A en croire le sieur BIGOT, le Burkina Faso connaitrait un seuil de corruption qui « dépasse l’entendement » (sic), corruption qui s’étendrait jusqu’à l’entourage propre du chef de l’Etat hypothéquant ainsi toute chance de développement du pays, surtout que l’Etat burkinabè ne serait pas loin d’être un vulgaire « Etat voyou » impliqué qu’il serait dans toutes les magouilles de la sous-région. Si l’on devait qualifier ces propos, l’on se contenterait de dire qu’ils sont l’hommage du vice à la vertu dans la mesure où, en matière de corruption et collusions malsaine du politique et des milieux mafieux, le Burkina est loin de « boxer » dans la même catégorie que la France si l’on s’en tient aux révélations qui émaillent périodiquement la presse française, et qui font état de cas de corruption qui se chiffrent parfois à des milliards d’euros et dans lesquelles les noms de dirigeants français et pas des moindres sont régulièrement cités.
Affaire Karachi, affaires des frégates vendues à la Chine Taiwan, scandale du médiator, affaire Guérini, affaire Woerth-Béthencourt et ses multiples ramifications, affaires de la mairie de la ville de Paris (épisode électeurs fictifs, épisode emplois fictifs et épisode marchés fictifs), autant d’épées de Damoclès qui planent sur la tête des politiques français et qui ne sont pas encore « tombées » (à deux exceptions près (1)) sur celles-ci en raison, avouons-le, d’une « connexion » entre l’exécutif et le judiciaire français qui les empêche de connaitre un dénouement qui pourrait purement et simplement faire « sauter » la République ou à tout le moins faire tomber quelques têtes biens pensantes donneuses de leçons. Que dire d’une des constantes de la Françafrique, les financements occultes de campagnes électorales de candidats à des élections françaises par certaines caisses noires de pays d’Afrique. On le voit bien, il y aurait beaucoup à dire dans les voisinages proches de Monsieur BIGOT pour qu’il s’autorise à vouloir caricaturer les autres.
Si l’on s’en tenait rien qu’à l’affaire Karachi dans le cadre de laquelle une vente d’armes au Pakistan a donné lieu à des retrocommissions dont on ne sait pas jusqu’à présent tous ceux qui en ont bénéficié, la mort d’une dizaine de ressortissants français, un des « effets collatéraux » de cette sombre affaire, entraine ipso-facto l’ignominie et l’opprobre pour tous ceux qui ont « trempé leurs babines » dans ce deal sanglant. Ce n’est pas pour rien que l’un des protagonistes majeurs de cette affaire (le Pakistanais Ziad Takkedine) est ménagé par les dirigeants politiques français toutes tendances confondues, car, ce monsieur connait le fin mot de l’histoire et pourrait enfoncer nombre de ces politiques. Une affaire qui pourrait même avoir des échos d’outre-tombe si tant est que certains de ses acteurs importants sont aujourd’hui morts et enterrés.
Il en va de même de l’affaire dite des frégates de Taiwan où des millions d’euros de commissions ont pris en catimini la direction des caisses de certains partis politiques français. Et, que dire de l’affaire Werth-Béthencourt qui risque « d’empoisonner » la retraite politique de SARKOZY, les développements récents de celle-ci tendant à faire accroire que l’ex-président français aurait reçu de l’argent de la richissime femme d’affaires française pour financer sa campagne de 2007.Nonobstant ces affaires « emblématiques », de « petits » scandales politico-financiers ont entrainé l’embastillement de nombre d’hommes politiques français et la condamnation de certains autres à la prison avec sursis. On a même vu des « repentis » revenir aux affaires à un haut niveau de responsabilités sans que personne ne crie au scandale alors que cela aurait entrainé des gorges chaudes pour peu que cela se soit passé dans un pays tropical.
C’est donc bel et bien une poutre que BIGOT laisse dans son œil pour ne pas dire celui de son pays, la France, pour enlever la paille qui se trouve dans celui du Burkina ; ce qui n’est rien d’autre que de l’hypocrisie et de la mauvaise foi. Bien pire, il tente maladroitement de nous faire prendre des vessies pour des lanternes sur la base de vieux clichés, de multiplications de stéréotypes et de falsification des faits, en véritable pêcheur en eaux troubles qu’il est. Mais, comme les Africains sont de moins en moins dupes de ces « leçons » qui frisent bon le paternalisme d’une époque révolue, l’on n’est pas étonné que ses propos n’aient été exploités que par certains de nos opposants qui s’accrocheraient à n’importe quoi pour tenter d’exister (c’est de bonne guerre) et quelques apatrides aux idées bornées et à l’intelligence courte.
L’Afrique, encore moins le Burkina Faso, n’a pas le monopole des mauvaises pratiques. Du reste, si la corruption y a pris pied, comme il le prétend, et s’y développe au point de « dépasser l’entendement », cela est du fait des Occidentaux qui nous ont imposé leurs modèles politique et économique à travers la colonisation, tous les sociologues et historiens sérieux convenant que l’Afrique précoloniale ne connaissait pas ces pratiques avilissantes.
Des écrivains et chroniqueurs réputés comme El BEKRI (Notes sur le pays des Noirs) ou Ibn BATOUTA (Voyage au Soudan) soulignent dans leurs ouvrages que le vol par exemple était inconnu dans les royaumes africains du Moyen-âge où tous les biens sans propriétaire étaient soigneusement gardés jusqu’à ce que quelqu’un en réclame la propriété preuves à l’appui. Une honnêteté foncière qui ne laissait pas de place à la corruption qui n’est apparue donc sous nos tropiques qu’avec les rapports marchands avec l’Occident capitaliste dont on sait que seul le profit et l’individualisme sont la boussole.
Des diseurs de bonne aventure comme les BIGOT et consorts, doivent nous permettre de nous réapproprier donc notre histoire et fortifier ainsi notre âme pour faire face victorieusement aux défis que nous impose ce monde de plus en plus ultralibéral où même l’habit ne fait plus le moine...r
Alpha YAYA ilingani2000@yahoo.fr
Note : 1 : Le procès des emplois fictifs et celui des électeurs fictifs de la ville de Paris ont eu lieu et ont reconnu les culpabilités, dans le premier cas, de l’ancien président et ancien maire de Paris, Jacques CHIRAC (condamné à 2 ans de prison avec sursis) et, dans l’autre cas, de l’ancien maire de Paris, Jean TIBERI (condamné à 3 mois de prison avec sursis, 3 ans d’inéligibilité, … en première instance).
L’Opinion


