BARTHELEMY KERE A LA TETE DE LA CENI : Des raisons d’espérer

mercredi 3 août 2011

Me Barthélémy Kéré est depuis peu le nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’intéressé qui bénéficie de préjugés favorables, devra toutefois compter sur la bonne volonté de la classe politique, de la vigilance de la société civile et du concours de l’ensemble des citoyens burkinabè.

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Le nouveau président de la CENI semble avoir été bien préparé à ses nouvelles fonctions, du fait notamment de sa formation de juriste. Reconnu honnête et compétent, il passe aux yeux de ceux qui le connaissent comme homme de méthodes et de rigueur. Ses longues années d’expérience en tant qu’avocat puis bâtonnier de l’ordre, l’aideront sûrement à sortir l’institution des blocages dans lesquels les acteurs politiques l’ont souvent bien plongée.

Avant son élection, Me Kéré représentait l’église catholique au sein de la CENI. L’homme a des atouts et ne manque pas de sous. Il part donc avec les présomptions d’innocence. L’envie ne viendra pas à ceux qui voudront lui faire des reproches, de le mettre systématiquement dans la horde des affamés qui se bousculent aux portes de nos structures pour se remplir les poches à la première occasion. Sa proximité avec les religieux lui permettra de gérer éventuellement les tempéraments belliqueux de certains membres de la CENI. Il faut souhaiter que sous sa gouverne, il y ait au Faso bien plus de sérénité, de respect et de responsabilité dans le traitement des dossiers, aussi bien que dans la conduite des consultations électorales.

Cet homme qui semble jouir d’une grande crédibilité, devra toutefois travailler à surveiller ses arrières, à ne pas céder aux sollicitations qui se muent rapidement en compromissions. On ne saurait trop lui recommander une vigilance de tous les instants. Et s’il a des atouts, il ne doit pas venir par conviction et rester par opportunisme comme tant d’autres calculateurs. Il doit demeurer rigoureux et constant dans ses démarches, être à l’écoute et travailler de manière à ne pas décevoir les attentes du peuple burkinabè. Car des défis attendent d’être relevés.

Parmi les dossiers pendants, celui du fichier électoral constitue à lui seul tout un challenge. La confection de la liste requiert en effet une attention toute particulière. Il y a aussi la question des dates. Seront-elles maintenues ? Si l’on veut des élections propres au Burkina, il faudra passer outre la bonne volonté de la nouvelle équipe de la commission pour se résoudre un jour ou l’autre à revoir les choses le cas échéant. Aussi les membres de la CENI doivent-ils s’abstenir de verser dans la démagogie. Le mensonge ne paie pas ! Certes, il peut aider à faire diversion. Mais au finish, on perd car on ne peut construire dans la tension, la frustration et les débats stériles. Cela signifie que l’ensemble de la classe politique burkinabè est interpellé.

Cette classe politique doit œuvrer de concert afin de sortir des décisions consensuelles pour faire avancer la démocratie au Burkina. Plus que jamais, représentants de la majorité présidentielle, de l’opposition ou de la société civile, doivent s’engager à faire la promotion d’un scrutin propre et réussi, parce que fruit d’un travail lui-même issu d’un engagement personnel et collectif à la fois digne et responsable. Il faut tourner la page du « ça va aller ». Un credo qui traduit la sournoiserie et incite à l’intoxication puis à la démolition de l’œuvre d’autrui. Surtout lorsque l’on n’est pas si sûr d’être aussi performant que l’autre.

Mais la CENI ne se résume pas à son président. Celui-ci à lui seul, ne peut tout faire. S’il lui arrive de polariser l’attention, il doit aussi savoir déléguer des parcelles d’autorité de manière à responsabiliser ses coéquipiers, et à renforcer le sentiment d’appartenance et donc la cohésion du groupe. Légitime que la nouvelle CENI qui se met en place, cherche à convaincre de l’existence d’une dose appréciable de bonne volonté. Reste à faire preuve de sérieux et de dynamisme sur le terrain. Car, c’est là que les Burkinabè attendent les membres de cette organisation. Ils seront d’autant plus regardants que le président et d’autres éléments ont appartenu à l’ancienne CENI. Connaissant donc les problèmes de l’institution, ils sont bien placés pour tirer les leçons qui s’imposent, et apporter les remèdes aux maux qui ont longtemps miné le terrain.

Cette CENI qui se met progressivement au travail, aura certainement besoin du concours de tous et de toutes. A commencer par les acteurs politiques. Les premières autorités par exemple, doivent s’abstenir de toute intrusion dans les affaires de la structure. Aux yeux de certains, cela peut paraître illusoire ou excessif. Mais sur ce continent, on a pris l’habitude de « chosifier » les institutions et de les mettre dans un corset, tout en réclamant son attachement aux valeurs de la démocratie républicaine.

Mais, c’est bien connu : on ne peut avoir une chose et son contraire. Il importe donc que les gouvernants sachent faire preuve de retenue et de sagesse. S’ils tiennent à ce que la démocratie avance dans ce pays, s’ils ont du respect pour le peuple, ils doivent en avoir également pour les institutions qui en sont l’émanation. Par conséquent, et vu les difficultés du passé, face à la CENI « new look », il leur faudra s’abstenir de toute initiative qui encourage les veillées d’armes. Pour certains analystes, l’avènement de ce nouveau président constitue une forme d’alternance. Le poste ne devrait plus être considéré comme exclusivement réservé aux défenseurs des droits humains. Reste au nouveau président à convaincre l’opinion du bien- fondé de ce choix. Il lui faut montrer que ses atouts ne sont pas des inconvénients. Sa présence dans l’ancienne CENI, ne doit pas constituer un obstacle en ce sens que nul ne voudrait revoir dans la gestion de la structure, les tares du passé.

L’équipe qu’il met en selle doit s’efforcer de mettre fin aux sempiternelles diatribes autour des cartes d’électeurs et des pièces d’identité, aux tortures relatives aux lieux d’inscriptions, etc. Il est temps d’éloigner des Burkinabè le spectre des fraudes consécutives aux fichiers à problèmes ! Pour que l’on rompe avec un certain passé et que l’on inaugure l’ère des élections propres dans ce pays, il est attendu de la nouvelle direction de la CENI plus d’engagement et de consensus ! Me Kéré est prévenu : de l’immobilisme, nul n’en voudra ! Dans l’optique des élections couplées et dans l’attente des présidentielles de 2015, lui et son équipe ont intérêt à redoubler d’effort afin de ne point subir le courroux des candidats aussi bien que des citoyens électeurs !

La CENI a aussi besoin de s’affirmer en tant qu’entité véritablement autonome. Cela suppose que son indépendance financière ne doit souffrir d’aucune ambigüité. Les autorités gouvernementales doivent donc prendre toutes les dispositions qui conviennent en la matière. L’opinion y veillera, de même que les partenaires techniques et financiers ! Il y va de la solidité de notre expérience démocratique et donc de son avenir.

L’ancien bâtonnier sera-t-il effectivement le « Monsieur élections propres » au Burkina Faso ? Sera-t-il le messie qui pansera toutes les blessures, apaisera les cœurs et aidera les Burkinabè à se réconcilier ? Il faut le souhaiter et contribuer davantage au succès de cette noble entreprise. Car Me Kéré, son équipe et l’ensemble de la CENI, ont véritablement devant eux les mêmes types de travaux que le légendaire Hercule : ils sont titanesques !

"Le Pays"

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