Jeudi 29 octobre 2009, dans la commune rurale de Komsilga, à une trentaine de kilomètres au sud de Ouagadougou. La route qui mène à la future centrale électrique de Silmissin, quoique non bitumée, est assez praticable. Des deux côtés de la voie, des tiges de mil en train de sécher au soleil portent encore des épis dont l’apparence en dit long sur la mauvaise qualité de la saison agricole.
Parvenu dans l’enceinte du site qui va abriter le groupe électrogène, le visiteur remarque que, telles des abeilles dans leur ruche, des ouvriers s’activent. La première œuvre qui se dresse à ses yeux, c’est le massif sur lequel sera installé le groupe électrogène. Un imposant bloc de béton de 1,90m enfoncé dans le sol et qui donne une idée du mastodonte de 375 tonnes qui y sera bientôt posé.
Toutes les installations sortent de terre : la salle des commandes, le local de dépotage, les bureaux, les citernes, le bâtiment de traitement des combustibles, la section incendie, l’atelier-magasin. Même le gros-œuvre du futur logement de celui qui sera le chef de la nouvelle installation, Ibrahim Bamogo, est achevé. C’est avec un plaisir légitime, d’ailleurs, que ce dernier a fait le tour en tant que futur locataire des lieux avec les invités du jour. En somme, tout semble être parti pour un accueil, selon les normes du G1 en fabrication en France.
Mercredi 12 novembre 2009, Ville de Saint-Nazaire dans l’Ouest de la France, à 435 km de Paris. Il fait froid. Le thermomètre affiche un peu moins de 10 degrés et un petit vent typique des régions situées en bordure de l’océan dicte sa loi. Les premiers responsables de l’usine MAN Diesel SAS accueillent une délégation venue de Ouagadougou et composée de : Salif L. Kaboré, Directeur général de la SONABEL ; Mohamed P. Sogli, PDG de SOPAM S.A ; Alphonse Kadjo, Directeur général de la BIB (aujourd’hui UBA) ; Gnoumato B. Ouattara, Chef de projet de la centrale de Komsilga ; Arona Diarra, Chef du Département Communication et Relations publiques de la Nationale de l’électricité et des représentants de la société de transit chargée d’acheminer le matériel jusqu’au Burkina.
Vaste domaine que MAN Diesel SAS ! La structure d’accueil, avec ses 570 employés répartis sur deux sites, est active sur les marchés de centrales de base pour la production d’électricité, les groupes de secours de centrales nucléaires et de systèmes de propulsion pour les applications marine, marchande et militaire. Grâce à ses capacités de levage dans ses ateliers, à la proximité des installations portuaires, et aux compétences de ses équipes, le site de Saint-Nazaire est positionné comme un axe majeur dans la production de très grands moteurs Diesels.
Sur le dépliant distribué à l’occasion, l’on lira que MAN Diesel est leader des fournisseurs de gros moteurs Diesel à travers le monde et, parmi les milliers de moteurs vendus, l’entreprise a, à son actif, 14 500 moteurs Diesel qui représentent plus de 42 500 000 kW. Au nombre de ses clients, figurent des sociétés bien connues comme Electricité de France (EDF) qui vient, d’ailleurs, de passer une commande de 50 moteurs.
L’objectif global du projet de construction de la centrale thermique diesel 18 MW de Komsilga est l’augmentation de la capacité de production d’énergie pour pallier le déficit de puissance du Centre régional de consommation de Ouagadougou et sécuriser l’approvisionnement en énergie électrique. Pour sa concrétisation, la Nationale de l’électricité a décidé d’assurer, elle-même, la maîtrise d’ouvrage en lieu et place d’un bureau d’ingénieur-conseil. Le projet comprend trois composantes dont la plus importante est la construction, la fourniture, le montage et la mise en œuvre, clé en main, des infrastructures de la centrale. Le génie civil, la construction et l’installation du moteur sont du ressort de l’entreprise SOPAM S.A. La mise en service de la centrale est prévue pour le mois de mars 2010. Son coût global d’un montant de 18 milliards de FCFA est financé par un emprunt d’Etat de 10 300 000 000 de FCFA et par les fonds propres de la SONABEL à hauteur de 8 533 000 000 de FCFA.
« Nous sommes venus constater de visu l’effectivité de la construction du groupe électrogène. Il nous faut ce groupe avant la prochaine saison chaude. C’est devenu une affaire nationale. Nous avons beaucoup été éprouvés par les critiques et nous continuons d’en recevoir. Des plus sérieuses aux plus farfelues », a annoncé, droit dans les yeux et sans fioriture diplomatique aucune, le Directeur général de la SONABEL, Salif L. Kaboré, au patron de MAN Diesel SAS, Patrick Renaud, et à son chef de projet, Patrick Haussaire. « Il n’est pas dans nos habitudes d’amener des hommes de médias dans nos réunions d’affaires. Cette fois-ci, nous avons fait exception pour que les journalistes qui sont avec nous puissent constater qu’il s’agit bien d’un groupe neuf, car bien des choses ont été dites sur les machines de la SONABEL », a aussitôt ajouté le chef de mission comme pour rassurer ses hôtes.
En effet, il semble que s’il y a une race dont se méfient les industriels, c’est bien celle des reporters. La preuve, dans ce milieu, la prise d’images est souvent taboue. Après ces préalables, c’est vite parti pour des réunions de travail et des visites de terrain pour vérifier l’état d’avancement du groupe en construction.
Toujours est-il que durant tout le séjour, c’est un langage de vérité qu’a tenu le premier responsable de la SONABEL. Le moment le plus attendu ayant été la visite de l’atelier où trônait, majestueux, le châssis sur lequel seront bientôt installées toutes les parties. L’objectif principal est que la machine soit prête au plus tard le 16 décembre 2009. Ce détour dans les ateliers de fabrication a contribué à décrisper bien des visages. En effet, Dieu seul sait combien de fois le ton est monté pendant les différents échanges.
La hantise de tous, surtout du DG de la SONABEL, était le non-respect de l’échéance de mars 2010. Et nul n’a été épargné. Il en va jusqu’au banquier, Alphonse Kadjo, dont la structure (la BIB) finance le projet. Le PDG de SOPAM, un brin taquin, n’a cessé de l’interpeller pour qu’il daigne délier le cordon de la bourse à chaque fois que de besoin afin que le délai soit respecté. Réaction du DG de la BIB, le jour de son départ, qui a aussitôt apprécié l’initiative de la SONABEL, avant de poursuivre.
« Elle nous a permis, à nous autres banquiers qui travaillons à partir de documents, de toucher du doigt certaines réalités et de voir concrètement ce qui est en train d’être fait en termes de qualité et de technicité. Cela nous a permis également de toucher du doigt un certain nombre de contraintes et d’impératifs. Cela nous permettra de faire une programmation beaucoup plus efficiente et qu’à chaque étape, le financement requis soit disponible ».
En attendant, le DG de MAN Diesel SAS ne tarit pas d’éloges sur le modèle commandé par la SONABEL et SOPAM S.A. « MAN est une compagnie majeure dans la fabrication de moteurs Diesel. Le moteur 48-60 est un moteur éprouvé et est déjà présent dans de nombreuses centrales ; Electricité de France (EDF) l’a choisi. Nous avons été très sensibles à vos préoccupations et vous avez notre engagement que nous ferons tout pour que la centrale soit prête dans les délais ».
Issa K. Barry
Salif Kaboré, DG de la SONABEL : « Il y a souvent une intention de nuire »
Pourquoi ce voyage à Saint-Nazaire ?
Nous avons initié cette visite pour vérifier l’état d’avancement de la construction du G1 de Komsilga. Comme vous le savez, l’Etat a permis de faire passer une commande de ce groupe avec la société SOPAM S.A. Malheureusement, ce projet a connu un petit retard. Et, pour nous rassurer cette fois-ci que nous aurons le groupe pour la période chaude de 2010, nous avons tenu à venir sur le site même de fabrication afin de prendre langue avec MAN Diesel SAS. Nous avons aussi tenu à associer la presse afin qu’elle puisse témoigner que le G1 qui sera installé à Komsilga, à l’instar du G8 installé à Kossodo, est un groupe neuf. A la SONABEL, nous avons dépassé la période où l’on achète des groupes d’occasion. En tout état de cause, sous l’ère Salif Kaboré, la société n’a jamais acquis une machine d’occasion.
Quelles sont vos impressions après le séjour effectué à MAN Diesel ?
Vous avez certainement constaté avec moi que notre machine est fabriquée dans de grands ateliers avec un savoir-faire évident. Et je crois que le montage des pièces sera achevé dans les délais et que la machine sera opérationnelle dans les délais.
En termes d’offre, que représentera pour vous la centrale électrique de Komsilga ?
Le déficit en électricité, cette année, était de l’ordre de 12 mégawatts. Le groupe en construction sera de 18. C’est déjà bien. Mieux, avec l’arrivée de la ligne d’interconnexion Ouaga-Bobo à la fin de cette année, nous serons à même de satisfaire amplement la demande en électricité dans la ville de Ouagadougou. Mais je tiens à préciser que, comme tout gros appareil neuf, il pourrait connaître ce que l’on appelle des « erreurs de jeunesse ». A ses débuts, il pourrait y avoir des hauts et des bas avant d’enclencher sa vitesse de croisière. Il en est de même pour la ligne Bobo-Ouaga. De petits problèmes de réglages pourraient survenir au début.
Vous avez été sous les feux de la rampe cette année, particulièrement pendant la période chaude. Quelles sont les leçons que vous tirez de toutes ces interpellations et de certaines accusations ?
Nous sommes une société de service et de par ce fait, nous devons satisfaire la demande des clients. Et lorsqu’un abonné n’est pas satisfait, c’est de son bon droit de se plaindre. Je comprends donc les manifestations d’humeur durant les périodes de délestage. Elles sont légitimes. Seulement, il est dommage de constater qu’il s’agit, le plus souvent, d’attaques personnelles à notre égard. Le grand problème chez nous, c’est la désinformation ambiante.
J’ai même l’impression qu’il y a souvent une intention de nuire. C’est pitoyable lorsque j’entends ou je lis quelque part que le G8 installé à Kossodo est un groupe d’occasion. Il faudra qu’au Burkina, on arrête de parler de ce qu’on ne sait pas. En ce qui me concerne, lorsque je ne maîtrise pas un sujet, j’évite de l’aborder en connaisseur. En le faisant, je donne l’occasion à ceux qui m’écoutent de me traiter de menteur. Mais comme je l’ai dit plus haut, il y a souvent une intention manifeste de nuire et c’est dommage.
I.K.B
Mohammed P. Sogli : « Les gens racontent du n’importe quoi ! »
Vous êtes le premier responsable de SOPAM S.A, la société adjudicataire du marché d’installation de la centrale de Komsilga. Quelles sont vos impressions après le séjour à Saint-Nazaire ?
C’est un grand soulagement pour moi dans la mesure où mon client, la SONABEL, et la banque (BIB) qui a accepté m’accompagner dans ce projet, ont constaté que le montage de la machine commandée se poursuit normalement.
SOPAM S.A a-t-il réellement une certaine expertise dans l’installation de centrales électriques ?
Votre question est pertinente parce que beaucoup ignorent que je suis dans ce secteur depuis 1996. Je suis l’un des rares Africains dans ce domaine en concurrence avec les Européens. Nous nous sommes retrouvés plusieurs fois sur le marché de la compétition. J’ai fourni plusieurs centrales à la SONABEL. Auparavant, pour un sommet de l’OUA qui s’est tenu à Ouagadougou, j’ai fait déplacer par avion spécial des groupes électrogènes pour alimenter les différents sites d’accueil. Nous sommes également connus dans la sous-région, notamment au Bénin, en Mauritanie, au Sénégal ou au Mali. Dans le dernier pays cité, j’y ai installé une centrale électrique, personnelle je tiens à le préciser, de 60 Mégawatts que je mettrai bientôt en fonction.
Et pourtant vous ne semblez pas manquer de de détracteurs …
Eh oui ! C’est le Burkina. Tous les groupes que j’ai vendus au Burkina ont toujours été neufs et fabriqués dans des maisons très respectables. Mais nous entendons du tout. Je trouve dommage d’entendre, par exemple, que la SOPAM aurait vendu des groupes électrogènes de bateau qu’il faut arroser avec de grands seaux d’eau lorsqu’ ils s’échauffent. Je pense qu’il faut aller vers les sociétés concernées avant de livrer une information. Dans notre secteur d’activités, vous avez les compétences ou vous ne les avez pas. Il n’y a pas d’accointances. Soit tu es qualifié ou tu ne l’es pas. Et si les structures continuent de commander chez moi, c’est qu’elles trouvent satisfaction. Sinon je ne serais pas dans ce secteur d’activités pendant une vingtaine d’années. Les détracteurs ont donc intérêt à mieux s’informer avant de parler.
Pour ce qui concerne Komsilga, pourrez-vous respecter l’échéance de mars 2010 ?
Nous allons jouer notre partition pour que ce soit le cas. Mais les gens oublient souvent que c’est un travail très complexe à plusieurs chaînes. Du côté de la France, il y a la construction de la machine et son transport par bateau jusqu’en Côte d’Ivoire, avant qu’un véhicule, hors-gabarit fabriqué pour l’occasion, ne l’amène à Komsilga à petite vitesse. Au Burkina, il y a le génie civil, la construction de cuves, le montage, les essais, etc. C’est donc un travail d’assemblage où il y a beaucoup de sous-traitants. C’est si complexe qu’il n’y a pas beaucoup qui s’investissent dans ce domaine en Afrique. C’est un travail hautement qualifié et hautement professionnel. Mais nous en avons l’habitude. C’est devenu une affaire nationale, et nous ferons tout pour que la centrale soit fonctionnelle en mars 2010.
I.K.B
L’Observateur Paalga











