Aristide Bancé, joueur des Etalons : “Si j’étais capitaine de l’équipe nationale, le Burkina n’irait pas se préparer au Portugal”

jeudi 31 décembre 2009

Après avoir refusé de rallier l’équipe nationale pour la préparation de la CAN au Portugal, Aristide Bancé, le joueur de Mayence et des Etalons donne ses raisons. Nous l’avons rencontré alors qu’il effectuait un bref passage à Ouagadougou pour rendre visite à sa famille. Dans cette interview, Bancé ne fait aucun cadeau à l’entraîneur Paulo Duarte et n’épargne pas ses partenaires de ses critiques acerbes.

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La trêve est souvent propice pour dresser des mini-bilans. A cette mi-saison, quelles ont été tes performances dans ton club ?

Actuellement, on est classé huitième et pour une équipe qui vient d’accéder à la première division, c’est très en courageant. Notre objectif c’est de s’installer en milieu de tableau. Personnellement, j’ai joué 17 matchs et j’ai inscrit 4 buts.

Depuis le début de la saison, je joue régulièrement et on ne me remplace pas. J’ai un bon entraîneur qui me fait toujours confiance. Cela me motive et me donne le courage de me défoncer.

Donc Bancé a encore une bonne marge de progression devant lui ?

Oui. Même que je n’ai que ça en tête. Il y a deux ans, je ne jouais pas régulièrement et maintenant, je constate que je suis en train de progresser. Et tout cela, c’est grâce au travail. Si j’écoute les consignes de l’entraîneur et je garde le même courage, c’est sûr que ça va payer. Après les entraînements, je reste encore 25-30 mn sur le terrain pour travailler mes faiblesses et consolider mes forces. Je pense un jour devenir un grand joueur.

A Lokeren, Bancé avait marqué plus d’une quinzaine de buts. Après une mauvaise orientation, vous avez connu un trou noir. Aujourd’hui, êtes-vous stable dans votre tête ?

Oui, maintenant je suis tranquille dans la tête. Le championnat que je voulais découvrir, c’était la Bundesliga. Mais ça été dommage, quand j’ai inscrit les quinze buts en Belgique, mon équipe a vu l’argent et non ma carrière, c’est pour cela que je me suis retrouvé en Ukraine au Mettalurg Donetsk. Mais cela n’a pas carburé pour moi.

Dieu merci, je suis revenu en Allemagne et franchement, c’est un championnat qui me va bien. La balle est dans mon camp, c’est à moi de savoir la saisir au bond pour poursuivre sur cette lancée.

Comment expliquez-vous le fait que les Etalons soient en regroupement au Portugal et que vous, vous vous retrouviez à Ouagadougou ?

Cette situation me fait mal car j’aurais aimé être avec mes coéquipiers. Je ne suis pas content de rater cette CAN. Mais c’est à cause de l’entraîneur Paulo Duarte. Entre lui et moi, le courant ne passe pas.

Duarte est Blanc dans la peau, mais Africain dans la tête. J’ai déclaré dans les colonnes d’un journal que j’ai envie de jouer, de montrer de quoi je suis capable et j’ai insisté que l’on établisse une concurrence loyale. L’entraîneur a pris cela en mal et il s’est fâché. Lors du match retour contre le Malawi retour, il a appelé le secrétaire général de la FBF et lui dire d’enlever le nom de Bancé et c’est comme cela qu’il m’a écarté sans raison valable.

Il ne m’a jamais appelé pour discuter. Mais sagement, je l’ai contacté pour causer avec lui et savoir ce qui se passe et il m’a raccroché au nez. Après, je l’ai appelé à maintes reprises et il n’a plus daigné décrocher. Pour moi, il n’a pas besoin de mes services car il ne s’est jamais déplacé pour venir me voir en club, ni même me passer un coup de fil. Mais j’encourage mes camarades à faire une bonne CAN.

Mais pensez-vous que cela est une bonne décision que de refuser de disputer votre première CAN ?

C’est vrai, c’est ma première CAN et je vais la rater mais pour moi, ce n’est pas la dernière que j’aurai à disputer. Avec l’entraîneur, le courant ne passe pas et je n’ai pas envie d’arriver là-bas et l’atmosphère va se détériorer davantage avec le coach et pourrir l’ambiance au sein de la sélection par ma faute.

Franchement je préfère laisser les autres se concentrer et jouer la CAN. Au Burkina Faso, on a de bons joueurs mais on n’a pas de stars. Ça veut dire que même sans Bancé, sans Pierre ou Paul, les Etalons pourront toujours jouer. Mes coéquipiers qui sont là-bas sont des professionnels et ils pourront tirer leur épingle du jeu.

A l’arrivée de Paulo Duarte, vous fréquentiez régulièrement le groupe Etalons. Avez-vous senti une bonne ambiance dans la sélection ?

Au départ, il y avait une bonne ambiance. Mais après, le climat s’est détérioré. Quand le coach a écarté Alassane Ouédraogo, personne n’a réagi. Quand on dit un groupe, ont doit être solidaire et quand on écarte un membre du groupe, les autres doivent tout faire pour comprendre les raisons de sa mise à l’écart. Mais là, rien.

Après c’était Wilfried Sanou, personne n’a bronché. Aujourd’hui c’est moi. Ce sont des petites observations qui me laissent tirer la conclusion que l’ambiance n’est pas au beau fixe.

Quand on m’a écarté, seuls Jonathan Pitroipa et Mamadou Tall m’ont appelé. Sinon à part ces deux, personne ne m’a fait signe. Même les supposés cadres de l’équipe ne m’ont approché ni m’appeler pour me conseiller et chercher à trouver une solution. Au contraire, d’autres ont dit que c’est bien fait pour moi. Je leur souhaite du fond du cœur, de faire une très bonne CAN.

Bancé ne ferme pas définitivement la porte aux Etalons ?

Non. Mais, je préfère prendre du recul et travailler. Un jour je vais revenir en équipe nationale et cette fois, ce ne serait plus pour m’asseoir sur le banc. Je vais montrer au peuple que je mérite de jouer. C’est d’abord à travers ses performances en club qu’un joueur doit jouer.

Si je ne joue pas en club et en équipe nationale, on me met sur le banc, je ne vais pas me plaindre. Mais un joueur qui est régulièrement titulaire dans son club et vient cirer son short sur le banc en équipe nationale, moralement ça le casse. Il y’a un problème au sein des Etalons qu’il va falloir régler au plus vite.

Il y’a des joueurs qui ne jouent pas dans leur club, mais ils ne s’en foutent pas mal car, ils se disent qu’on va les appeler en sélection et ils vont venir être titulaires et profiter voir le pays. En club, ils ne travaillent pas pour progresser personnellement. On doit mener cette concurrence loyale et amener les joueurs burkinabè à se battre pour être titulaires dans leur club.

A vous entendre, c’est le fait de prendre place sur le banc qui fait que vous renoncez à la CAN ?

Non ce n’est pas ça. Je peux être titulaire dans mon club et venir m’asseoir sur le banc et cela ne va rien me dire. Tout cela dépend de l’entraîneur et de son comportement. Duarte n’a jamais parlé avec moi. Normalement, un entraîneur doit beaucoup communiquer avec ses joueurs sur ses systèmes.

Echanger davantage avec eux sans les frustrer. Il peut me dire par exemple, que je vais t’utiliser comme un joker pour les 20 dernières minutes, cela peut encore se comprendre.

Mais Duarte ne parle pas, il “s’en fout” de la communication. Je sais qu’il ne me considère pas. Peut-être qu’il y’a eu des précédents et il ne veut pas m’en parler. Le coach a dit que jamais, il ne m’appellera. C’est peut-être dû à une pression quelconque qu’il a mis mon nom sur la liste.

Qu’est-ce qui peut donc expliquer véritablement ce coup de froid entre vous et le coach ?

Je vais être franc avec vous. J’ai un manager russe. Il m’a dit qu’il y’a quelques équipes anglaises qui s’intéressent à moi et que pour aller en Angleterre, j’ai besoin de jouer à 75% en équipe nationale. Je lui ai dit qu’avec l’équipe nationale, franchement c’est difficile, car l’entraîneur ne m’aligne pas.

Il m’a dit, pas de problème, qu’il essayera de croiser le coach. Après quelques jours, mon manager m’appelle et me dit qu’il a Duarte et ils se sont vus à Paris. Il m’a reproché d’avoir fait l’interview et qu’il c’est pour cela n’est pas content. Mon manager m’a dit de m’excuser et j’ai dit jamais car je n’ai rien fait de mal. Lui et l’entraîneur ont conclu alors un accord. S’il me sélectionnait pour la CAN et me faisait jouer 75% du temps, mon manager allait lui donner quelques chose. C’est un business.

Et quand j’ai vu ça, ça m’a fait mal. Je ne suis pas un joueur dont on doit marchander le classement pour que je joue. Si je mérite de jouer, il va me faire jouer et si je ne mérite pas d’être en sélection, il ne doit pas m’appeler. Le coach ne va pas prendre l’argent de quelqu’un pour me faire jouer. C’est ce que je n’ai pas aimé.

Ton cas allait ressembler un peu au cas “Moussa Ouattara dit Bouffe-tout” qui a failli payer cher pour avoir revendiqué une place de titulaire dans les Etalons aussi ?

Le problème c’est que l’entraîneur ne se déplace pas pour venir voir les joueurs. Normalement, la fédération émet des billets pour permettre au sélectionneur d’aller voir les joueurs. Si j’avais un contact avec le coach et s’il m’appelait de temps en temps pour savoir comment ça va et passer dans mon club une fois pour me voir jouer, si je me retrouve sur le banc en sélection, c’est pas un problème.

Je pourrais me remettre en cause car il est venu me voir jouer et peut-être que ma façon de jouer ne l’a pas convaincu. Ce serait à moi de travailler. Mais il ne s’est jamais déplacé. “Bouffe-tout” était tutilaire indiscutable dans son club. Je le connais bien car on a joué le même championnat en D2. “Bouffe-tout” avait un concurrent direct et à ce moment, s’il s’amusait et venait s’asseoir sur le banc en sélection, il allait perdre sa place en club.

A sa place, j’allais faire pareil. Voilà aujourd’hui, “Bouffe-tout” a perdu sa place en club pour être venu en sélection à plusieurs reprises sans jouer. Celui que le club a mis à sa place a commencé à jouer. Dans le football, il n’y a pas de pardon. Quand tu es en forme, tu joues et quand tu n’es pas en forme, on te met de côté.

Beaucoup de joueurs ont cautionné le fait que Duarte s’engage avec le Mans. Cette occupation a peut-être empêché l’entraîneur de passer voir les joueurs ?

Si franchement il y avait la solidarité et que tout le groupe était en contact l’un avec l’autre, l’entraîneur ne devait pas aller au Mans. Moi, on ne m’a jamais demandé mon avis. Je suis dans mon coin, je joue et on ne me fait pas signe. Le fait qu’il ait signé au Mans a fait que le Burkina ne s’est pas qualifié pour la coupe du monde.

C’est un bon entraîneur mais chaque coach a ses défauts et ses qualités. Au plan tactique du jeu et les entraînements, ça va. Mais Duarte doit avoir un problème dans la tête. C’est un coach qui s’énerve vite et quand il s’énerve, il garde rancune. C’est un entraîneur qui est rancunier. Un coach ne doit pas avoir ce comportement. Un joueur peut te parler mal, t’insulter, te gifler mais tu fais ton boulot.

Ce joueur, si tu as besoin de lui, tu dois l’aligner, surtout si c’est lui qui doit te faire gagner. Il a signé au Mans mais je n’étais pas pour. On a perdu la qualification pour le mondial à cause de cela. Le Burkina a été la seule équipe à avoir gagné le Malawi à domicile. Si on gagnait la Côte d’Ivoire chez nous et que les Ivoiriens nous gagnent chez eux, on partait au mondial.

Maintenant que comptez-vous faire de votre temps libre surtout que vous avez définitivement renoncé à la CAN ?

Je reste concentré dans ma tête pour me consacrer à mon club. Les gens m’attendent là-bas. J’ai appelé mon entraîneur, j’ai discuté avec lui et je lui ai fait part de mon intention de ne pas disputer la CAN. Pour moi, je me concentrerai pour la phase retour. Il reste 17 matchs.

J’ai quelques propositions, je sais que si je continue sur cette lancée, peut-être que je me retrouverai dans une autre équipe plus huppée. On n’a qu’à se dire la vérité, au Burkina on n’a pas de grands professionnels. C’est à nous de nous battre afin que le nom du Burkina Faso sorte. Quand mon équipe était en D2, les journalistes allemands ont dit de notre promotion, que le Burkina Faso qui a fait monter Mayence en D1. Cela a été une fierté pour moi que l’on parle du Burkina Faso.

A contrario, cela me fait mal si je ne vais pas en sélection à cause de cet entraîneur. Il fait des choses qui ne sont pas correctes. Je n’ai jamais eu des problèmes avec un entraîneur ; vous pouvez vous renseigner partout. J’ai toujours respecté mes coachs.

C’est la première fois que j’adopte un comportement pareil. Il y’a d’autres joueurs de l’équipe nationale qui ont ce problème, mais ils ne peuvent pas parler. J’en profite donc pour être leur porte-voix. Cette situation est difficile. Les gens me disent, tu aurais dû aller car c’est le pays. Je comprends mais il doivent essayer de se mettre un peu à ma place.

Si je pars, cela va engendrer des problèmes avec l’entraîneur. Je préfère laisser le groupe se concentrer pour préparer sa CAN. Mais je voudrais ajouter autre chose sur la préparation de la CAN. En tant que joueur, si j’étais capitaine de l’équipe nationale, le Burkina n’allait jamais aller au Portugal pour préparer cette compétition. On fera quoi là-bas alors que la température est défavorable ? Toutes les autres équipes se préparent au chaud, d’autres en Tanzanie, certains au Qatar.

La Côte d’Ivoire est présentement à Abidjan pour un stage de quelques jours avant de rallier la Tanzanie, puis l’Angola. Ce n’est pas le même climat. On va se préparer dans la fraîcheur pour aller jouer dans la chaleur. Cela n’est pas normal. Les gens ne devaient pas accepter qu’on aille au Portugal dans le froid.

Interview réalisée par

Béranger ILBOUDO

Sidwaya

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