouf Ouédraogo ; qui assumera cette fonction de juin 1994 à janvier 1999 (il sera alors nommé ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale).
A Ouagadougou, depuis le départ de KDO à Abuja, siège de la Cédéao, la rumeur laissait penser que Bruxelles serait confié à Tertius Zongo qui avait, tout à la fois, le savoir-faire du diplomate (il avait été ambassadeur à Washington) et la maîtrise des questions économiques. Mais cela aurait fait de cette capitale le refuge des ex-premiers ministres et ce n’était pas la meilleure image pour ce poste diplomatique éco-stratégique. Le président du Faso, qui nomme les ambassadeurs, a donc choisi de confier Bruxelles à un de ses conseillers sans attribution spéciale (depuis le départ de Sadio Lamine Sow nommé ministre des Affaires étrangères du… Mali, ils ne sont donc plus que deux conseillers sans attribution spéciale : Mahamoudou Ouédraogo et Joseph Kahoun).
Assomption Frédéric Korsaga, bientôt soixante-et-un ans (il est né le 14 août 1951), a incontestablement le profil pour Bruxelles (mais les jeunes Burkinabè, qui se lassent de voir des « vieilles » gloires de la « Révolution » et de la « Rectification » encore à des postes de responsabilité, diront qu’il n’est pas le seul) : un politique ayant une formation de haut niveau et une pratique en matière de macro-économie ainsi qu’une expérience diplomatique incontestable ! Né à Koudougou (capitale du Boulkiemdé), il a fait ses études primaires à Abidjan (école Saint-Jean Bosco) et à Ouaga ; c’est encore à Abidjan (au LMT, le Lycée moderne de Treichville) qu’il fera ses études secondaires avant de rejoindre les universités de Dakar (1973-1975) puis de Montpellier (1975-1978).
Titulaire d’une maîtrise ès sciences économiques et d’un DES de gestion des entreprises, il va s’orienter vers la finance via un séjour à l’Institut technique de banque (ITB). C’est au sein de la Banque nationale de développement (BND) qu’il débutera sa carrière professionnelle : chargé d’études ; chef de service crédit ; sous-directeur du crédit, du recouvrement et du contentieux ; directeur régional adjoint à Bobo-Dioulasso. A 31 ans, il se retrouvera ministre pour la première fois : Transports, Environnement et Tourisme, dans le gouvernement formé le 26 novembre 1982 par le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, président du Conseil du salut du peuple (CSP), qui avait pris le pouvoir le 7 novembre précédent, renversant le colonel Saye Zerbo.
Période politique confuse en Haute-Volta. Le capitaine Thomas Sankara va occuper le poste de Premier ministre du 19 janvier au 17 mai 1983 (coup d’Etat du colonel Yorian Gabriel Somé). Le 4 juin 1983, un nouveau gouvernement est formé ; Korsaga n’en fait plus partie. Deux mois plus tard, le 4 août 1983, Sankara et ses amis prennent le pouvoir. Au lendemain de l’instauration du Conseil national de la Révolution (CNR), Korsaga sera nommé à… Abidjan comme ambassadeur auprès de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, de la Mauritanie, de la Guinée, du Mali et du Niger (30 décembre 1983-30 avril 1986). Il aura pour ministre des Affaires étrangères Hama Arba Diallo, un militant venu de l’extrême-gauche (PAI-LIPAD), numéro trois (derrière Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Lingani) du premier gouvernement formé par Sankara en tant que président du CNR. Arba Diallo (qui a été candidat à la présidentielle 2010) cédera la place à Basile Laëtare Guissou, lui aussi un militant venu de l’extrême-gauche (ULC), nommé le 31 août 1984 ministre des Relations extérieures et de la Coopération, la Haute-Volta ayant cédé la place au Burkina Faso (Guissou restera en place jusqu’au 29 août 1986). Les relations entre Abidjan (où le « Vieux » déteste les « communistes » et tout ce qui y ressemble et craint plus que tout l’expansionnisme libyen de Mouammar Kadhafi considéré alors comme le sponsor de Sankara) et Ouaga sont délicates, marquées par de nombreux incidents que Korsaga, qui connaît le pays et y possède des connexions familiales, devra s’efforcer d’atténuer.
De retour à Ouaga, Korsaga sera nommé directeur général de la Caisse nationale de crédit et d’investissements (CNDI) le 2 mars 1987. Peu de temps : le 15 octobre 1987, Compaoré prend le pouvoir et instaure le « Front populaire ». Dans son premier gouvernement (31 octobre 1987), il nommera Korsaga au portefeuille de ministre du Commerce et de l’Approvisionnement du peuple. Au lendemain de la « Rectification », Korsaga - que l’on dira proche du Groupe des démocrates et patriotes (GDP) fondé en 1989 par Issa Tiendrébéogo (décédé le 26 janvier 2012) et dont le mot d’ordre était : « soutenir et populariser toutes les actions et décisions du Front populaire contribuant à consolider et à approfondir notre révolution » - sera en charge de la mise en œuvre de la nouvelle politique commerciale : rassurer les producteurs et garantir à la majorité de la population des prix bas pour tous les produits de première nécessité (riz, hydrocarbures).
On doit à Korsaga, également, la tenue effective du premier SIAO (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou), en février 1988. Le 10 septembre 1990, Korsaga passera au Plan et à la Coopération (où il prenait la suite de Pascal Zagré) ; le 16 juin 1991, il fera un bond dans l’organigramme : il se voit confier le portefeuille des Finances et du Plan, devenant le premier des ministres tandis que Roch-Marc-Christian Kaboré était promu ministre d’Etat. « L’ouverture » politique du gouvernement le 26 juillet 1991 (Hermann Yaméogo y faisait son entrée) le repoussera quelque peu dans la hiérarchie, mais il conservera son portefeuille qu’il n’abandonnera à Kaboré (avec le titre de ministre d’Etat) que le 20 juin 1992. Aux Finances et au Plan, Korsaga aura eu essentiellement en charge la mise en œuvre du Programme d’ajustement structurel (PAS), finalisé en mars 1991 – le dossier ayant été préparé pendant des années par Zagré – dans toutes ses composantes : déréglementation de l’économie ; réforme fiscale ; réforme des entreprises publiques ; restructuration du secteur bancaire, etc.
Après un bref passage à la présidence du Conseil économique et social (CES), Korsaga sera nommé ambassadeur à Paris où il prendra la suite de Serge Théophile Balima ; il présentera ses lettres de créance le 3 février 1993. Dans la capitale française (il a en charge également l’Unesco, le Vatican, l’Espagne, le Portugal…), il va devoir gérer la mort de Félix Houphouët-Boigny qui changeait la donne régionale, la dévaluation du franc CFA, l’arrivée à l’Elysée de Jacques Chirac, la préparation du Sommet France-Afrique de Ouaga, « l’affaire des expulsés algériens de Folembray » (accueillis au Burkina Faso), la reprise des relations diplomatiques avec Taïwan… Dans la capitale française, il va promouvoir « une diplomatie de développement » avant de céder l’ambassade à Filippe Savadogo. En 1996, il quittera Paris pour Ouaga alors qu’il est nommé commissaire chargé des politiques économiques au sein de l’UEMOA (dont le siège se trouve dans la capitale burkinabè).
Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique



