Le Libéria interdit à ses étudiantes de porter des extensions de cheveux et des tenues provocantes

samedi 25 août 2007

Désireux de revenir à la normalité après des années de guerre, le Liberia prend des mesures inattendues, comme par exemple celle, annoncée vendredi, qui concerne... les coiffures des jeunes filles. Les autorités éducatives ont en effet décrété l’interdiction pour les étudiantes de porter des tresses ou des extensions de cheveux dans tout le pays.

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"Les choses ont vite fait d’échapper à tout contrôle et nous devons réagir maintenant", a déclaré le ministre de l’Education Joseph Korto. "Les filles qui portent des tresses et des accessoires de coiffure font plus attention à leur apparence qu’à leurs études."

"Elles sortent souvent de classe pour aller s’admirer dans les toilettes et ratent le cours. Cela ne les aide pas à progresser d’un point de vue scolaire", a-t-il ajouté.

Si cette interdiction portant sur les coiffures élaborées peut sembler excessive, elle s’inscrit dans un plus vaste effort nourri par une crainte : celle que le Liberia, tout juste sorti de plus d’une décennie de combats sanglants, ne retombe dans le conflit si le gouvernement ne parvient pas à rétablir une véritable autorité.

Le ministère de l’Education a également interdit aux étudiants de porter des tenues jugées provocantes ou indécentes, telles que les pantalons ou jupes taille-basse qui laissent entrevoir les sous-vêtements.

Tout contrevenant s’expose à une amende de 1.000 dollars (735 euros).

Korto a expliqué que ces règles étaient le moyen qu’avait trouvé le gouvernement pour "inculquer à la jeunesse une discipline morale". Les viols sont si répandus au Liberia que des panneaux d’affichage ont été érigés dans la capitale pour expliquer en quoi ces actes sont répréhensibles. Pour beaucoup d’analystes, les anciens enfants soldats, devenus désormais des adultes au chômage, sont l’une des principales menaces pour la paix.

"Après 14 ans de guerre, le Libéria doit revenir à la normalité", a insisté Korto. "L’un des moyens d’y parvenir, c’est d’inculquer la discipline aux étudiants en s’assurant qu’ils étudient, certes, mais également en faisant en sorte qu’ils aient une mise convenable."

Mais certains étudiants pensent que le gouvernement ne mène pas le bon combat.

"Ce qu’ils ne nous disent pas, c’est si les élèves qui s’habillent correctement se comportent mieux à l’école", s’agace ainsi Comfort Morris, un jeune de 26 ans scolarisé en seconde. Il est courant que les élèves du Libéria aient plusieurs années de retard dans leur scolarité à cause des fréquentes interruptions de cours pendant la guerre.

"Le ministère de l’Education devrait en faire plus pour améliorer la qualité des cours plutôt que de se contenter de faire des lois", juge Morris. "Ce dont nous avons besoin, c’est de professeurs mieux formés." Un plan national destiné à garantir une éducation primaire gratuite a été ralenti par le manque d’enseignants.

Le Libéria, qui compte trois millions d’habitants, a été décimé par la guerre et les troubles entre 1989 et 2003, date à laquelle le président Charles Taylor a dû s’exiler. Il doit désormais répondre de crimes de guerre devant un tribunal soutenu par les Nations Unies. Un gouvernement de transition a dirigé le pays jusqu’à l’élection, en 2006, d’Ellen Johnson Sirleaf à la présidence

Par Jonathan PayeLayleh
AP

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