Factures d’eau dans les célibatériums de Ouagadougou : Une pomme de discorde entre locataires

jeudi 8 septembre 2011

Etre détenteur d’une parcelle à Ouagadougou n’est pas chose aisée. La posséder et pouvoir la mettre en valeur est encore plus difficile. Nombreux sont les Burkinabè qui vivent cette situation si bien qu’ils sont contraints de résider ensemble en location dans une même cour appelée célibatérium et de gérer en commun un certain nombre de dépenses dont la facture d’eau. Un système qui est parfois source de mésentente entre les colocataires. A Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et partout au Burkina Faso, le robinet unique pour multiples locataires pose problème quant au règlement de la facture d’eau.

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Les célibatériums sont des cours où sont construites des maisons d’habitation composées de façon générale d’une chambre et d’un salon. Là cohabitent souvent des individus de culture et de mentalité différente. Les célibatériums sont aussi appelés "cours communes" habitées généralement par ceux qui ont des revenus modestes. Le prix du loyer varie en fonction d’un certain nombre de données dont la situation géographique, la qualité, le luxe (carrelage, douche et cuisine intérieures). La vie y est considérée comme difficile par bien de personnes, eu égard aux multiples problèmes qui l’entourent. La gestion commune des factures d’eau est pour les occupants de la cour commune une pomme de discorde. Mal négociée, elle produit des étincelles. Les témoignages des habitants de ces cours communes en disent long sur le sentiment général. Chaque célibatérium a un règlement intérieur qui prend en compte le nombre de ménages pour la gestion de la facture d’eau. "Je loge dans une cour où mes voisins sont tous mariés.

Il y a 5 ménages et tous paient le même montant (variant entre 1500 et 2000 FCFA) pour le règlement de la facture d’eau. Il se trouve que je suis le seul célibataire et je suis obligé de payer l’eau que je ne consomme pas", se plaint, Issa Kafando, chauffeur âgé d’une trentaine d’années, résidant au secteur n° 12 de Ouagadougou. Mécontent, il poursuit : "La gestion de la facture d’eau dans notre célibatérium est un casse-tête. Je déménagerai d’ici peu ; je suis à la recherche d’une autre maison". Ils sont nombreux les locataires qui, pour raison de gestion commune de facture d’eau vont de célibatérium en célibatérium à la recherche d’un bon équilibre. Salamata Ilboudo, ménagère au secteur n°10 se dit contre la façon dont son voisin (qui vit depuis environ 10 ans dans la cour) gère la facture d’eau. Selon elle, la facture est divisée par le nombre de ménages. "Je vis seule et je suis obligée de payer le même montant que les autres ménages de deux ou trois personnes. Je n’ai pas droit de regard sur la facture.

A la fin du mois, il m’indique ma part à payer et c’est tout." A la question de savoir pourquoi elle ne se plaint pas, elle affirme : " Je risque de créer des tensions entre nous. Je ne veux pas de palabre et j’ai opté pour le bon voisinage." Par contre, tel n’est pas l’avis de Yvette Ky, sa voisine qui apprécie positivement le système par ménage. "Si on veut tenir compte des "Je vis seul", on ne s’en sortira pas" confie-t-elle. On peut vivre seul et recevoir beaucoup de visiteurs qui sont aussi des consommateurs d’eau, a-t-elle poursuivi.

A chaque célibatérium son règlement intérieur

Ousmane Diallo, habitant à Hamdalaye, au secteur n°10 de Ouagadougou, affirme que la gestion des factures d’eau ne pose pas de problème dans la cour où il habite. Ici, les locataires ont décidé de diviser le montant de la facture d’eau par le nombre de personnes habitant la cour avec exemption faite aux enfants. "J’avais une colocataire qui voulait m’obliger à payer la part de deux personnes dans le règlement de la facture d’eau sous prétexte que les week-ends je reçois ma copine", dit Emmanuel Birima. Que faire dans pareille situation ? Il a tout simplement refusé et usé des moyens qu’il a voulu garder secret pour obliger sa colocataire à quitter les lieux. Daouda Boïna avoue avoir eu à faire à des voisins qui n’avaient pas d’argent, pour payer la facture d’eau.

Faisant preuve de compréhension ou de solidarité, il était obligé de les aider. Etienne Bougouma vivant dans un célibatérium de 12 maisons, avec un robinet pour 3 maisons, pense que la gestion de la facture d’eau ne doit pas être source de discorde entre les locataires. "La solidarité et l’entraide sociale sont des valeurs que nous tentons de préserver dans notre cour" a-t-il indiqué. Ils en tiennent compte dans le règlement de la facture d’eau (qui s’élève à 7000 ou 8000 FCFA par mois) en ne blâmant pas celui qui n’arrive pas à payer sa part. Selon lui, il faut faire sien l’adage des mossé qui dit que "tu dors et ton voisin veille sur toi". Néanmoins, le règlement se fait par ménage. M. Traoré Abdoulaye vit le problème autrement. En effet, les multiples difficultés liées au règlement des factures d’eau ont conduit à la suspension pure et simple de l’eau courante dans leur cour située à Zogona (secteur n°14).

Il a confié qu’un locataire a trahi la confiance des autres en n’allant pas payer les factures à l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA). Ils avaient adopté un système qui permettait aux locataires, à tour de rôle, une fois le montant de la facture rassemblée, d’aller la payer. Il a tout simplement disparu avec l’argent. Mauvaise volonté ou malhonnêteté. Ce qui est sûr, affirme M. Traoré, il a abusé de la confiance que les autres lui avaient accordée. Et un beau matin, l’ONEA est venu couper l’eau. Des problèmes de ce genre sont légion dans la gestion des factures d’eau dans les cours communes de Ouagadougou. Au secteur n°12 (Dapoya), Adama Salambéré, vit dans une cour commune où sont bâties 6 maisons. Pour qu’il y ait un climat de paix et de respect réciproque, M. Salambéré a pu faire adopter un règlement intérieur. Concernant la gestion de la facture d’eau, leur règlement intérieur stipule que le montant (environ 6000 CFA) est divisé par le nombre d’habitants de la cour. Aussi indique-t-il que celui qui reçoit un étranger séjournant au-delà de 2 semaines est contraint de payer deux parts. A Katré Yaar, secteur n°29, Moumouni Yaméogo, paie 600 à 700 FCFA par mois pour sa consommation d’eau. Il vit dans une cour commune où le montant de la facture d’eau est divisé par le nombre d’individus vivant dans la cour. La vente d’eau dans des sachets par les femmes est source de grande consommation d’eau. Alors pour pallier d’éventuelles disputes les locataires ont tous convenu que ces dernières sont astreintes de payer 750 CFA en plus. Le séjour d’un étranger de plus de 10 jours est pris en compte par celui qui le reçoit. Le cas des déménagements : le retard qu’accuse l’ONEA dans la livraison des factures posent problème. Souvent un locataire peut déménager en laissant des factures que l’ONEA n’a pas délivrées. Est-ce de sa faute ? Ses colocataires sont obligés d’assumer, affirme Bassolé Joanny, démarcheur à Hamdalaye (secteur n°10).

L’avis des bailleurs

Quelles solutions définitives à cette question ? Les avis des bailleurs divergent. Pour Moussa Soré, habitant au secteur n°10, Hamdalaye, il est difficile même si on le veut, de faire des compteurs séparés dans des "cours communes". Les parcelles sont petites. C’est faisable quand il s’agit de 3 ou 4 maisons et dans ce cas, le loyer est plus élevé. Il faut dire que la question d’un robinet commun pour les locataires arrange les propriétaires des maisons à louer car cela les met à l’abri des locataires qui disparaissent avec les impayés de la facture d’eau. Souleymane Koné propriétaire d’un célibatérium à Tampouy au secteur n° 21 justifie : "Avec un compteur par ménage, les bailleurs sont souvent victimes des gens qui fuient nuitamment en leur laissant des factures impayées. Je crois que l’ONEA doit chercher à inventer un sytème qui viendrait soulager et les bailleurs et les locataires" poursuit-il. Ainsi, avec un seul compteur d’eau pour tous, les uns sont obligés de payer grâce à la pression des autres.

A Pissy au secteur n°17 est bâti un célibatérium de 15 maisons carrelées, vitrées avec douche et WC internes. Des murs de séparation sont érigés de part et d’autre avec un robinet pour chaque ménage. Contrairement à toutes les cours que nous avons pu visiter, celle-ci se distingue par le calme qui y règne. La plupart des locataires ont manifesté leur satisfaction de loger en ces lieux. Mais à quel prix ? 35 000 FCFA par mois, c’est le prix à payer. Nous n’avons pas pu rencontrer le propriétaire car il a préféré garder l’anonymat. Pour bien veiller sur ses affaires, il a ouvert à côté un bureau où est installé un jeune homme.

Les frais d’installation d’un compteur d’eau sont abordables selon la plupart des bailleurs. Seulement ils sont unanimes que l’ONEA doit innover en la matière en adoptant un compteur prépayement à l’image du cash power en électricité.

Le "cash water", pourrait être la solution

L’Office National de l’eau et de l’assainissement se dit touché par la problématique de la gestion des factures d’eau à Ouagadougou en général et dans les cours communes en particulier. Selon le directeur de la clientèle, Adama Saouadogo, sa structure intervient pour faire la séparation des compteurs quand il s’agit des célibatériums où les maisons sont bien séparées à la demande du bailleur. Dans pareil cas, la gestion de l’eau ne pose généralement pas de problème entre locataires, chacun ayant son robinet. Les frais d’installation d’un compteur ont été revus à la baisse depuis quelques années.

Aujourd’hui le coût est de trente mille cinq cents francs (30 500) FCFA. Pour aider les consommateurs confrontés à ce problème, l’ONEA a mené des études. Il est prévu le démarrage d’un projet qui va permettre l’installation des compteurs à prépayement, une sorte de "cash water", selon Adama Saouadogo. "Ces nouveaux compteurs ont été testés à Ouagadougou mais, nous avons relevé des insuffisances qui doivent être corrigées par le promoteur » a annoncé Adama Saouadogo. Que vivement ce “cash water” vienne pour le soulagement de tous. Mais sera-t-il la solution définitive à la pomme de discorde qui existe autour de la gestion de l’eau dans les cours communes ?

Habibata WARA

Sidwaya

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