Musique : Yeleen et les millions de François Compaoré

samedi 20 juin 2009

GIF - 44.8 ko
Mawndoé et Smarty, le duo du groupe Yeleen a failli se disloquer

Une frange des mordus du Hip Hop se demande aujourd’hui si le groupe Yeleen se situe toujours dans la mouvance de l’engagement. Le bruit qui a couru sur la bagatelle de 10 millions qu’ils auraient reçus de François Compaoré déteint sur leur image. Yeleen rejette en bloc cette accusation et s’explique sur leur participation au concert des 20 ans de la " renaissance démocratique avec Blaise Compaoré ". Ils reviennent également sur les relations avec leur ancien manager et leur non participation à l’œuvre hommage à Norbert Zongo.

RÈagissez ‡ cet article Réagissez

Peu avant la sortie de l’album l’œil de Dieu, le milieu musical burkinabè bruissait d’une rumeur selon laquelle le groupe de Rap Yeleen aurait reçu 10 millions de François Compaoré, petit frère du Président du Faso. L’heureux bénéficiaire, un des membres du groupe et parent bien aimé de M. François, Louis Salif Kiékiéta alias Smarty, puisqu’il s’agit de lui, aurait empoché les 10 "briques", et n’aurait pas voulu dans un premier temps les partager avec les autres. Ainsi serait née une crise entre lui et son ami Célestin Mawndoé, l’autre tête pensante du groupe. Un proche ami aux deux musiciens s’était interposé pour jouer les bons offices. Il proposa une clé de répartition du magot pour faire taire les bisbilles.

L’ami médiateur propose à Smarty de faire le partage suivant : il garde la moitié pour lui et l’autre moitié serait partagée entre Mawndoé et le groupe des musiciens qui les accompagnent lors de leurs prestations. Ce groupe s’appelle " Kalyenga ". Mais il va plus loin en recommandant qu’on donne aussi à la presse en guise de "gombo" et lui-même devrait recevoir quelque chose. Après ce partage, le groupe devrait convoquer une conférence de presse pour annoncer qu’un généreux donateur est venu à la rescousse du groupe Yeleen sans donner son nom. Smarty aurait cédé à une partie de la proposition, à savoir donner un peu à Mawndoé. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’un meilleur climat s’est rétabli entre les deux. Mais le reste des partenaires du groupe a été mis hors du jeu.

La destabilisation du maire

Personne d’autre ne fut convié au partage des 10 millions. Le don de 10 millions ne serait pas désintéressé. Le premier fruit selon certains du monde du show-biz a été M. le maire, un titre figurant dans le dernier opus. Ceux qui tiennent cette assertion voient la main de François Compaoré dans cette entreprise de sape de l’œuvre de Simon Compaoré. Ces derniers croient que François travaillerait à la déstabilisation du bourgmestre de Ouagadougou dont le temps est arrivé de rendre le tablier.

Le " petit président " aurait son homme qu’il veut placer à la tête de la commune et comme on serait en train de redéfinir les cartes au plan politique, l’édile de Ouaga et certains devraient être contraints de jouer les seconds rôles, soutiennent-ils. Smarty nie en bloc cette allégation et dit s’inspirer de son collègue rappeur du Mali Joe Dama du groupe Tata Pound. Il dit s’être offusqué d’un article dans L’Evénement qui reproche à son groupe d’avoir été financé lors de leur tournée en 2007 par François Compaoré. Le grand parolier dissimule difficilement sa colère quand il évoque les accusations qui sont faites contre le groupe. Yeleen soutient avoir créé la chanson pour susciter un débat. Mais quand on les étiquette de travailler pour quelqu’un, ils disent ne plus rien comprendre. Pour Smarty et Mawndoé, s’ils avaient le soutien d’un homme politique, ils n’auraient pas eu maille à partir avec certains médias d’Etats pour la diffusion de leurs oeuvres.

Le choix de Yeleen serait simplement musical, clament-ils. Il n’y a pas que ce seul problème qui constitue le boulet au pied de ce jeune groupe de Rap. Sitôt après avoir bouclé leur album et avoir eu raison d’un de leur partenaire lors d’un procès en France qui, semble-t-il, les a grugés, ils se sont séparés de leur manager. Du côté du manager, de même que du côté de Yeleen, rien n’a filtré sur les raisons de leur séparation. Yeleen est à son 4è manager. On établit facilement la corrélation entre la fréquence des albums et le changement des managers dans ce groupe. Walib, l’ancien manager s’est fait moins prolixe sur son éviction, en se contentant de rappeler les projets qu’il a réalisés avec le groupe. Des deux côtés, jusqu’à maintenant, on a évité de se lancer des piques. Comme s’il reprochait à Yeleen de jouer à l’ingrat, Walib a énuméré un certain nombre de projets qu’il a réalisés pour eux.

Il leur aurait trouvé des contrats de prestations dans les festivals en Afrique et ailleurs dans le monde tout en se penchant sur l’historique de sa relation avec Yeleen. C’est en 2002, lors d’une opération dénommée Bercy, qui a été un franc succès à l’Université de Ouagadougou que les deux partenaires ont noué le contact. Après le spectacle, Mawndoé se serait approché de lui pour s’occuper des questions managériales du groupe. Il dit avoir décliné en se contentant du rôle de chargé de communication. Il a joué ce rôle jusqu’en 2004. Ce n’est qu’après cette date qu’il a commencé à assumer son rôle véritable de manager. L’opération du Stade municipal a été le pari qu’il s’est lancé et bien d’autres projets en sont des illustrations.

Walib à la tête de Ouaga Jam

En 2006, ils mettent en place une association du nom de Ouaga Jam. Walib en est l’administrateur et le président. Le groupe s’essaye dans la production. Mawndoé en collaboration avec Walib produit Sissao et K-joba. Smarty, quant à lui, produit Slam. Il se défend de s’être séparé de Walib.

Les deux anciens collaborateurs ont refusé de parler de la rupture de leur contrat. Mais c’est comme si le sort s’acharnait sur les deux compères. Les "Kalyenga", leur orchestre, les ont abandonnés pendant le tour qu’ils ont organisé après la sortie de l’œil de Dieu. Ils avaient 3 concerts à Ouaga, 1 à Bobo et 1 à Koudougou, mais Yeleen a terminé la partie en play back. Sur ce point également, ils sont restés dubitatifs. Ils ont avancé des incidents de parcours qui seraient rentrés dans l’ordre. Quant à la rupture entre Yeleen et Smocky, elle est consommée. Smocky dit ne plus pouvoir travailler avec ce groupe, quelle que soit ce qu’ils auront proposé. Pour le promoteur du studio Abazon, à chaque sortie d’album, il a eu des problèmes avec Yeleen, mais a toujours pu ronger ses freins, mais cette fois-ci, c’est arrivé à son terme, selon Smocky. Le deuxième point de divergence entre Smarty et Smocky, c’est la lettre orageuse qu’il a envoyée à Dakar au siège des Artistes unis pour le rap Africain (AURA) traitant Smocky de tous les noms. Les deux ont été interpellés par ce regroupement et il y a eu conciliation, mais Smocky dit ne plus pouvoir travailler avec le label Yeleen.

La bagarre entre le groupe et Smocky a été un prétexte pour Yeleen de ne pas participer à la réalisation de l’album "Norbert Zongo, dossier classé ? ", l’opus qui rend hommage à Norbert Zongo. Mais beaucoup pensent que leur proximité avec François y est pour quelque chose. Abdoulaye Diallo Ménès, l’initiateur du projet, dit être rentré en contact avec Mawndoé pour le travail et il lui a dit que le groupe ne peut pas travailler avec Smocky. Le promoteur du studio Abazon a indiqué que le jour qu’ils voudront travailler, il leur cédera le studio si c’est vraiment sa présence qui les gène. Ménès indique avoir fait le point à Mawndoé, mais on ne l’a plus relancé jusqu’à ce que l’album sorte. Mawndoé se défend. Il soutient qu’il a proposé d’aller enregistrer ailleurs parce qu’il ne se sentait pas à l’aise au studio Abazon. Mais sa proposition n’a pas été suivie jusqu’à ce que le groupe prenne son avion pour Paris.

La participation au concert de la renaissance

Certains mélomanes reprochent également à Smarty et à Mawndoé d’avoir joué lors des festivités des 20 ans de renaissance avec Blaise Compaoré au stade du 4 Août alors qu’à la veille de cette prestation, au festival Hip Hop à Ouaga, les deux ont vilipendé le régime en place. Smarty répond que leur présence au stade est une question de stratégie : "Le mouvement qui avait la charge de l’organisation du 20è anniversaire de la disparition du Président Thomas Sankara ne nous a pas invité à prester.

Si cette démarche avait été faite et nous déclinons, on pouvait nous faire des reproches. Pour des questions d’éthique, le groupe yeleen a décidé de ne jamais jouer un 15 Octobre parce que pour nous, c’est une date cruciale. Se produire un 15 Octobre, c’est comme si on insultait la mémoire de Thomas Sankara. Pour ce qui concerne notre prestation au 20è anniversaire, tout le monde sait la force que représente un parti au pouvoir et ce que le groupe comme Yeleen a comme force et par rapport au pouvoir, vous n’imaginez pas le retour du bâton qui peut advenir si nous refusions de prester. Le fait d’être au stade n’était pas une soumission mais une stratégie. Je pense que ce n’est pas une adhésion au discours des organisateurs. Ce n’est pas aussi une contradiction.

On a chanté les chansons figurant dans l’album Dar-es-Salam. On n’est pas allé glorifier qui que ce soit. On n’est pas allé dire à Blaise Compaoré : tu as fait 20 ans au pouvoir, on est heureux que tu ais fait 20 ans au perchoir. ", souligne-t-il. Smarty et Mawndoé disent s’inspirer de Thomas Sankara et de Norbert Zongo. Pour Smarty, quand Thomas Sankara dit : " honte à celui qui ne fait pas mieux que son père ", la méditation de cette phrase lui fait redoubler d’ardeur parce qu’il sait d’où il est issu. Il dit que son père est très pauvre et sa maman est dans les champs d’anacardiers en Côte d’ivoire et chaque jour qui se lève, il se bat pour sortir ces deux êtres chers de la pauvreté. Pour ce qui est des différentes critiques qui sont proférées contre eux, ils mettent ça sur les comptes des jaloux qui vont finir par se fatiguer de propager les ragots.

Par Merneptah Noufou Zougmoré

L’Evénement

Imprimer l'article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter


LeFaso.net
A propos..
Flux  RSS 2.0
Plan du site
Nous contacter
Condition d'utilisation
Responsabilité
Cookies et cache
Version mobile
Publicité
Partenariat

LeFaso.net © 2003-2014 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés