Check Batibié de Yaguibou, coordonnateur de l’OTRAF : “Le fret juteux nous échappe”

vendredi 27 juillet 2007

Check Batibié de Yaguibou, coordonnateur de l’Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) aux ports de Lomé et de Cotonou soutient que le partage du fret (au port de Lomé) ne se fait pas selon les règles de l’art.

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Aussi, il souligne que les chauffeurs burkinabè vivent des situations difficiles sur le territoir togolais du fait des tracasseries routières...

Sidwaya (S.) : Quelles sont les missions de l’Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) au Port autonome de Lomé ?

Cheick Batibié de Yaguibou (C.B.Y.) : L’Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) assiste tous les transporteurs burkinabè, sans distinction, qui viennent pour chercher du fret aux ports de Lomé et de Cotonou. Il y a certes beaucoup d’organisations et de syndicats de transporteurs au Burkina Faso mais aux Ports de Lomé et de Cotonou, l’OTRAF assiste tous les transporteurs burkinabè. Quant un chauffeur a des difficultés, nous intervenons sans tenir compte de l’appartenance syndicale de son patron.

S. : Comment êtes-vous organisé concrètement afin que tout véhicule burkinabè qui arrive au Port de Lomé puisse avoir du fret pour retourner au pays ?

C.B.Y. : Nous avons nos locaux au sein du port et à l’extérieur. Tout chauffeur qui arrive au port doit se faire enregistrer dans le registre de l’OTRAF et dans celui de l’Union des chauffeurs routiers du Burkina (UCRB). Les deux registres se trouvent à notre bureau à l’extérieur du port. Le fret à destination du Burkina est reparti de la manière suivante : un tiers pour les transporteurs togolais et les deux tiers pour les transporteurs burkinabè. C’est d’abord le Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) qui fait la répartition. Sur la base de ce document, nous partageons le fret aux chauffeurs suivant l’ordre consigné dans nos registres. Tel est le seul critère de répartition du fret à notre niveau. Nous le faisons sans distinction d’ethnie, de religion,...

S. : Qu’est-ce qui justifie la fréquence des accidents sur la route Ouagadougou-Lomé ?

C.B.Y. : Sur la route, en effet, les accidents sont légion. Depuis le début de l’année 2007 jusqu’à ce jour (ndlr : l’interview a été réalisée le 28 juin 2007), on dénombre une dizaine d’accidents sur la voie, dont quatre décès. Aujourd’hui même, un camion burkinabè transportant du coton a fait un accident. Après avoir traversé le Burkina Faso et presque tout le Togo sans encombre, le camion s’est stationné aux alentours du port attendant son tour pour y entrer. Il s’est alors embourbé. Et c’est au moment où on le tractait qu’il s’est renversé. Heureusement, le chauffeur s’en est tiré mais avec quelques égratignures.

Il n’y a eu que des dégâts matériels. D’autres accidents sont dus à l’état de la route, très défectueux du côté togolais, à des camions mal stationnés et sans balise etc. Il n’y a pas très longtemps, les représentants des pays de l’hinterland ont été conviés à une réunion avec deux ministres togolais : le ministre des Transports et le ministre de la Sécurité. Les échanges ont porté entre autres sur les accidents. Les Togolais nous ont fait comprendre qu’ils sont conscients du mauvais état de la route. Mais comme on le dit, même la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Coupé de toute aide depuis une douzaine d’années, le Togo espère une reprise de l’aide internationale après les élections.

S. : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de vos fonctions ?

C.B.Y. : En cas d’accident d’un routier burkinabè par exemple, nous sommes obligés d’intervenir. Nous ne cherchons pas à savoir si la victime appartient ou pas à notre syndicat. Dans l’immédiat, il faut débloquer un certain montant pour les besoins urgents en attendant que le patron du chauffeur prenne le relais. En cas d’accident grave avec mort d’hommes, nous devons nous occuper des ordonnances pour les premiers soins, l’évacuation des corps à la morgue, et même de l’enterrement.

Au Togo, lorsqu’il y a un accident, ils n’attendent pas l’intervention de l’assurance. Que tu aies tort ou raison, il te faut prendre immédiatement en charge les différents frais. Même si quelqu’un te percute par derrière, il te faut t’occuper de lui. Aussi, quand les chauffeurs sont à cours de frais suite à des pannes, nous devons les assister jusqu’à ce qu’il puisse charger de la marchandise pour retourner au pays. Alors, sur la somme qu’il doit percevoir au titre du fret qu’il a chargé, nous retenons ce que nous lui avons avancé.

Pendant les périodes où il n’y a pas de fret, on peut se retrouver avec 200 camions burkinabè, soit 200 chauffeurs et autant d’apprentis qui sont sans ressources car leur séjour à Lomé a duré plus longtemps que prévu. Imaginez-vous ce que nous endurons quand il faut gérer plusieurs centaines de personnes pendant que nos caisses sont vides. Au moment même où je vous parle, j’ai envoyé quelqu’un payer 20 000 F CFA à la gendarmerie afin de retirer les pièces d’un camion burkinabè dont le chauffeur a commis une infraction.

S. : Etes-vous confronté à des problèmes de surcharge ?

C.B.Y. : Aucun transporteur n’aime la surcharge. Mais on est obligé de prendre au minimum 40 tonnes pour espérer gagner quelque chose car le prix du transport est très bas. Le transport du riz de Lomé à Ouagadougou s’élève à 1 120 000 FCFA. Pendant ce temps, les frais de route aller-retour Ouaga-Lomé s’élèvent à environ 800 000 FCFA pour certains camions. Et lorsque par malchance le camion tombe en panne, le travail se fait à perte. Dans ces conditions, le chauffeur est obligé de faire de la surcharge pour s’en sortir. Le poids autorisé est de 32 tonnes. Or le transport de ce tonnage coûte 1 040 000 FCFA. Enlevé 800 000 FCFA de frais de route dans cette somme et il ne vous reste presque rien car, à cela s’ajoutent les assurances, l’amortissement des pneus etc.

S. : Une fois chargés au port, les véhicules sont convoyés au terminal du Sahel. Rencontrez-vous quelques difficultés à ce niveau ?

C.B.Y. : Il nous arrive d’intervenir au niveau du terminal du Sahel à Azongo à partir du moment où un véhicule chargé au port peut se retrouver bloqué au terminal du Sahel pendant plusieurs jours. Quant de telles situations se produisent, nous devons bousculer, voire talonner les transitaires afin d’y remédier.

S. : Au port, le manque d’infrastructures d’accueil et même de toilettes amène les chauffeurs à vivre dans un état lamentable. Que fait l’OTRAF pour améliorer les conditions de séjours des chauffeurs au Port Lomé ?

C.B.Y. : L’OTRAF est consciente des conditions de vie très précaires des chauffeurs au Port de Lomé. Nous en avions même parlé avec les autorités du port qui elles aussi ont compris notre préoccupation. Le port nous a même attribué un terrain dans le quartier Akodessewa pour servir de parking. Il est prévu sur cet espace la construction de douches, de toilettes... Ce projet nécessite de gros investissements. Les autorités du port attendent de réunir suffisamment de moyens à ce propos. Dans un proche avenir, ce problème sera résolu.

S. : Que fait l’OTRAF contre les tracasseries routières ?

C.B.Y. : Contre les tracasseries routières, nous avons eu une rencontre avec les ministres des Transports et celui de la Sécurité du Togo. A cette occasion, nous leur avons demandé de nous dire très clairement quels sont les points précis de contrôle et quelles sont les pièces que chaque cammionneur doit disposer ? Le premier contrôle s’effectue dans le port. Avant tout chargement, les services du ministère des Transports contrôlent les pièces du véhicule, notamment la visite technique, l’assurance, le permis de conduire etc.

C’est seulement au cas où ces papiers sont en règle que le bon de chargement est délivré. Cela veut dire que le chauffeur qui quitte le port avec son chargement est en règle. Si en plus de cela, il paie les 20 000 F correspondant à la “solidarité sur la mer”, il ne doit plus en principe être contrôlé, voire racketté sur le territoire togolais. Mais malheureusement on assiste à une prolifération des points de contrôle à travers le pays.

A tout moment, on peut tomber sur un poste de contrôle. Et cela est cause d’accidents. Le conducteur surpris doit freiner brusquement afin de ne pas brûler la barrière. Il est donc nécessaire, avons-nous dit aux deux ministres togolais de nous éclairer sur le nombre précis et les emplacements des postes de contrôle. Cela aura l’avantage aussi d’éviter les malentendus entre les chauffeurs et leurs patrons qui ne comprennent pas la multiplication à n’en pas finir des faux frais.

S. : Que faites-vous contre les vols de marchandises dont sont victimes les chauffeurs ?

C.B.Y : Quand le chauffeur nous informe de ses déboires, nous intervenons à travers une plainte déposée auprès des services compétents et dont l’issue est incertaine. Quand on ne retrouve pas les marchandises volées le chauffeur doit supporter le coup. Une retenue à la source est faite sur le reste du coût du transport que l’OTRAF doit lui verser après la livraison de la marchandise transportée.

S. : Qu’est-ce qui explique le fait que le port soit encombré de camions chargés le fret ?

C.B.Y. : L’encombrement du port par des camions chargés est dû à la lenteur de l’administration douanière. Un camion chargé peut traîner pendant une semaine, voire 10 jours au sein du port dans l’attente de remplir les formalités douanières. Nous avons au cours d’une réunion avec le groupe Bolloré évoqué cette question. Une situation qui s’explique entre autres par le fait de l’organisation des services de douanes et de leurs effectifs insuffisants. Le même agent peut se retrouver avec une pile de 100, voire 200 dossiers à traiter. N’attendez pas de celui-ci des efforts surhumains. Dans les ports d’Abidjan et de Téma, aucun camion chargé ne reste dans le port. Au Ghana une fois chargé, le camion va stationner dans un parking en attendant que les différentes formalités soient remplies. Dans ces pays, les formalités douanières dans les ports ne sont pas aussi lentes qu’à Lomé.

S. : Pouvez-vous dire un mot sur l’organisation des chauffeurs burkinabè au Port de Lomé ?

C.B.Y. : Je trouve que les chauffeurs burkinabè au Port de Lomé ne sont pas du tout organisés. Certains même sont têtus, indisciplinés. Et cela nous pose des problèmes. Il est difficile de les sensibiliser car parmi eux, il y en a qui se croient au Burkina Faso. Les chauffeurs routiers nigériens sont de loin mieux organisés que leurs homologues burkinabè.

Bastonnés par les militaires togolais au port, nos chauffeurs ont observé une grève sans préavis. Ils ont refusé pendant 48h de rentrer dans le port pour procéder à des chargements. Ils avaient certes raison, mais la manière de faire laisse à désirer. Suite à cette grève, le directeur adjoint du Port autonome de Lomé a laissé entendre que certains se croient en terrain conquis mais que le Togo est le Togo.

Sidwaya : Le partage du fret entre transporteurs burkinabè et togolais se fait-il selon les règles préetablies ?

C.B.Y : Selon les conventions en faveur des pays sans littoral, le partage du fret à destination du Burkina Faso se fait sur la base suivante : deux tiers pour le Burkina Faso et un tiers pour le Togo.

Mais en vérité, ce sont les vracs que les chauffeurs burkinabè transportent. Le fret juteux nous échappe. Très souvent, on a vu des camions chargés à destination de Ouagadougou sans que le Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) ne soit au courant. Tant que le fret n’est pas déclaré, comment voulez-vous qu’on en tienne compte dans la préparation ?

Au Niger par contre, aucun camion ne peut y amener du fret tant qu’il n’a pas à sa disposition un certain nombre de documents : le titre de contrôle, le bon d’expédition du conseil nigérien des utilisateurs des transports (l’équivalent du CBC au Burkina Faso) et le document délivré par le syndicat nigérien des transporteurs. Sans ces trois (3) documents, le camion sera bloqué. Et il faudra payer au minimum une amende de 300 mille francs CFA pour cette infraction.

Au Burkina Faso, il n’y a pas ces restrictions. Chacun passe comme il veut. Ainsi, il y a un manque à gagner pour nos transporteurs même les messages que nous envoyons à Ouagadougou auprès de nos structures pour faire bloquer les camions étrangers qui entrent par effraction dans notre pays restent sans effet. Le CBC, le ministre des Transports disent de ne pas les bloquer. Conséquence, les camions burkinabè chôment au port de Lomé. Le parc vieillit.

Interview réalisée à Lomé par Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA
Assétou BADOH


Soulé Marcel, représentant de l’UCRB au port de Lomé : “Nous ne comprenons pas la gestion du fret”

M. Marcel Soulé travaille de concert avec les transporteurs et les chauffeurs, dont il défend les intérêts au Port autonome de Lomé.

S. : Quelles sont les difficultés que les chauffeurs rencontrent au Port autonome de Lomé (PAL).

S.M. : Le contact avec les agents de sécurité (police, douane, eaux et forêts, gendarmes) n’est pas toujours facile. Sur le corridor togolais, il y a trop de postes de contrôle. Parfois il y a des échauffourés entre chauffeurs et forces de l’ordre. Et les emprisonnements sont fréquents. En cas d’accident, le chauffeur est mis

Marcel Soulé souhaite plus de solidarité entre l’OTRAF et l’UCRB.

sous les verrous sans d’autre forme de procès. Ce n’est pas comme au Burkina Faso où l’assurance vous prend en charge. Ici on vous demande une caution. Arrivé à Lomé, l’accès au port est une préoccupation. La voie de contournement qui passe derrière l’aéroport et qui accède au port en évitant que le camion traverse la ville n’est pas bitumée. Parfois des camions s’embourbent et les marchandises se renversent. Nous avons alors demandé une autre voie. Mais là, les policiers sont omniprésents et les chauffeurs qui ne maîtrisent pas la ville se tromprent et se retrouvent ailleurs.

Alors, ce sont les contraventions. Les chauffeurs n’ont plus où stationner et garent pêle-mêle. A l’intérieur du port, les chauffeurs traînent parfois avant d’être déchargés alors que d’autres le sont immédiatement. Il faut glisser quelque chose si on est pressé. Ici c’est l’insécurité totale. Le port n’a qu’une porte d’entrée opérationnelle. Comment expliquer alors qu’on puisse soutirer 10 à 20 sacs de riz ou de sucre et sortir tranquillement sans être inquiété ? Malgré nos plaintes, les problèmes persistent. Le port ne dispose pas suffisamment d’infrastructures sanitaires. Alors, les chauffeurs se débroullent comme ils peuvent. Beaucoup se douchent et se soulagent dans la nature. Nous avons posé cela comme une doléance qui, jusqu’à présent, n’a pas été satisfaite.

S. : Avec toutes les tracasseries combien faut-il à un chauffeur pour parcourir le corrifor togolais ?

S.M. : Même si les papiers sont irréprochables, ils accusent la pneumatique..., juste pour arnaquer. En définitive, il faut 30 000 à 50 000 F comme frais de route sur le corridor.

S. : Quels sont vos rapports avec l’OTRAF ?

S.M. : C’est l’OTRAF qui est censé nous affréter pour que nous puissions prendre la route. Le problème, c’est que beaucoup de frets nous échappent. Nous ne comprenons pas comment l’OTRAF gère le partage du fret. Le ratio 2/3 pour les Burkinabè et 1/3 pour les Togolais n’est pas respecté. Il suffit de faire un tour à Ouagarinter pour le constater. Alors les chauffeurs se demandent pourquoi ? Parfois nos chauffeurs attendent deux semaines ; pendant ce temps, des Conteneurs sortent au vu et au su de tout le monde. Lorsqu’on a le fret, tous les reliquats ne sont pas payés à Ouagadougou. Les chauffeurs reviennent avec le connaissement retour et attendent une semaine à un mois pour se faire payer. Certains ont perdu leur boulot pour cela ; car en attendant d’être payés, ils peuvent avoir du fret et reprennent la route ; chose que les patrons n’apprécient pas. C’est l’OTRAF qui négocie le fret et le prix du transport. Le chauffeur ne fait qu’acheminer la marchandise, mais il est chargé de récupérer les frais de transport.

S. : Etes-vous assurés au moins ?

S.M. : Peut être 5% des chauffeurs. Certains sont payés au voyage et le patron peut se séparer d’eux à tout moment. En cas d’accident, nous essayons de négocier. Si les papiers du véhicule sont à jour, la police libère le camion. Pour le chauffeur, nous payons un forfait allant de 150 000F CFA à 200 000 F CFA. Certains procureurs demandent un million pour eux-mêmes.

En plus, il faut dédommager les familles des victimes au cas où il y aurait des morts. Les employeurs compréhensifs viennent en aide à leurs employés. Mais d’autres s’en soucient peu. Ils n’ont d’yeux que pour leur camion. En ce moment, la famille de l’intéressé est obligée d’y faire face. Le syndicat des chauffeurs ne dispose pas d’assez de moyens. Sur chaque camion qui charge, l’UCRB a droit à 1000 F et l’OTRAF 10 000F. Or nous sommes plus présent sur le terrain.

Sidwaya

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