Dr Anasthasie Joëlle Ouattara/Compaoré, une passionnée de bioinformatique

mercredi 13 juin 2012

Le 07 mars 2012 restera une date mémorable pour Dr Anasthasie Joëlle Ouattara. C’est ce jour qu’elle a soutenu sa thèse de doctorat en informatique à l’université d’Evry Val d’Essonne en France. Des femmes issues de l’Ecole Supérieure d’Informatique (ESI), elle est l’une des premières à accéder au grade de Docteur. Entre ses activités d’ingénieure informaticienne au centre MURAZ de Bobo-Dioulasso, ses cours de vacation à l’Université Polytechnique de Bobo-Dioulasso et ses obligations d’épouse et mère de famille, elle a juste le temps de nous recevoir. L’entretien d’environ une heure qu’elle nous a accordé dans son bureau nous a révélé une personne vive d’esprit, aimable, joviale et disponible pour ses collaborateurs.

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On l’appelle « Docteur Ouattara » depuis le 07 mars 2012, date de soutenance de sa thèse qui a porté sur le sujet : « Vers un environnement générique pour la prise en compte de la topologie des systèmes cellulaires dans les modèles de processus biologiques ». Il s’agit d’un sujet de bioinformatique au carrefour de plusieurs domaines informatiques dont les principaux sont la modélisation géométrique et la réécriture. Ce travail qui lui a valu la mention « Très honorable » (l’université Evry Val d’Essonne ne décerne pas de mention « Très honorable avec félicitation du jury »), est une contribution à l’élucidation des phénomènes biologiques (ayant lieu dans les systèmes cellulaires, reconnus comme faisant partie des « systèmes complexes ») en mettant à la disposition des biologistes-modélisateurs un outil qui leur permette de décrire à l’aide de règles les comportements des systèmes cellulaires en accord avec leur structure topologique.

Chef du service Informatique du centre Muraz, Joëlle Ouattara/Compaoré a aussi de l’expérience dans l’enseignement. Depuis 2005, à plusieurs reprises, elle a eu l’occasion d’assurer quelques cours à l’Université Polytechnique de Bobo-Dioulasso. Elle estime donc avoir quelque chose à apporter dans ce domaine où elle pourrait s’y épanouir pleinement. Mieux, elle ambitionne d’embrasser une carrière d’enseignant-chercheur.

Travailler dans le monde médical, un rêve d’enfance

Elève, elle rêvait de faire la chirurgie dentaire. Mais, le nombre étant réduit, elle ne réussit pas à se faire orienter dans cette filière à l’université de Ouagadougou, malgré un Baccalauréat série D obtenu avec la mention assez bien en 1992 au Collège de la salle de Ouagadougou. Joëlle Compaoré s’inscrit alors en mathématiques, juste le temps de passer le concours de l’Ecole supérieure d’informatique (ESI) relevant alors de l’université de Ouagadougou. Seule fille admise au test de la 3e promotion des pensionnaires de cette école, elle décroche le diplôme d’ingénieur de travaux informatiques, option analyste-programmeur, trois ans plus tard (1995).

Mais, elle a envie d’aller plus loin dans les études. En cherchant une opportunité de poursuivre, elle travaille comme contractuelle à la DELGI (Délégation générale à l’informatique). Cela dure un an, puis elle se présente au concours d’entrée à l’Institut Africain d’Informatique (IAI, Gabon) pour le cycle d’ingénieur de conception. Elle décroche l’une des deux places disponibles. La voilà à Libreville d’où elle revient trois ans après nantie du diplôme d’ingénieur de conception informatique.

En début 2002, après quelques contrats à durée déterminée (CDD) et intérims, elle est embauchée sur test au Centre MURAZ de Bobo-Dioulasso pour assurer la gestion des données des projets de recherche financés par l‘Agence Nationale de Recherche sur le SIDA (ANRS). Une aubaine pour celle qui s’était toujours intéressée par le domaine de la santé. « Ce milieu de la recherche est favorable à une poursuite des études », pense-t-elle. En tant qu’informaticienne, elle est très activement impliquée dans la réalisation du projet de mise en place d’un centre de calcul par le Centre MURAZ. En 2004, elle devient de fait l’administrateur système du centre de calcul du centre MURAZ.

En 2003, elle s’était inscrite au Diplôme d’études approfondies (DEA) d’informatique de l’ESI à Université Polytechnique de Bobo-Dioulasso, DEA parrainé par l’Université d’Evry Val d’Essonne de France. Les cours sont principalement dispensés par des professeurs des deux universités. Seule fille des dix étudiants qui constituent la première promotion de ce DEA, elle fait partie des trois qui arrivent à soutenir leur mémoire. Son travail avait porté sur un sujet de bioinformatique intitulé « La recherche automatique des ARN interférents dans un génome ». « Cette application de l’informatique à la simulation en biologie fut une expérience enrichissante et particulièrement intéressante », reconnait-elle. Avec la note de 18/20 à la soutenance, les membres du jury et ses professeurs l’encouragent à faire une thèse de doctorat.

Une thèse en alternance

En 2006, Pr Pascale LE GALL, un de ses professeurs de DEA veut bien être son directeur de thèse sur un sujet de bioinformatique. L’ambassade de France lui accorde une bourse pour une thèse en alternance (quatre mois en France et le reste de l’année au Burkina Faso). La thèse bénéficie également d’une subvention de la Région Ile de France et se déroule en co-tutelle avec l’Université de Ouagadougou avec comme co-directeur Pr Blaise SOME.

Mais, c’est finalement en avril 2008 que Anasthasie Joëlle Compaoré, devenue entretemps madame Ouattara et mère de deux enfants, commence effectivement sa thèse. Pour effectuer ses différents séjours en France, elle confie ses enfants aux bons soins de sa belle-mère. Docteur Ouattara se souvient que le plus dur a été de devoir chaque fois se séparer des enfants pour aller en France : « Le premier départ a été très dur. J’ai dû sevrer ma fille très brusquement et c’était traumatisant pour elle comme pour moi », avoue-t-elle.

Pour l’aboutissement de son travail, Docteur Ouattara a su compter sur l’investissement de ses directeurs de thèse et encadrants mais aussi de ses supérieurs hiérarchiques qui ont fait preuve de compréhension. Le plus grand soutien, elle le doit à sa famille : « J’ai la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours encouragée à aller de l’avant et un mari compréhensif. Je me suis sentie soutenue, encouragée. Je pense que cela a été un atout majeur » dit Dr Ouattara. Prochain défi : faire carrière dans l’enseignement supérieur.

« Il ne faut pas avoir peur des filières scientifiques et techniques. L’informatique, c’est aussi pour les femmes. Malgré ses contraintes, la vie de foyer ne doit pas être pour une femme un obstacle à la réalisation de ses ambitions. Mais travailler dur reste le maître-mot », lance-t-elle à l’endroit des filles qui voudraient embrasser le métier exigeant d’informaticienne.

Moussa Diallo
Faso-tic.net

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