Cinéma burkinabè : Fin de clap pour Kouka Aimé Zongo

lundi 23 avril 2012

« Tu es poussière et à la poussière tu retourneras », dit le livre de la génèse à son chapitre troisième verset 19. Ainsi Kouka Aimé Zongo s’en est allé en laissant derrière lui une veuve et deux fillettes. A peine une carrière de cinéaste entamée, que le jeune réalisateur burkinabè quitte la terre de ses ancêtres qui l’a vu naître le 1er janvier 1976 à Ouagadougou. L’artiste n’est plus, fin de galop d’un étalon du cinéma burkinabè, un projet artistique s’est effondré. Vive l’artiste !

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C’est avec une grande tristesse que les professionnels du septième art burkinabè ont appris le décès du jeune réalisateur Kouka Aimé Zongo, survenu au petit matin du mardi 17 avril 2012 au centre hospitalier universitaire Yalgado de Ouagadougou. L’inhumation a eu lieu le même jour au cimetière route de Kamboinsin. Celui que les professionnels de l’image et du son pleurent était marié et père de deux fillettes.

Les cinéphiles du Burkina Faso et un peu partout dans le monde ont connu Kouka Aimé Zongo grâce à la série télé « le garage du peuple », portée à l’écran sur les antennes de la télévision du Burkina dans le premier trimestre de l’année 2012. Une série télévisuelle de « 52 » épisodes de 26 mn chacun.

Pour ma part, j’ai aperçu Kouka il y a presqu’un an. C’était à la dernière édition du FESPACO (2011). Il n’était pas l’homme que j’ai connu dans les années 2000. Il m’avait fait savoir qu’il n’était pas au mieux de sa forme. Nous avions convenu de nous revoir juste après le festival. Et depuis ce temps silence entre nous jusqu’à ce que j’apprenne sa disparition.

A l’annonce de la triste nouvelle, des souvenirs me remontent à l’esprit. Je me souviens du 16 décembre 2008 au Ciné Neerwaya de Ouagadougou. Ce jour là, il était très anxieux mais maintenait le cap par des salutations accompagnées d’un sourire. A certains il serait la main suivi d’un « tampon », à d’autres il claquait les doigts à d’autres encore il donnait des accolades. Puis nous nous trouvions tous dans la salle obscure du ciné neerwaya. 16 décembre 2008, c’était la première avec trois épisodes de la série télé « le garage du peuple ». À la fin de la projection, il recevait les félicitations de ses pairs. Un mois plus tard, la série occupait le grand écran de la même salle de ciné aux séances de 20H30mn et de 22H30mn et ce, du 19 au 25 janvier 2009. Le garage du peuple peut être considéré comme un chapitre de la trajectoire académique de son auteur. Kouka a obtenu une maitrise en sociologie en 2002 à l’université de Ouagadougou.

L’œuvre qu’il propose aux téléspectateurs est une satire sociale où l’humour dévoile la pensée et les interrogations communes aux Ouagalais (habitant de Ouagadougou). En égrenant le chapelet des épisodes, le cinéphile découvre que le garage du peuple est une œuvre qui laisse transparaître les clameurs du quotidien d’une famille de personnages dans une cité où la pauvreté et l’escroquerie sont les choses les mieux partagées.

Précédemment étudiant en première année de master réalisation à l’institut supérieur de l’image et du son (ISIS-SE) de Ouagadougou, Kouka Aimé Zongo est avant tout autodidacte. C’est ainsi qu’il a été stagiaire auprès d’Idrissa Ouédraogo, Pierre Roumaba et Kollo Sanou en 1997. Une année plus tard, Dramane Démé, Dany Kouyaté et Adama Rouamba verront sa frêle silhouette déambuler sur leurs plateaux de tournage. Peu de temps après, c’était autour de Camille Mouyéké, Issa Traoré de Brahima, Sékou Traoré, Guy Désiré Yaméogo, Antoine Yougbaré de lui faire confiance.

Auprès ces personnalités du septième art africain « El Kouk » comme on l’appelait affectueusement a collaboré à la réalisation d’une quarantaine d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles. Ainsi, il a été assistant de Abdoulaye Dao pour la série télévisuelle « quand les éléphants se battent »en 2005 et « vis-à-vis » en 2002. En 2003, il travaille sur la fiction « Safi la petite mère » de Rasmané Ganemtoré. Il a été présent en 2002 sur le plateau de tournage de Sanou Kolllo pour le long métrage « Tasuma ». Il a entre autres assisté Dany Kouyaté pour la série « A nous la vie » en 1998 et la fiction « sia, le rêve du python » en 1999. A la même année, il a assisté Idrissa Ouédraogo pour la série « Kadi Jolie ». En 2000, Kouka Aimé Zongo, a travaillé sur « Siraba » de d’Issa Traoré de Brahima.

A son actif, plusieurs spots télé, des documentaires et des fictions. Il a véritablement entamé sa carrière de cinéaste en 2002 avec son premier court métrage « Tatyou ». En 2005, il réalise deux courts métrages « Monsieur le Préfet » et « Ma vie en fumée ». Fidèle du cinéclub « le rendez vous des cinéphiles » de l’association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B), Kouka Aimé Zongo travaillait depuis quelques années sur l’adaptation de la nouvelle « Ah ! Apolline » de l’écrivain franco-congolais Henri Lopez qui avait donné son accord pour le projet.

Loin d’être un clap de fin, Kouka Aimé Zongo restera à jamais gravé dans les mémoires et continueras de vivre parmi les siens à travers ses œuvres.

Ab Bayili

Lefaso.net

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