Nouveau gouvernement togolais du Togo : Exit Kpatcha, Faure devient vraiment fort

lundi 17 décembre 2007

21 membres contre 34 pour le précédent gouvernement, tel est le nombre de ministres du nouveau premier ministre togolais, Komlan Mally. Une équipe resserrée donc, pour affronter les grands chantiers de ce pays, dont les horloges du développement retardent depuis plusieurs décennies.

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Un gouvernement dans lequel, excepté le patron de la Convergence démocratique des peuples africains (CDPA), l’opposant Léopold Gniminvi, tous les titulaires de portefeuilles sont de la chapelle du Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti présidentiel. <> écrivons-nous dans le "Commentons l’événement" du 5 décembre 2007. C’est devenu presque une antienne pour ce parti d’opposition historique : l’entrée dans un gouvernement quelconque est subordonnée à des préalables, jugés souvent intenables par le camp d’en face.

On se rappelle, en effet, qu’après l’élection polémiquée de Faure Gnassingbé en avril 2005, ce dernier et le président de l’UFC, Gilchrist Olympio, s’étaient d’abord rencontrés au Nigeria, sous les auspices du président Olesegun Obasanjo, puis à Paris, quelques mois après et ensuite à Rome à la congrégation Sant’Egidio. Au cœur de toutes ces entrevues, les questions relatives aux réformes politiques et institutionnelles, mais aussi la participation ou non de l’UFC au gouvernement de transition, puisqu’il y avait à l’horizon les législatives qui se sont déroulées, comme on le sait, le 14 octobre 2007. In fine, l’UFC a été aux abonnés absents dans ce gouvernement, qui a été dirigé par Me Yawo Agboyibo.

Le fils du premier président togolais avait alors justifié cette position en arguant qu’il n’était pas question d’entrer dans un gouvernement pareil, où l’on est nommé et révoqué du jour au lendemain par Faure. Le camp du RPT avait une autre explication à cette absence : l’UFC a voulu de la primature ou à défaut des gros ministères ; requête impossible à satisfaire selon le parti majoritaire. Du reste, Gilchrist Olympio a laissé entendre que sur ce sujet, "Faure n’a pas tenu parole" (cf. son interview du 20 novembre dans L’Observateur paalga).

Avec la présente équipe, la politique d’ouverture tant prônée par Faure Gnassingbé ne prend-elle pas une estocade ? Car à y regarder de près, la porte de cette ouverture n’est même pas entrebaillée mais totalement fermée. Nulle part, il n’y a un élément de l’UFC ni du CAR. Finalement donc, le "RPT est à la hauteur de ses péchés", (1) car après le M’XOE EKPAPA (2) à l’Assemblée nationale, voilà qu’il règne en maître dans le gouvernement. Mais le camp présidentiel avait-il le choix, face à ses opposants qui voulaient tout ou rien ? En tout cas, selon les partisans de Faure, les revendications de l’UFC demeurent toujours maximalistes, alors que politiquement, ce parti est minoritaire.

Une position de l’UFC que l’on comprend, car après tout, aux législatives d’octobre passé, cette formation a prouvé que sur le terrain, elle était bien implantée, en engrangeant 27 postes de députés, qui auraient dû être plus, n’eût été le "découpage démentiel de la carte électorale", pour reprendre les propos de "Gil". Mais la politique n’est-elle pas aussi l’art du compromis, et celle de la chaise vide n’a-t-elle pas montré, partout où elle a été pratiquée, qu’elle est inopérante ? Gilchrist n’avouait-il pas lui-même qu’en participant aux récentes législatives, l’UFC avait rompu avec cette politique ?

Pourquoi renouer alors avec, en boycottant ce gouvernement de Kamlan Mally ? Sans doute ce parti, et le CAR, qui s’est aligné sur la même position, a-t-il ses raisons. Un boycott qui ouvre un véritable boulevard au chef de l’Etat, Faure Gnassingbé, lequel a les coudées franches pour appliquer sa vision. Sur les 21 ministres, en effet 12 sont maintenus, donc plus de la moitié rempilent dans cette formation, qui doit être celle du combat.

Ces appelés ou maintenus comme il fallait s’y attendre sont les compagnons et amis du jeune président tels Gilbert Bawara (coopération et développement), Adji Ayassor, dont certains disaient qu’il perdrait sa place au profit de Mme Ingrid Awadé, directrice des Impôts très compétente et qui fait un travail remarquable. On ne saurait également passer sous silence la nomination de ce fidèle parmi les fidèles de Faure, le truculent Pascal Bodjona, qui hérite du portefeuille de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, et de porte-parole du gouvernement. Un poste sensible, s’il en est, quand on sait qu’il aura la charge de revoir le découpage électoral, qui fut l’objet de toutes les guéguerres lors des législatives.

Mieux, en tant que porte-parole, il aura la lourde tâche de dire aux Togolais et à l’opinion internationale ce que fait le régime de son ami de président. Des défis qui n’effraient pas l’intéressé, vu qu’il a déjà testé ce rôle in concreto, en tant que directeur de cabinet de Faure, à qui il arrivait de temps en temps de jouer ce rôle. On n’a pas été activiste sur le campus et ambassadeur aux USA pour rien.

La mise à l’écart de Kpatcha Gnassingbé, frère du président, pose évidemment la problématique d’un régime trop présidentialiste : car, à l’hémicycle, c’est le parti de Faure qui est majoritaire, idem au gouvernement, outre qu’il concentre désormais entre ses mains le ministère de la Défense, que détenait justement Kpatcha.

Dans un pays où la grande muette a toujours été au premier plan de la vie politique (3), ce recentrage n’est pas anodin, surtout que ces derniers mois ont été riches en rumeurs sur des velléités de putsch du frère, démenties depuis par ce dernier. Ayant désormais la haute main sur l’armée, dont certains caciques lui reprochent ses nombreuses concessions à l’opposition, Faure a toutes les cartes en main pour diriger le Togo. Faure est vraiment fort comme dirait l’homme de la rue. Mais il ne devra pas oublier d’où il vient, ce qu’attendent les Togolais de lui, et surtout que le "plus fort ne le reste jamais ad vitam aeternam".

La rédaction

Notes : 1) Lire Commentons l’événement du 5 décembre 2007

2) M’XOE EKPAPA : prendre tout en langue mina, parlée dans le sud

3) L’armée togolaise est à majorité kabbyè, l’ethnie des Gnassingbè, la plupart, de ses éléments ayant été enrôlés par le défunt président, Eyadéma

L’Observateur Paalga

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