Un peu d’égard pour les vigiles !

mercredi 20 juin 2012

S’il est une des aberrations occidentales non moins négligeable que les Africains ont ingurgité, au nom de l’économie capitalistique, sans se le réapproprier, c’est bel et bien le traitement ignominieux prescrit aux masses laborieuses qui mettent généreusement la force de leurs muscles à contribution pour le développement de leurs Etats respectifs. Qu’il s’agisse des ouvriers agricoles, des ouvriers industriels, des techniciens de surface ou des vigiles, c’est la même galère. Ils n’ont, pour eux, que les durs labeurs, les caprices de dame nature chevillées par des intempéries de toutes sortes, les accidents de travail, les calomnies et à la fin, un salaire dérisoire qui les livre ipso-facto à la merci de la faim, la maladie…

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Ce n’est pas que nous sommes remontés contre le système économique du monde, mais c’est plutôt une démarche, aussi discutable soit-elle, que nous avons empruntée pour faire comprendre le drame que vit une frange de la société. Le dernier acte de cet épisode au Burkina Faso est intervenu dans la nuit du dimanche au lundi 18 juin 2012 dans une station d’essence à Ouagadougou. Le corps d’un vigile, âgé d’une cinquantaine d’années, sans vie, baignant dans son sang, a été retrouvé par un pompiste qui venait faire la relève. Les auteurs de ce crime abominable ne sont tout autre que des canailles, frauduleusement introduits dans le bureau du gérant de ladite station, qui ont pu mettre la main sur la somme de 30 000 F CFA et des bons de carburant déjà annulés.

Le sang de la victime n’avait pas fini de sécher que les propriétaires de la société, n’ayant pu résister à l’appel irrésistible de l’argent roi, ont repris le service dès le lendemain du crime. Comme le dirait l’autre, « c’est bon, mais ce n’est pas arrivé ». Mais pouvait-il en être autrement dans ce monde de compétitivité tous azimuts où les valeurs d’humanité et de morale agonisent ? Il n’est pas besoin d’être maître dans l’art divinatoire pour répondre par la négative. Ce n’est pas la faute à l’entreprise qui l’a engagé, ni à celle qui l’employait. Toutefois, force est de reconnaître qu’ils sont responsables du dénuement dans lequel les vigiles, familièrement appelés gardiens ou veilleurs de nuit, vivotent. Les actions concrètes et vigoureuses pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail se font attendre d’autant plus que celles qui sont initiées sont timides et de très faibles effets. La preuve est que certains gardiens, les plus chanceux d’ailleurs, se dépatouillent avec une rémunération qui rivalise avec le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), 30 000 FCFA et les moins veinards, 15 000 F CFA.

Pire, c’est que des patrons d’agence de sécurité poussent l’outrecuidance, dans une infamie tranquille, jusqu’à faire des retenues sur leurs salaires au motif qu’ils se sont absentés par moment. Au bout du compte, le pauvre vigile se retrouve avec un pécule trop insuffisant pour garnir sa panse, ne serait-ce qu’un mois. Et quand il est chef de famille, ce sont d’incontournables mélancolies qui le tourmentent vertigineusement de sorte qu’il finit par avoir le moral en berne et se prostitue en pratiquant une nouvelle forme de mendicité. Inutile de souligner qu’il se révèle improductif. Ainsi, s’il n’est pas à son poste, il passe le clair de son temps à dormir dans la saynète d’une musique respiratoire stridente qui arrache le sommeil aux citoyens qu’il est censé surveiller. La dépression et la prostration vont crescendo lorsque les patrons, affichant l’indifférence totale, pour la moindre faute, lui distribuent des injures et des humiliations.

Toutes choses qui n’ont d’autres effets que de dévorer le chaume de respectabilité dû à ces hommes qui peinent, de longues heures durant, sans relâche et sans murmure. Avant qu’il ne soit trop tard et que la majorité laborieuse de ces vigiles, qui accomplissent correctement leur boulot ne verse dans la facilité et ne se transforme en bourreaux comme certains des leurs déjà accusés à tort ou à raison, il convient que tous les acteurs intervenant dans le marché de « l’industrie de la peur », prennent le problème à bras-le-corps. Les sociétés de gardiennage employant les hommes et les femmes qui arrivent sur le marché de la sécurité sans qualification devraient les former pour leur propre gouverne et relever leurs salaires. Mieux, elles gagneraient aussi à les doter de logistique de pointe et des équipements matériels ultramodernes, ne serait-ce que des matraques électriques et des talkies-walkies.

Par ailleurs, l’Etat, dont l’une des missions régaliennes est d’assurer la sécurité des personnes et des biens par le truchement de la force publique, qui a consenti à la libéralisation du secteur, doit veiller à l’assainissement de la filière où prospèrent des entrepreneurs peu soucieux du respect de la législation. 190 sociétés de sécurité ! C’en est trop pour un pays comme le Burkina Faso où la marchandise que constitue la sécurité n’est qu’à la portée d’une minorité et des grandes entreprises. Avec plus de volonté et d’efforts, le ministère en charge de la Sécurité, qui sait-on planche sur le dossier, ne devrait plus attendre qu’un vigile tombe de nouveau pour entamer des actions énergiques visant la professionnalisation du secteur. L’institution d’une convention collective ne ferait pas de mal au secteur, au contraire, elle va contribuer à lui donner toute sa noblesse et un nouveau souffle.

Adama BAYALA (badam1021@yahoo.fr)

Sidwaya

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