Conflits armés et guerres civiles en Afrique : Des causes multiples et des responsabilités partagées

mercredi 22 septembre 2004

Aujourd’hui en Afrique, quatorze (14) pays sont en guerre ou vivent une situation précaire d’après-guerre ou, encore, sont embourbés dans un contexte qui, s’il n’est pas celui de guerre, peut malheureusement en constituer l’étape préliminaire.

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Conakry, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone ; en Afrique de l’Est, l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie, le Soudan et l’Ouganda ; en Afrique centrale, le Burundi, la République démocratique du Congo et le Rwanda ; enfin en Afrique australe, l’Angola et le Zimbabwe. Comment est-on arrivé là ? Ces situations sont-elles évitables et de quelle manière ? C’est à ces questions qui taraudent plus d’un Africain et plus d’un observateur que nous allons tenter d’apporter des réponses.

Cependant avant d’en venir aux faits, cinq remarques s’imposent :

Depuis le début des années 90, la plupart des conflits et guerres opposent les populations ou une partie des populations à leurs gouvernants. Autrement dit, il s’agit de conflits internes ou de guerres civiles.

Les personnes entrées en rébellion contre le pouvoir central de leurs pays respectifs sont d’abord et avant tout des citoyens de ces pays, même si elles peuvent bénéficier dans certains cas, de soutien de pays étrangers ou d’organisations de toutes sortes.

Une fois la guerre éclatée, elle est d’une violence inouïe et d’une inhumanité inqualifiable.

Les anciennes puissances coloniales, soit par le soutien inconditionnel qu’elles apportent aux pouvoirs en place, soit par leur silence complice, portent une part de responsabilité dans la gestion, l’éclatement et les ravages de ces conflits.

Avant le tournant des années 90, la majorité des guerres civiles reflétaient l’opposition Est-Ouest, communisme-libéralisme. De nos jours, elles s’apparentent, du moins du côté des rebellions, à une lutte pour plus de justice, de démocratie et de liberté.

L’héritage colonial

Certes, les anciennes puissances coloniales ont souvent été montrées du doigt et considérées comme des boucs émissaires idéaux par certains leaders africains pour justifier leurs propres faillites. Depuis les années 60, la plupart des Etats africains ont accédé à la souveraineté nationale et internationale. Ce qui signifie qu’ils ont pris en main leur propre destin.

Cependant, on ne peut esquisser une explication de la situation du continent sans évoquer notre passé colonial. En effet, l’Afrique n’aurait pas eu le visage qu’elle présente aujourd’hui s’il n’y avait pas eu de colonisation.

Dans ce sens, l’on ne peut ignorer le fait que les frontières tracées par le colonisateur ont tenu moins compte de la configuration ethique des espaces concernés que des intérêts des anciennes métropoles. Or, si l’on part de la conférence de Berlin (qui a consacré le partage de l’Afrique) en 1884-1885 jusqu’à nos jours, il y a exactement cent vingt (120) ans.

Cette fourchette de temps est-elle suffisamment large pour que des peuples qui ne se connaissaient ou qui étaient en conflit larvé ou ouvert puissent sédimenter leurs cultures et vivre ensemble. Malgré ses richesses, l’Afrique est condamnée à végéter du fait que sur le marché international, ce sont les acheteurs de ses produits qui en fixent les prix et pas elle. Or, il n’en est pas ainsi des produits en provenance du Nord dont les prix sont fixés par leurs producteurs.

On le voit bien, la théorie de Adams Smith selon laquelle, le marché s’autorégule sur la base de la loi de l’offre et de la demande grâce à cette main invisible est une véritable supercherie dont la victime est l’Afrique. Le marché est libre, dit-on, mais c’est l’histoire du renard libre dans un poulailler libre.

Par ailleurs, que de tracasseries lorsqu’il s’agit pour les pays africains de chercher à percer le marché des nations dites développées ; des taxes leur sont imposées : 9% sur l’ananas frais, 32% sur l’ananas en boîte et 42% sur le jus d’ananas.

D’aucuns répliqueront que pourtant, sans les subventions que les pays du Nord accordent à l’Afrique, certains Etats ne seraient pas viables. Cela est vrai si l’on jette un coup d’œil sur la structure des budgets des pays africains.

On pourrait aussi arguer que même si l’on achetait les matières premières africaines à un "juste prix", cela ne leur permettrait pas de se passer des subventions, encore moins de décoller économiquement. L’argumentation est fort séduisante ; même si elle se révélait vérifiable, il reste que cela permettrait de réduire le montant des subventions qui, ne nous le cachons pas, représentent une bonne part de liberté perdue.

Des problèmes politiques non solutionnés

Dans nombre de pays en guerre, il est aisé de remarquer que cette situation a été précédée par le règne, pendant de très longues années, d’un parti unique ou d’un régime militaire. En tout état de cause, par un régime qui n’était pas de droit démocratique et libéral. Résultat, cela a donné lieu à toutes sortes d’abus sans que les citoyens disposent de mécanismes institutionnels compétents pour réparer les torts dont ils ont été victimes.

Un sentiment de ras-le-bol généralisé est ainsi né et il ne fallait qu’une toute petite étincelle pour provoquer la déflagration générale. Et à supposer même qu’ils aient eu des canaux pour se faire entendre et se faire rendre justice, il arrive un moment où les peuples ont besoin de changement.

Pas parce que l’équipe en place est nécessairement mauvaise, mais parce que les citoyens en ont marre de la voir où elle est. A l’échelle individuelle, il nous arrive de nous débarrasser d’une voiture, d’une motocyclette, d’une bicyclette ou même d’une chemise pas parce qu’elle est endommagée mais parce que le plaisir que nous éprouvons en l’utilisant s’est émoussé.

A suivre

Zoodnoma Kafando
L’Observateur

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