Yacouba Traoré, DG/RTB : "La RTB2 sera dominée à 80% par les langues nationales"

vendredi 8 octobre 2010

A quelques jours du lancement de la deuxième chaîne, RTB2, à Bobo-Dioulasso, nous avons rencontré le mardi 5 octobre 2010, le directeur général de la RTB, Yacouba Traoré. Au menu des échanges, les raisons de la création de la RTB2, ses objectifs, sa particularité, etc.

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Sidwaya (S.) : La RTB va bientôt vivre un grand moment de son histoire avec l’avènement de la RTB2. Comment vont les préparatifs ?

Yacouba Traoré (Y.T) : Les préparatifs vont assez bien. En fait, tout le matériel qui a été commandé est arrivé à bon port à Bobo-Dioulasso. Nous avons le pylône qui est en train d’être monté dans la cour de la radiodiffusion, l’émetteur est là. Il y a une équipe de journalistes et de techniciens qui doit s’occuper de la chaîne RTB2.

Ces journalistes et techniciens sont pour la plupart issus de l’Institut des sciences et techniques de l’information et de la communication (ISTIC) et de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM), section communication. Ils sont en formation à la RTB. Pour cela, nous avons fait appel à des anciens de la télévision, journalistes comme techniciens, qui ont de l’expérience.

Ce sont notamment Adama Barro (que les gens ont connu comme grand présentateur du 20 heures à la télé), Inoussa Kinda. Au niveau des techniciens, ce sont le chef de la réalisation, Jean Marc Bado et Philippe Kahoun. Ce sont aussi d’anciens caméramen que je suis venu trouver à la télévision. Il s’agit de Arthur Ouédraogo, Salif Bélem Senior. Donc l’un dans l’autre, les choses vont assez bien. S’il plaît à Dieu, d’ici au 16 octobre 2010, on assistera au lancement de la chaîne RTB2.

S. : Quelle est la particularité de cette chaîne ?

Y.T. : J’ai l’habitude de dire qu’au niveau de la télévision, on n’a rien inventé. On regarde et on essaie de s’adapter. Cela participera à la déconcentration, à la décentralisation de la RTB. Tout est parti de la décentralisation des manifestations du 11- Décembre (fête de l’indépendance). On a vu comment cela a été organisé à Fada N’Gourma, à Ouahigouya. Nous avons remarqué qu’au niveau de ces villes, il y a eu des infrastructures à la lumière du 11-Décembre. Il y a eu du bitume, des logements.

Si nous ajoutons un instrument de communication de service public à la disposition des populations, cela sera bien. Nous suivons le système de France 3 et de Radio Canada. Si vous prenez France 3, vous avez la nationale, mais dans chaque région de France, on a France 3. Par exemple, à Bordeaux, on a France 3 Aquitaine, à Marseille, on a France 3 Méditerranée, à Paris, on a France 3, Île de France, etc.

Ces différentes chaînes régionales développent un programme de proximité qui concerne leurs régions. Avant et après le 20 heures, c’est leur propre programme mais à 20 heures, elles synchronisent toutes avec France 3 nationale. Imaginez-vous RTB3 à Ouaga où le mooré va dominer, RTB4 à Fada N’Gourma où le gourmachema va dominer et RTB5 à Dori où le fulfuldé va dominer. On aurait gagné, on aurait eu un grand nombre de personnes qui auront accès à ces médias d’information publique.

S. : Quelle est la philosophie de cette nouvelle chaîne ?

Y.T. : La philosophie de la RTB2 repose sur un programme dominé à 80% par les langues nationales, à partir du moment où cette chaîne est basée dans la région des Hauts-Bassins. La seule émission qui est faite en français est le journal régional qui est à 22 heures. Nous avons le mooré, le fulfuldé, le dioula et le bobo-mandaré qui sont les principales langues parlées sur la RTB2.

Il y a une très infime portion accordée à la langue française. L’objectif, c’est pour permettre à nos populations de s’approprier leurs médias. Je pense que faire une émission de "Santé Mag" en mooré ou en dioula, c’est beaucoup plus bénéfique aux populations des campagnes qui ne parlent pas le français. On a une émission de santé où les téléspectateurs peuvent appeler en langue nationale. On a un journal dans les quatre langues que j’ai citées.

S. : Quelles sont les zones de couverture de cette chaîne ?

Y.T. : La RTB2 aura une couverture régionale. D’abord, Bobo-Dioulasso, parce que simplement il y a le cinquantenaire qui se déroule à Bobo-Dioulasso. Elle va couvrir un rayon de 80 km minimum autour de Bobo-Dioulasso.

Au fur et à mesure qu’on disposera des moyens pour acquérir ce que les techniciens appellent des émetteurs, nous allons en placer à Houndé ; à partir de ce moment, nous allons introduire le bwaba. Si nous avons la possibilité d’installer un émetteur à Orodora, nous allons introduire le sénoufo, etc.

S. : Comment comptez-vous rentabiliser la RTB2 ?

Y.T. : Nous avons signé un contrat de plusieurs millions de nos francs avec la SOFITEX. Nous comptons mettre en place une émission cotonnière en direction des cotonculteurs. Il y a un potentiel ; la chaîne ne va pas chômer, c’est un service public que nous faisons, mais nous devons trouver des fonds de fonctionnement de la chaîne.

En termes de service public, un jeune qui quitte Bobo-Dioulasso ou Ouahigouya pour participer à "Télé agenda" à Ouagadougou, paye plus que le jeune de Ouagadougou. Il paye son transport, son hébergement, sa restauration et on va lui demander le même montant comme celui de Ouagadougou. On a par exemple, une émission du genre "Télé agenda" sur RTB2, les vendredis.

On fait tout pour que les programmes ne se chevauchent pas. Aussi, les reportages qui viennent de Bobo-Dioulasso peuvent souvent faire une semaine sans être diffusés. C’est normal, on tient compte de la hiérarchisation de l’information, de la sélection de l’information. Ce sont généralement, des reportages qui n’ont pas une dimension nationale et nous avons souvent des plaintes.

Avec le journal régional de 22 heures, le problème est résolu. Nous sommes en train de mettre en place, le business-plan Bobo-Dioulasso qui est un test et on va l’étendre aux autres régions du Burkina Faso. Bobo-Dioulasso a été choisie pour RTB2, à cause du cinquantenaire, mais aussi parce qu’elle est une ville à forte potentialité économique et une région considérée comme la capitale culturelle de notre pays. C’est sûr que RTB2 ne va pas chômer.

S. : Les téléspectateurs auront-ils le choix entre les deux chaînes ?

Y. T. : On ne commence pas la décentralisation par la capitale. En matière de médias, Ouagadougou est bien servi. On a la RTB, Canal3, BF1, etc. IL n’y a pas de concurrence, il faut donner la possibilité aux populations des Hauts-Bassins de zapper entre RTB et RTB2. Quand on aura RTB 3 à Ouagadougou, les gens pourront s’informer en mooré, fulfudé, dioula et en français sur la RTB. Il n’y a pas de concurrence, mais à chaque grand événement, il y aura la synchronisation par exemple le 20 heures, le message du chef d’Etat ou un match de football du Burkina Faso.

Les choses sont faites de sorte que si la nationale tombe en panne, que la RTB2 prenne le relais. Par ailleurs, il faut préparer les choses pour l’avènement du bouquet numérique terrestre. Avec un certain nombre de chaînes, nous allons vers le numérique. Quand la RTB aura la possibilité de créer son bouquet, au lieu d’aller sur Canal-Sat et autres, nous aurons RTB nationale, RTB2, RTB3, etc.

S. : Parlant de numérique, des spécialistes annoncent la disparition des bandes dans une quinzaine d’années. Où en êtes-vous avec la numérisation de la RTB ?

Y. T. : Il y a un processus de numérisation qui est en cours. L’objectif est d’aller vers la télévision numérique terrestre. En Afrique, les pays maghrébins tels que l’Algérie, le Maroc, la Tunisie sont très en avance. Au sud du Sahara, c’est le Gabon. Au Burkina Faso, nous sommes dans le plan triennal pour atteindre la numérisation en 2015, sinon nous serons isolés.

A l’occasion de la rentrée RTB de l’année passée, nous avons fait l’état des difficultés de la RTB. Le Premier ministre nous a rendu visite et nous a demandé de faire un plan triennal que nous avons fait avec les techniciens du ministère de l’Economie et des Finances. Nous avons demandé environ 3 milliards par an pour financer ce programme de 2011-2014. Ce plan prend en compte la numérisation, y compris la formation et l’équipement et même le siège de la RTB. Donc en 2015, on sera prêt.

S. : Cela signifie-t-il que les écoles de formation des journalistes et des techniciens doivent s’adapter au numérique ?

Y. T. : Les écoles de formation au journalisme doivent être à l’heure du numérique. On n’a plus besoin de journaliste analogique. Ce projet concerne plusieurs ministères. Il faut une harmonisation entre les Etats, car il y a beaucoup de systèmes : américain, asiatique…Donc, il faut une harmonisation entre les différents pays et cela concerne la diplomatie de nos Etats.

S. : La RTB s’est lancée dans la production de séries, notamment "Affaire publique". "Est-ce une façon de contrer les séries brésiliennes indiennes et autres ?

Y. T. : Dans les grandes chaînes de télévision, vous avez une direction du cinéma. Nous, on n’a pas de moyens pour cela. Nous avons fait ce film "Affaire publique" avec nos propres moyens. Nous avons pris dans le budget annuel que la RTB dé dégage par an, 100 millions pour l’achat des films généralement étrangers. Depuis un certain temps, nous avons décidé de réduire la facture. Nous l’avons divisée en deux. L’an dernier, nous avons coproduit "3 femmes 1 village" à hauteur de 20 millions et le "Testament", également à 20 millions.

L’autre moitié du budget a été consacré à l’achat de programmes. Nous avons aussi payé nos dettes, car nous n’achetons pas les programmes directement.

Cela se fait sous forme de partenariat avec les annonceurs comme Jumbo. Mais cette fois-ci, nous avons produit notre propre série avec nos réalisateurs. C’est une série de plus de 26 épisodes avec un financement propre de la RTB. Nos techniciens et nos comédiens ont de l’expérience.

Il faut les utiliser cet avantage pour conforter la place du Burkina Faso dans le domaine du cinéma. La série nous a coûté environ 77 millions de F CFA et sera diffusé sur la RTB. La première diffusion aura lieu le 17 octobre 2010.

S. : Quels seront les autres grands points de cette rentrée de la RTB ?

Y. T. : La rentrée RTB sera aux couleurs du cinquantenaire, pas d’innovations, à part la création de la RTB2, le dénouement de Faso-Academy, l’inauguration de l’espace Casimir Koné qui a été un grand journaliste de radio-Bobo. On a revitalisé la troupe de la RTB pour la production théâtrale (...). Pour cette rentrée, les partenaires ont beaucoup fait pour la RTB, car elle a rarement disposé de gros, moyens.

La première rentrée RTB avait pour but d’assainir le cadre, la deuxième, l’acquisition de matériels. On a fait de même pour la radio et ensuite, pour RTB-Bobo. Maintenant que le cadre de Bobo est assaini, nous allons lancer RTB2. L’acquisition du matériel nous a coûté pratiquement 300 millions de F CFA. La subvention de l’Etat est d’environ 100 millions de F CFA. Le reste, ce sont les fonds propres de la RTB.

Alassane KERE

Souaïbou NOMBRE

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