Fasozine.com : Le prix du sucre a-t-il connu une augmentation ?
Mamady Sanoh : Le prix du sucre granulé blanc importé a connu une hausse vertigineuse depuis 8 mois, sur le marché mondial. Or, à la Sosuco, nous ne produisons pas de sucre blanc. Nous produisons le sucre roux ou le sucre blanc de plantation. Nous avons une deuxième usine que nous appelons l’agglomérie, qui importe du sucre blanc et le transforme en morceaux. C’est une usine qui est importante pour Sosuco qui a deux unités, dont la première produit du sucre en morceau et la seconde, la plus grosse, du sucre granulé. Il faut préciser que notre agglomérie est la plus ancienne des usines parce qu’elle a été installée à Banfora en 1969 avant l’implantation de la grosse usine que tout le monde connaît. Je donne cette précision pour qu’on comprenne très bien que c’est une unité qui fonctionne avec du sucre importé blanc. Et le prix de ce sucre importé est donc fixé sur le marché mondial. Malheureusement, ce prix a sérieusement augmenté. C’est une spéculation mondiale que nous sommes obligés de répercuter sur le prix de vente du sucre, à notre niveau
Le prix du sucre roux que la Sosuco fabrique n’a donc pas connu d’augmentation ?
Je dirai qu’il y a une petite augmentation à ce niveau, même si le sucre au Burkina est le moins cher dans la sous région. Nous avons fait de petits réajustements, mais ce n’est pas important. Vu la hausse du prix du carburant et de certaines matières, nous avons été obligés de réajuster quelque peu nos prix, mais ce qui est important, c’est le prix du sucre blanc importé.
Normalement combien doivent coûter les sucres roux et blanc sur le marché burkinabè ?
Le sucre-morceau blanc est à 585 000 francs CFA la tonne, le roux à 570 000 francs CFA la tonne et le granulé blanc est à 425 000 francs CFA la tonne.
Pensez-vous que ces prix sont à la portée du consommateur burkinabè moyen ?
Absolument, je pourrais dire que juste à côté, en Côte d’Ivoire le morceau blanc est à 600 000 francs CFA la tonne, au Mali c’est presque pareil, au Sénégal c’est à 650 000 francs CFA la tonne.
Il y a la fraude qui menaçait le marché burkinabè du sucre. Ce problème est-il résolu ?
Je pourrais dire que cela s’est considérablement atténué, parce qu’il y a un nouvel instrument, l’observatoire du sucre, qui a été mis en place. Le gouvernement a mis en place cette structure qui est composée du ministère en charge du Commerce, celui en charge des finances, de la Sosuco ainsi que de plusieurs autres structures comme la douane, le comité de lutte contre la fraude, la direction générale des impôts et Cotecna. Tous les membres de ce comité ont fait un excellent travail qui nous permet aujourd’hui de gérer la question du sucre et de contrôler son importation au Burkina. Toute autorisation qui est délivrée par le ministre du Commerce passe d’abord par cette commission qui donne son avis. Grâce à cette gestion rationnelle de la question du sucre, nous commençons à sortir la tête de l’eau. Mais il existe toujours une fraude. Moi-même je me suis rendu à la frontière avec un pays voisin où j’ai vu des entrepôts fictifs où des sacs de sucre sont embarqués par quinzaine dans de petits camions et acheminés vers Ouagadougou. Malgré cette fraude, aujourd’hui, je peux dire que la Sosuco à pour la première fois depuis 10 ans vendu la totalité de sa production au 30 juin.
Si tout va aussi bien à de l’usine à Banfora, qu’est-ce-qui est alors à l’origine des grognes régulières des travailleurs ?
Moi-même je me pose la question. J’ai l’impression que les gens ne sont pas conscients que lorsqu’il y a des difficultés, il faut les exposer sans passion, afin de les résoudre avec objectivité. Mais à chaque fois qu’il y a un problème dans une famille ou dans une entreprise s’il faut écrire partout pour alerter le monde entier, il y a deux conséquences qui en découlent. Premièrement cela fait peur aux bailleurs, aux banquiers, aux intervenants et à tous les partenaires. Deuxièmement, cela décrédibilise totalement ceux qui passent leur temps à crier. Donc qui est le perdant ? Parce que si les travailleurs d’une entreprise ne sont plus crédibles, c’est l’entreprise qui est perdante. Si les partenaires financiers ne font plus confiance à une entreprise, c’est celle-ci qui est encore perdante. Je pense que les travailleurs de Sosuco doivent prendre vraiment conscience de cet état des choses. Quand j’ai lu une fois un article paru dans un journal, j’étais stupéfait. Tout d’abord, sur les trois signataires, il n’y a plus qu’un qui travaille à Sosuco. Ensuite, quand j’analyse ce qui est écrit, je ne vois vraiment pas de problème qui puisse empêcher les gens de discuter en interne, au lieu d’aller mettre leurs problèmes sur la place publique. Quelque part cela me révolte.
Peut-être qu’ils sont lassés de discuter en interne…
A mon avis en tout cas, je ne pense pas qu’il y ait eu une situation en interne à laquelle on n’a pas pu trouver une solution. S’ils sont fatigués de chercher une solution en interne, il y a des structures qui existent pour ces genres de situation. Il y a l’inspection du travail, il y a la justice. Et je ne comprends pas qu’à chaque instant, les plaignants apostrophent Son Excellence le Président du Faso ou Monsieur le Premier ministre, qui sont loin d’être nos petits copains. Nous devons à ces autorités un respect total. Et paradoxalement, Sosuco ne s’est jamais mieux portée qu’aujourd’hui. On a connu des situations difficiles où les travailleurs eux-mêmes sont descendus dans la rue pour marcher, parce qu’on n’arrivait pas à vendre le sucre. Aujourd’hui on arrive à vendre notre sucre, alors, s’il y a quelques petits problèmes en interne, je pense que nous pouvons nous asseoir autour de la même table pour les résoudre. Mais pourquoi des gens qui sont censés défendre leurs travailleurs sont ceux là mêmes qui vont tirer sur d’autres travailleurs ? Mais moi je sais ce qu’il y a dans cette histoire là.
Qu’est ce qu’il y a dans cette histoire ?
Il n’y a pas plus de deux ou trois personnes qui ont des problèmes personnels à régler et qui chaque fois écrivent et font signer le papier par deux ou trois personnes, moyennant certainement des rétributions. Sinon je ne comprends pas.
Donc il n’y a pas de problèmes à la SN-Sosuco.
Non, je ne dirai pas qu’il n’y a pas de problèmes. SN-Sosuco est la plus grosse concentration humaine sur le même site aujourd’hui au Burkina, en termes de travailleurs ou d’ouvriers. Donc il y a certainement des problèmes qu’il faut poser et résoudre. Moi j’ai été premier responsable de Sosuco pendant 6 ans. Pendant 6 ans je n’ai pas arrêté de discuter avec les travailleurs. Pendant 6 ans je n’ai pas arrêté de résoudre leurs problèmes. Aujourd’hui j’ai encore la supervision de Sosuco en tant que directeur national de IPS au Burkina. Je continuerai à gérer leurs problèmes, à être au chevet de leurs difficultés et revendications, mais je ne peux pas gérer des gens qui à chaque instant nous vilipendent dans la rue. Une fois, j’ai été très choqué.
On avait un acte de gestion à poser. Quand j’ai regardé cet acte de gestion, cela nous amenait à sortir près de 60 millions de francs CFA pour une publicité. Dans le même temps, j’avais du mal à boucler les salaires de Sosuco. J’ai alors dit à l’époque que je n’avais pas 60 millions à mettre dans des affiches et que je cherchais plutôt 60 millions pour pouvoir payer mes travailleurs. Entre parenthèses, Sosuco n’a jamais, au plus grand jamais, eu un problème de retard de salaires. Quelle que soit la situation, nous avons toujours payé les salaires. Les banques nous ont toujours accompagnés et nous avons toujours eu une solution avec les actionnaires. Avec les difficultés, j’avais donc refusé de passer ce fameux marché de publicité. Trois ou quatre jours après, j’ai lu dans la presse ici au Burkina que j’ai refusé de passer un marché et qu’ils (les travailleurs) sont déçus de moi. C’est ce jour que j’ai compris que n’importe quel individu qui a des intérêts peut faire écrire n’importe quoi, de faire signer n’importe quoi par des soi-disant travailleurs de la Sosuco. Mais en réalité, ils sont trois ou quatre personnes à jouer à ce jeu là.
Pourtant vous avez refusé de passer ce marché dans l’intérêt des travailleurs ?
Absolument ! C’est pour cela que j’ai dit que le syndicalisme ne doit pas servir à faire du terrorisme. Le syndicalisme doit servir à construire, à défendre des intérêts matériels et moraux, à défendre son entreprise qui est son bien, sa vie. Le syndicalisme ne doit pas servir à aller défendre un individu qui avait passé un marché illégalement à l’époque, passation de marché que j’ai pu arrêter parce que moi seul connaissais la situation de l’entreprise et ma trésorerie. Depuis ce jour là, je fais attention à ces appels et à ces écrits.
Ces appels et ces écrits ne risquent-ils pas de porter préjudice un jour à l’existence même de SN-Sosuco ?
Je pense que les gens doivent prendre conscience de la situation et savoir qu’à trop tirer sur la corde, un jour, ils feront tomber leur propre entreprise. Hors, je sais que ce n’est pas leur intention et ce n’est pas non plus dans leur intérêt. Il faut qu’ils arrêtent de se laisser manipuler par deux ou trois individus. Ce qui se passe à la Sosuco, ce n’est qu’une question de manipulation parce qu’il y a des gens qui ont des problèmes personnels qu’ils veulent régler. Ce n’est pas au niveau des syndicats seulement que cela se passe, c’est au niveau même des coutumiers, au niveau même de nos familles. Ces gens là, à chaque fois qu’ils ont un problème inventent des histoires, courent auprès des coutumiers, des politiques, des personnes influentes de la famille. Cela les décrédibilise, mais peut-être qu’ils ne s’en rendent pas compte. Et si ces deux ou trois personnes qui sont à l’origine de ces montages de désordre au niveau de Sosuco n’arrêtent pas leurs machinations, un beau jour, je rendrai leurs sales dossiers publics.
La privatisation n’est donc pas en panne au niveau de la Sn-Sosuco ?
Un Européen m’a demandé un jour, comment cela se fait que nous continuons à injecter de l’argent dans le fonctionnement de la Sn-Sosuco. Je lui ai répondu que nous avons signé des accords avec la Sosuco avant la privatisation et que nous allons respecter nos engagements, tant que nous serons vivants. Pour moi, le gros problème de la Sosuco se situe au niveau commercial. Les gens oublient que nous avons été victimes d’un vol de 5 milliards de francs CFA, en 2002. Des commerçants que nous voyons tous les jours, nous ont volé 5 milliards de francs CFA. Nous avons été victimes de vol parce qu’à un moment donné, les frontières avaient été ouvertes, et le sucre est rentré en masse sur le territoire national. Et comme nous n’arrivions pas à écouler nos stocks de sucre à la Sosuco, nous en avons vendu à crédit à des commerçants.
Ce sucre que nous avons vendu était d’une valeur de 5 400 000 000 de francs CFA. Sur cette somme, il nous fallait reverser 20% de TVA à l’Etat, ce que la Sosuco avait été obligée de payer. Donc c’est nous qui n’avons pas récupéré notre argent et c’est nous avons payé la TVA à l’Etat. Comble de malheur pour la Sosuco, tous ces gens à qui nous avions vendu le sucre à crédit, se sont mis en redressement judiciaire. Or, certains nous doivent 900 millions de francs CFA, d’autres 600 000 000 f, etc. Ils sont tous là, sans que la Sosuco puisse récupérer son dû. Je pense que c’est ce qui a été le premier gros problème de Sosuco. Les propriétaires de Sosuco sont donc dans la peau d’investisseurs qui ont mis leur argent dans une entreprise et se sont rendu brutalement compte qu’ ils ont été pillés. Il fallait donc recapitaliser, ce qu’ont fait l’Etat du Burkina, l’Etat de Côte d’Ivoire, la famille Barro Djanguinaba et le groupe IPS. On a entièrement reconstitué le capital de Sosuco. Ainsi peuvent se résumer les malheurs de Sosuco qui progressivement est redevenue une société jouissant d’une bonne santé.
Propos recueillis par Morin YAMONGBE et retranscrits par Kpenahi TRAORE
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