Ouaga, Bobo, Koudougou : "Ces marabouts de la honte"

jeudi 8 juillet 2004

Certains marabouts inquiètent de plus en plus les citoyens. Ces "marchands d’illusion prétendent détenir la clé de l’inaccessible et président l’avenir". Souvent, ils posent des actes extrêmement graves. L’Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina (AEEMB) a donc décidé de tirer la sonnette d’alarme. "Le comportement de ces gens-là ne doit pas être mis sur le dos de l’Islam", dit-elle en substance dans cette déclaration.

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"La presse nationale a rapporté ces derniers mois, de nombreux crimes dans lesquels étaient impliqués des musulmans ; et pas des moindres : les marabouts ! On se souvient du dieu de Gounghin, qui en septembre 2000, prétendait vendre l’immortalité à 10 000 F CFA. Toute la capitale a aussi retenu son souffle à l’annonce de la mort de Moalim Kaboré (connu pour ses nombreuses prêches sur la radio Savane FM), au cours de sa détention alors que pesait sur lui l’accusation d’une tentative d’escroquerie.

On se souvient enfin, ces dernières semaines, de l’arrestation de marabouts impliqués dans les assassinats de jeunes filles dans la ville de Ouagadougou. La liste macabre est longue, et on arrivera jamais à citer tous ces faits qui ne sont pas à l’honneur des musulmans du Burkina Faso.

Les musulmans sincères ont été meurtris dans leur chair par la succession de ces événements. Ils ont été interpellés dans leurs convictions intimes parce qu’ils prêchent et défendent une religion qui considère le mensonge, les arnaques et l’escroquerie comme des maladies du cœur ; et l’honnêteté comme le baromètre de la foi. Ils se sont certainement demandés comment l’islam qui condamne fermement ces vices peut avoir ces adeptes impliqués dans de tels faits ? Il faut, et c’est le devoir de tout musulman épris de vérité, de lever le voile sur une activité qui déshonore l’islam et les musulmans.

Qu’est qu’un marabout ?

A l’origine, le terme marabout (étymologiquement murâbit) désignait un homme vertueux commis aux tâches d’enseignant. Sa vocation était donc d’instruire et d’éduquer. Il servait aussi de maître et de guide spirituel à ses élèves. Le marabout, homme vertueux, priait abondamment et faisait de nombreuses invocations pour les fidèles qui le sollicitaient, sans attendre en contrepartie de l’argent, encore moins un morceau de tissu, des poulets, des cauris ou autres. Il le faisait simplement en conformité avec la tradition du prophète Muhammad (SAW) qui faisait des prières pour ses compagnons qui étaient dans le besoin. Ces invocations étaient faites, en toute humilité, au nom de Dieu, seul capable de réaliser les vœux.

De nos jours, l’évocation du terme marabout suscite pour certains de la frayeur et du dégoût. Pour d’autres, c’est un signe d’espoir et d’espérance. Les marabouts sont désormais ces marchands d’illusions qui prétendent détenir la clé de l’inconnaissable et qui prédisent l’avenir. Ils prétendent venir en aide à toute personne en quête de bonheur. Le marabout est celui qui croit pouvoir transformer les difficultés en facilités et qui croit maîtriser des vertus cachés du Coran pour faire face aux sollicitations des étudiants, des femmes, des chômeurs, des politiciens, des commerçants…

Deux catégories de marabouts se partagent le marché de l’arnaque. Il y a d’abord ceux qui ne détiennent aucun savoir ni aucun secret mystique. Ce sont des véreux qui relatent des faits à leurs victimes tout en restant le plus vague possible. Dans ces cas, un bouc émissaire est très vite désigné. C’est soit le voisin, soit le conjoint ou la conjointe, soit la coépouse ou le fils… Bref, le coupable idéal car on trouve toujours dans son entourage un homme mince ou une femme claire.

Ensuite, il y a ceux qui ont eu le contact avec les démons (djinns mécréants). Ils sont plus ou moins précis dans leurs prédications ; ce qui présente une réelle tentation pour aussi bien, les musulmans que les non musulmans. En effet, lorsqu’un contrat est établi entre un marabout et des démons, ceux-ci peuvent souvent l’informer de certains évènements à venir. Ces diables aiment tout ce que d’ailleurs les gens considèrent comme impurs ( sang humain ou d’animaux, eaux de toilette de sexe, cheveux, urines…).

Pourquoi le maraboutage ?

Plusieurs événements peuvent expliquer la montée en puissance du maraboutage dans nos sociétés : Premièrement, bien que l’homme soit la plus parfaite des créatures, il présent aussi des signes de faiblesse et de négligence dans ses agissements. Et cela le conduit à la recherche des voies faciles pour obtenir ce qu’il désire. Le chemin du marabout est vite trouvé, lui qui promet beaucoup de choses avec peu d’efforts. Deuxièmement, de nombreuses personnes ont laissé leur nature cupide et jalouse prendre le dessus sur les valeurs humaines. Ils veulent donc à tout prix être comme les autres sans passer en plus par un chemin licite. Troisièmement, le monde contemporain est caractérisé par une course effrénée vers les biens matériels. Les vices sont désormais élevés en vertus et les vertus réduits en vices.

L’argent est la référence et la mesure de toute chose, de sorte que tout le monde est à la recherche de cette baguette magique qui accomplit même les désirs les plus démesurés. Enfin, le système de formation islamique au Burkina Faso laisse à eux mêmes des théologiens souvent formés dans de grandes universités islamiques. La science religieuse ne nourrit pas son homme serait-on tenté de dire. Ces laissés-pour-compte trouvent dans le maraboutage une voie rapide pour se faire une place au soleil. De toute façon, se disent-ils, il faut bien trouver un moyen de subsistance même si ce sera en opposition aux principes islamiques.

L’islam condamne ces actes car Dieu connaissant les relations qui pourraient exister entre l’homme et les diables, nous averti dans le saint Coran en ces termes : « O fils d’Adam ! Que le diable ne vous tente point, comme il a fait sortir du paradis vos père et mère, leur arrachant leur vêtement pour leur rendre visible leur nudités. Il vous voit, lui et ses suppôts, d’où vous ne les voyez pas. Nous avons désigné les diables pour alliés à ceux qui ne croient point. » C71V27. Un acte répréhensible d’un musulman, aussi instruit soit-il, ne remet pas en cause la justesse de sa religion qui reste quoiqu’il arrive, une voie qui recommande le bien et proscrit le mal sous toutes ces formes. Les marabouts sont dans leur grande majorité des gens très peu nantis. Ils consultent et prédisent moyennant de l’argent.

S’ils sont aussi puissants qu’ils le prétendent pourquoi n’améliorent-ils pas d’abord leur situation matérielle. Il faut y réfléchir à l’aide de ces paroles divines : « Ceux qui se détournent de notre chemin, nous les égareront par des voies qu’ils ignorent. » ; « Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’enfer. Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les insouciants » C7V179

Que faire ?

Le retour inconditionnel vers Dieu et au respect scrupuleux des principes moraux de nos religions, demeure la seule solution pour faire barrage à ce phénomène qui prend de plus en plus de la place dans le cœur de nombreuses personnes. Quant à l’islam, de par sa doctrine et ses rites, il est destiné à guider l’homme, à lui rappeler sa vraie nature et le but réel de sa présence sur terre, et à lui donner toutes les chances de réussir son parcours. Il ne suffit pas de se prévaloir du titre de musulman ou de se considérer comme tel, pour l’être véritablement et le demeurer définitivement. L’islam est une quête, une qualité qui se mérite, et se perd à défaut d’entretien. Il faut mériter son statut de musulman et jouer pleinement le rôle y afférant.

Il faut éviter de tomber dans les pièges de Satan, par la recherche des voies faciles car il a fait le serment suivant : « Je ne manquerai de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs. » C16V99 La clef de la réussite demeure le travail d’abord et la prière ensuite ; laquelle prière doit être adressée exclusivement à Dieu. Bien qu’il ne soit pas interdit de demander à une tierce personne de faire des invocations, chacun de nous peut atteindre le niveau spirituel des gens dont les prières sont agréés. Il faut pour cela toute une éducation spirituelle.

L’ultime solution consiste à se débarrasser de la jalousie, de l’hypocrisie, du mensonge, de la cupidité… et de persévérer dans l’accomplissement des bonnes actions. D’où la nécessité d’une éducation morale et religieuse pour les enfants. En définitive, il faut que chacun retienne que le comportement de ces marchands d’illusions ne doit être mis sur le dos de l’islam. Pour paraphraser Muhammad M. Al-Hudeibi, il faut apprendre à juger les gens à l’icône de l’islam et non juger l’islam à l’icône du comportement de ses adeptes".

Le comité de presse de l’Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina (aeemb_ce@hotmail.com)

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