Beyon Luc Adolphe Tiao a ainsi parcouru presque tout le Burkina Faso pour constater de visu l’exécution des chantiers publics et l’état des chantiers exécutés dans le cadre des marchés publics. Les constats n’ont pas toujours été reluisants. L’exécution de beaucoup de chantiers laisse à désirer : longs retards d’exécution, mauvaises exécutions, abandons de chantiers, contrôles défaillants, incapacités techniques, lourdeurs administratives, etc. Nul ne peut oublier les saignées de colère du Premier ministre sur le chantier de l’aéroport de Ouagadougou ou sur celui du Palais de la Culture de Bobo- Dioulasso.
Dernièrement encore, c’est à Bassinko, lors du lancement de la construction de 1500 logements que M. Tiao mettait en garde les attributaires du marché : « Nous ne voulons plus de marchés bâclés ». Mais comment se fait-il que l’ivraie ait pris le dessus sur la bonne graine ? Cette question mérite d’être posée, tellement aujourd’hui les marchés publics préoccupent l’Etat, dirigeants des entreprises publiques, élus, maires gestionnaires de collectivités locales et territoriales, Exécutif et même nous, simples citoyens usagers ou bénéficiaires des services publics. Quelle parade trouver pour que l’Etat, ses services ou les entreprises publiques ne soient pas là à réparer chaque année les mêmes pannes de véhicules, à changer les mêmes climatiseurs, à boucher les fissures des murs des bâtiments à peine réceptionnés, à coller et recoller les mêmes toits qui coulent dès la saison des pluies venue ? Que faire pour que les encres qu’on vous livre pour l’impression de vos documents soient de bonne qualité et non du charbon de bois moulu ou de la peinture qui, loin de répondre à un besoin, bousillent des imprimantes acquis à coût de millions de francs CFA ?
Comment faire en sorte que les maigres ressources du pays –souvent des prêts- servent à construire des écoles, des hôpitaux, des ponts, des barrages, des routes, bref de grands ouvrages durables qui serviront les générations à venir et non des châteaux de sable ? Comment faire en sorte que les marchés publics soient des solutions durables, définitives et non sources de problèmes ou de difficultés multiples et multiformes ?
Comment faire simplement pour qu’à chaque fois, l’on ne soit pas là à injecter encore de l’argent pour refaire les mêmes routes, les mêmes ponts, reconstruire les mêmes bas-fonds et barrages ? « Faire du secteur privé le moteur de la croissance » est devenu depuis quelques années une religion pour le gouvernement burkinabè encouragé en cela par ses partenaires privés internes et externes. Et tout est mis en œuvre pour donner au privé les moyens de participer ou de prendre en charge la construction du pays. L’Etat a réussi le pari de l’ouverture des marchés publics afin de garantir le libre accès à tous. Le principe de l’égalité des chances est désormais une réalité. Les recommandations des rencontres gouvernement-secteur privé ont permis d’améliorer considérablement le secteur des marchés publics au Burkina Faso, de l’avis même des acteurs.
Cette bonne disposition de l’Etat à faire du secteur privé le moteur de la croissance et du développement durable, a malheureusement aussi occasionné l’apparition d’un nouveau type d’entrepreneurs, d’agents du secteur privé qui semblent les plus nombreux. C’est ainsi que l’on voit des tailleurs soumissionner pour des marchés de construction de routes, de barrages ou d’écoles, des analphabètes, semi-alphabétisés postuler pour des marchés d’études, de ceci ou de cela, des piétons voulant décrocher des marchés d’acquisition de véhicules, etc. Avec le même numéro IFU, on s’engage sur plusieurs chantiers ! On postule pour les fournitures de bureau, mais aussi on veut arracher le marché de fourniture de matériels médicaux aux hôpitaux, on dépose ses dossiers pour construire des puits, des pistes rurales, des écoles. Sur ce dossier des marchés publics en tous les cas, l’Etat semble avoir joué sa partition mais en face…Rien ou presque.
La balle se trouve dans le camp du secteur privé. A lui de s’organiser pour mériter la confiance du gouvernement et de ses partenaires. A lui de tout mettre en œuvre pour que le gouvernement ne dise pas un jour, qu’il a eu tort de lui faire confiance. Les bailleurs de fonds, sont très regardants sur l’utilisation faite de leur argent. Cela pourrait justifier les coups de gueule du Premier ministre suite à des défaillances constatées dans l’exécution des marchés. Parce que la mauvaise exécution des marchés publics coûte beaucoup d’argent au contribuable et remet gravement le développement du pays en cause. Que le secteur privé ne nous parle pas de la corruption des agents publics.
C’est aujourd’hui un argument très faible. Tout le système de lutte anti-corruption aussi bien au niveau de la société civile que gouvernementale existe pour qu’un entrepreneur ne soit plus arnaqué par un fonctionnaire . Aujourd’hui, la moralisation de la vie publique fait que chaque agent public pris dans une quelconque indélicatesse est sanctionné à la hauteur de son forfait. Au privé de jouer sa partition, de faire en sorte que le partenariat public-privé soit un vrai tandem et non un marché de dupes. Et cela passe par la sensibilisation et la formation des acteurs du privé. Les marchés publics ne doivent pas être perçus comme une occasion de se remplir les poches en se contentant de faire de l’approximatif ou de l’à-peu-près parce que « c’est l’Etat ».
Les marchés publics ne sont pas une sorte de caverne d’Ali Baba où on vient puiser sans contre partie, de quoi se construire un autre duplex, s’acheter un véhicule de rêve, se payer des voyages de noces…Non. C’est plutôt un engagement vis-à-vis d’une institution ou de l’administration publique, un engagement vis-à-vis d’un pays, d’un peuple.
Il s’agit de se montrer digne et fier de participer ou d e contribuer à la construction du pays et non de se prendre pour plus malin que les autres en posant des actes délictueux. Face à la situation actuelle, il est impératif que l’Etat, le principal perdant se dote d’un meilleur arsenal juridique pour se protéger des marchands d’illusions. En effet, la plupart de ces travers observés dans l’exécution des marchés publics restent presque impunis ou le sont très faiblement. En guise de punition pour un marché mal fait ou non exécuté, la seule sanction est la suspension du fautif ou son interdiction de participer aux appels d’offres pendant quelques temps.
Cela n’est pas assez dissuasif. D’ailleurs, la faiblesse des textes fait que les dispositions règlementaires sont vite contournées par ces individus qui ont plus d’un tour dans leur sac. Capables d’une véritable ébauche d’énergie pour enfreindre les textes, ils se contentent du strict minimum quand il s’agit de bien faire, ce pour quoi ils se sont librement engagés. Suspends-les aujourd’hui, demain, ils reviennent postuler pour un autre marché en changeant simplement la dénomination de leur entreprise, souvent avec le même numéro d’immatriculation au registre du commerce ou des marchés publics.
Heureusement qu’à côté de ces usurpateurs du titre d’opérateur économique ou d’entrepreneur qui se baladent dans nos villes avec leur entreprise dans des sacs délavés, il y en a qui font consciencieusement leur travail. Oui, malgré les chantiers mal exécutés, les fausses fournitures de bureau, il y a des acteurs du privé très professionnels. La preuve, on a vu encore le même Luc Adolphe Tiao féliciter et encourager les entreprises qui font du bon travail. Oui, il existe des entrepreneurs qui font l’exception. Bien que n’étant pas les plus nombreux, ces derniers se caractérisent par le sens du devoir et du travail bien fait, la conscience professionnelle, le respect du bien public, l’amour du pays… Ils sont Droits, Réglos et Honnêtes (DRH). Ceux-ci constituent une espèce très rare. C’est donc une espèce à protéger et à promouvoir à tout prix dans l’intérêt du pays.
Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA (rabankhi@yahoo.fr)
Sidwaya




