Grossesses non désirées en milieu scolaire : Un phénomène récurrent dans le Ziro

jeudi 18 février 2010

Le phénomène des grossesses non désirées constitue une préoccupation pour les chefs d’établissements secondaires, les familles et les structures sociales de la province du Ziro.

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Les grossesses non désirées sont lésion dans les six établissements secondaires de la province du Ziro. En effet, pour la plupart naïves, les jeunes filles ne maîtrisant pas les différents changements de leur corps, tombent dans les pièges de certains prédateurs.

Selon le directeur provincial de l’action sociale et de la solidarité nationale (DPASSN) du Ziro, Prospère Kadéba dans l’année scolaire 2008-2009, vingt-cinq cas de grossesses non désirées ont été enregistrées dans les établissements scolaires de la province. Ces cas sont ceux qui ont fait l’objet de plaintes enregistrées par ses services. Ce nombre est en deçà de la réalité car, beaucoup de grossesses non désirées sont réglées à l’amiable entre les familles, explique cet agent social.

M. Kadéba redoute que ce chiffre aille en s’augmentant d’année en année. Généralement, explique-t-il, les âges des victimes se situent entre 14 et 18 ans. Les classes de 6e, 5e et 4e étant les plus concernées par ce phénomène. Le directeur du Collège d’enseignement général (CEG) de Sapouy, Boukary Ouédraogo indique que son établissement enregistre en moyenne trois grossesses indesirées par année scolaire.

Et d’ajouter que pour la présente année scolaire, son établissement vient d’enregistrer l’accouchement d’une fille de la classe de 3e dans le mois de janvier. « Il y a des filles qui se battent bien en 6e et en 5e. Mais à partir de la 4e c’est la débandade sexuelle », s’indigne l’éducateur.

Le calvaire de l’enfantement précoce

A 17 ans, Rasmata Sawadogo, élève en 5è au CEG de Sapouy a dû vivre les affres des grossesses précoces. « Les débuts de ma grossesse l’an passé, étaient difficiles. Mon copain, élève en 1ère, ne pouvait pas m’accueillir chez ses parents. J’ai dû fouir la cour de mon père pour me réfugier chez un de mes oncles ici à Sapouy. Par la suite, j’ai été obligée d’aller accoucher chez mes oncles maternels à Sissili dans la province de la Sissili.

C’est seulementa après que j’ai regagné ma famille et ma mère s’occupe bien de mon enfant », raconte la jeune mère. Maintenant que sa mère garde son enfant, Mlle Sawadogo a repris les bancs de l’école et a pu obtenir 11,64 de moyenne au 1er trimestre de cette année scolaire. Une autre de ses camarades élève fille-mère, Nignan Kakoira ? 18 ans en classe de 5e elle aussi raconte ses que « c’est après une médiation réussie par l’action sociale que mon copain (un chômeur), a accepté d’assumer sa responsabilité ».

« Au début il a refusé de reconnaître la grossesse. Après avoir accouché dans sa famille, la situation était difficile et j’ai dû regagner ma famille à Tiaga, village situé à 10 km de Sapouy. Je parcours chaque jour cette distance à vélo pour suivre mes cours au CEG de Sapouy. J’ai manqué à beaucoup de cours au premier trimestre car mon enfant tombait fréquemment malade. Je n’ai donc pas participé aux évaluations de ce trimestre », dit-elle, la gorge nouée.

Pour les agents de l’action sociale et les responsables d’établissements scolaires de la province, ces cas exemples parmi tant d’autres démontrent le calvaire que vivent ces jeunes filles-mères dans leurs propres familles et dans les familles de leurs partenaires et posent en même temps la problématique de la santé de la reproduction en milieu scolaire. Que dire de ce père de famille qui, lasse de voir chaque fois ces filles scolarisées tomber enceinte, amèna une d’elles dans une formation sanitaire pour la pose d’un norplant.

Selon le directeur du CEG de Sapouy, les auteurs de ces grossesses sont issus de toutes les couches sociales dans la localité. Il s’agit généralement des élèves garçons, des fonctionnaires, des commerçants, des chauffeurs de camion de bois communément appelés « wambdaro » (en mooré), des chômeurs et des paysans, etc. « Ils abusent de la naïveté de nos gamines contre de l’argent, du matériel surtout les téléphones portables et autres », assure M. Ouédraogo.

« Ce qui m’a le plus touché l’an passé, c’est le cas de ce tuteur inconscient qui a enceinté la fille de 13 ans que son parent lui a confié pour suivre ses études secondaires à Sapouy », s’est indigné le directeur de l’action sociale, Prospère Kadéba. Mais généralement, les familles considèrent que révéler de tels cas, constituent une honte et un déshonneur pour elles. D’où la préférence aux règlements à l’amiable de ce genre d’affaire, a regretté M. Kadéba.

La sexualité toujours un tabou

Plusieurs raisons pourraient expliquer cette recrudescence de grossesses indésirées dans les établissements scolaires. Le directeur du CEG de Sapouy, Boukary Ouédraogo qui considère la grossesse indésirée comme une « rançon » d’une sexualité irresponsable explique que « les jeunes sont matérialistes, avides d’argent faciles.

Elles veulent se comparer aux grandes dames. Certains parents ne surviennent plus aux besoins de leurs filles, soit disant qu’elles sont grandes et peuvent se prendre en charge », fulmine-t-il. Tout en reconnaissant que son établissement manque de professeurs « appropriés » pour l’éducation sur la santé de la reproduction, M. Ouédraogo reproche aussi à certains parents de faire de la santé sexuelle un sujet tabou dans leur famille.

Quant au DPASSN Prospère Kadéba, il accuse l’ignorance de ces jeunes filles qui pour la plupart, traversent leur période « difficile » à savoir la puberté. Cependant, il s’étonne que malgré les actions de sensibilisation de son service dans les établissements, certaines filles manquent de décision devant des garçons qui refusent délibérément de porter les préservatifs.

Il incrimine aussi l’inconscience de ces hommes qui profitent de la pauvreté de certaines filles pour leur faire du marchandage. En effet, la majorité des victimes enregistrées à l’action sociale est issue des familles très modestes. L’influence négative des mass-médias (télévision, journaux, radios etc.), des technologies de l’information notamment Internet et les portables sont aussi à l’origine de ces déviations sexuelles et sociétales.

Ce sont des facteurs qui incitent les jeunes à avoir des relations sexuelles précoces. La prolifération des vidéos clubs projetant souvent des films pornographiques sans aucun contrôle des parents, des agents de sécurité favorisent aussi le développement de ces comportements déviants.

Les implications de ce fléau sur la jeune fille et sur la société sont énormes. Ainsi pour cause de grossesse précoce nombre de filles abandonnent ou ne peuvent achever leur cycle secondaire. Elles sont souvent complexées car leurs camarades ne les quittent pas du regard ou se moquent d’elles.

« Mais nous faisons de notre mieux pour que leurs camarades les acceptent », a indiqué M. Ouédraogo. Une autre épreuve difficile à vivre pour ces jeunes filles, c’est le rejet de certaines d’entre elles par leur propre famille. Aussi, en raison du refus catégorique de certains auteurs des grossesses, certaines filles optent pour des solutions radicales : l’avortement.

D’après M. Kadéba, cela se fait généralement dans la clandestinité et celles qui ont la chance de survivre n’ont pas le courage d’aller vers les services de santé pour des soins appropriés. Ce qui peut conduire à des problèmes graves de leur santé sexuelle (la stérilité). Dans certains cas, prendre une grossesse non désirée signifie s’être exposé aux infections sexuellement transmissibles et au VIH/sida.

Des solutions existent

Pour résorber un temps soit peu ce phénomène de grossesse non désirée en milieu scolaire, M. Kadéba conseille aux jeunes filles d’éviter les comportements à risque. Il s’agit entre autres du port des vêtements moulants, des sorties tardives, des mauvaises fréquentations et la recherche du gain facile. Selon lui si par mégarde la grossesse survenait, elles ne doivent pas voir en cela une fin des études.

La cellule de base qu’est la famille doit jouer convenablement son rôle de premier éducateur, rappelle également M. Kadéba. Pour ce faire, il faut que les parents acceptent d’aborder les questions de sexualité avec leurs enfants avant que ces derniers ne les découvrent en dehors de la cellule familiale dans les vidéoclubs ou sur Internet.

Si malgré tout une grossesse indésirée survenait, ils doivent éviter les positions radicales telles que le bannissement de la jeune fille. Les chefs d’établissements secondaires doivent avec l’appui technique des services de l’action sociale, créer des cellules de santé de la reproduction au sein de leurs établissements.

La construction d’un centre d’écoute pour jeunes par les différentes municipalités, ne fera que du bien à ces filles, ajoute-t-il. Quant aux associations de luttes contre les IST et le VIH/Sida, elles doivent redoubler d’efforts dans leurs actions de sensibilisation voir de négociation avec les jeunes. Chacun à son niveau est donc interpellé.

Yassine SIENOU

Sidwaya

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