Marché des tôles produites au Burkina : Querelles autour d’un arrêté

samedi 23 décembre 2006

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Joseph Hage

Suite aux murmures de notre confrère Kantigui parus dans Sidwaya au sujet du différend qui oppose les industriels sur la gestion du paysage des producteurs des tôles au Burkina, nous donnons la parole aux différents protagonistes de ce domaine. Chacun y va de son mécontentement et appelle l’Etat à plus de vigilance...

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Ziad ATTIE, directeur général de la Société industrielle des tubes d’acier (SITACI) : « Nous avons été autorisé, depuis le 12 mai 2003, à faire fonctionner notre unité de galvanisation, de fabrique de tôles et de fer à béton à Ouagadougou, sur la base des textes règlementaires que nous respectons en toute transparence avec l’accord préalable des autorités. C’est pourquoi, nous sommes surpris de constater qu’on interdit la vente de certaines tôles que nous commercialisons. Et cela, au risque de mettre en péril les trois milliards que nous avons investis ces dernières années.

Comment et pourquoi pense-t-on pouvoir donner carton vert le jour et la nuit, nous octroyer un carton rouge ? Tous les industriels ne sont guère contents de cette forme de gestion du marché des tôles. Sauf un des investisseurs de la place qui semble heureux de constater cette donne qui arrange ses seuls intérêts... Nous nous rendons compte que les nouveaux textes sont un « véritable pipo » qui arrange une société de la place, menacée de « mort subite » au Burkina car elle ne peut produire une certaine catégorie de tôles. Cela au détriment de l’ensemble des autres acteurs du marché des tôles. Voilà pourquoi nous appelons le ministre du Commerce à reconsidérer sa position sur la gestion du marché des tôles, afin d’être en phase avec l’intérêt général. Même si certains acteurs ont eu, à certaines périodes, des comportements peu orthodoxes, il convient d’être équitable dans la sanction, dans le sens du bon et du bien. La solution passe par un dialogue consensuel entre tous les acteurs du secteur et le ministère du Commerce. Il faut également l’acceptation d’un moratoire préalable avant l’application des nouveaux textes, nous mettant tous à égalité ».

Mme Férial Saba, directrice générale de la société PROFEL : Lorsque nous avons démarré notre unité industrielle en 2001, l’arrêté n° 94-30/MICM/SG/IGAE/IQM du 10 août 1994 existait et pourtant nous commandions des bobines d’épaisseur inférieure à 0.22 mm qui obtenaient toujours les autorisations préalables d’importation.
En avril 2006, le ministre du Commerce a convoqué tous les industriels fabriquant des tôles pour nous informer des faux marquages sur les épaisseurs ; il nous a remis l’arrêté de 1994 avec un tableau en annexe qui indique le poids de chaque épaisseur à respecter.
La plupart des usines ont respecté ces dispositions. Pour notre part, nous avons été contrôlés à plusieurs reprises sans infractions.

Pour la campagne 2006/2007, nous avons passé nos premières commandes en juin 2006 auprès de nos fournisseurs habituels et nous avons commandé des épaisseurs inférieures à 0.22 mm avec l’aval du ministère intéressé, sous forme d’un certificat d’analyse et d’une DPI, rédigés par les services compétents du ministère.
Nous avons reçu en octobre et début novembre, les deux premières commandes que nous avons régulièrement dédouanées ou mises en entrepôt.

Le 13 novembre 2007 un nouvel arrêté N° 06-125/MCPEA/MHU abrogeant l’arrêté de 1994, interdit la vente et la mise en vente de tôles dont l’épaisseur est inférieure à 0.22 mm, sans aucune mesure transitoire, alors que l’arrêté abrogé ne stipulait pas de telles interdictions. Nous avons donc demandé à M. le ministre, une disposition transitoire permettant de vendre les tôles qui ont été commandées antérieurement audit arrêté. Notre demande a été rejetée avec menace de nous retirer l’autorisation d’implantation qui nous a été délivrée.
Notre situation est vraiment alarmante.
Nos machines sont stoppées. Nous avons mis le personnel en chômage technique. Les traites à payer à nos fournisseurs sont en souffrance.

Si nous ne pouvons pas mettre nos tôles en vente, comment voulez-vous que nous paiyions nos fournisseurs, sans parler des recettes douanières du Burkina qui accuseront un manque à gagner important.
Si l’arrêté de 1994 avait interdit les épaisseurs inférieures à 0.22 mm, le ministre n’aurait pas sorti un nouvel arrêté en 2006 précisant cette interdiction, et les services du ministère du Commerce ne nous auraient pas accordé les autorisations d’importation sous forme de certificats d’analyse et de DPI, pour les épaisseurs en dessous de 0.22 mm jusqu’à la date de sortie du nouvel arrêté.

Le pouvoir d’achat du consommateur burkinabé est faible et l’interdiction des épaisseurs inférieures à 0.22 mm, entraînera une hausse d’environ 30 %. Dans les années 90, la matière première utilisée pour la fabrication de la tôle ondulée était de type « doux ». Aujourd’hui, cette qualité de type « doux » (Sweet) a été remplacée par une qualité de type « dur » (Full hard). A titre comparatif, nous pouvons dire qu’une tôle dure de 0.18 mm d’épaisseur équivaut à une tôle de 0.24 mm de qualité douce.
Au Burkina, nous ne vendons que des tôles à partir de 0.18 mm d’épaisseur et plus ...

Par contre, les pays côtiers utilisent même des tôles de 0.13 mm d’épaisseur et cela n’est pas interdit chez eux. Nous pensons légitimement qu’en toute légalité, l’administration devrait nous permettre d’épuiser nos commandes passées avec son accord à titre transitoire afin d’éviter toute situation d’insécurité juridique dans le domaine des affaires.

Joseph Hage, président directeur général du groupe HAGE : « Nous sommes parmi les premiers dans le secteur des tôles et de l’acier au Burkina Faso. Cela fait 24 ans que nous menons nos activités. Mais entre 1993-1994, nous avons senti que des produits parallèles entraient au Burkina Faso. Il s’agit des industries de la sous-région qui tentaient de pénétrer le marché burkinabè. Face à l’arrivée des produits de la sous-région qui ont commencé à perturber le marché, nous

avons demandé au ministère du Commerce de prendre un arrêté pour faire respecter la qualité des produits.
Cet arrêté vise à régler l’épaisseur des tôles dont le minimum est 0,22 mm. De même, nous avons attiré l’attention des autorités sur les tôles qui ne respectent pas les normes. Depuis ce temps, les normes des produits venus de l’extérieur respectent les normes imposées par le Burkina Faso. Le problème qui se pose est que le marché est trop petit pour quatre industriels et ça devient difficile d’accepter d’autres personnes sur le marché, si l’on ne prend pas certains garde-fous. Notre intention n’est pas de barrer la route aux autres, mais nous disons qu’il faut assainir le marché burkinabè.

Si d’autres personnes pénètrent ce marché de façon anarchique, il y aura une concurrence et personne ne gagnera de l’argent. Ainsi, nous ne pourrons plus investir ni payer les impôts.

Nous avons échangé avec le ministère du Commerce pour discuter de l’ouverture du marché burkinabé à d’autres opérateurs économiques. La formule trouvée a été de permettre à ceux qui le désirent, d’être des actionnaires dans les sociétés existantes. Mais les intéressés ont refusé cette proposition, ils ont voulu créer leurs propres industries.
Les textes l’autorisent, même si cela n’est pas bénéfique au Burkina Faso.

Face à l’échec des discussions, le ministre du Commerce et de l’Industrie de l’époque, Idrissa Zampaligré a autorisé l’installation de nouvelles sociétés au Burkina. C’est depuis ces temps que les problèmes ont commencé. Ces nouveaux investisseurs ont mis sur le marché la tôle de 0,15 mn. 47% des tôles sur le marché sont de cette qualité. C’est très grave. A un moment donné, certains anciens du marché ont suivi le mouvement.

Le groupe Hage a refusé de cautionner cette situation innaceptalle. Le ministre du Commerce a appelé les concernés au respect de la loi, surtout au respect des normes de qualité des produits.
J’avais proposé le retrait du marché de tous les produits qui ne respectent pas les normes de qualité comme solution définitive. La société incriminée est la SITAB...
Ce qui est regrettable, c’est que ces industries créent une situation de méfiance où chacun fait ce qu’il veut. Ainsi, que ce soit l’Etat où les consommateurs, tout le monde perd... »

Hussein Youssef, président directeur général de la SITAB : « Le marché des tôles était fort déstructuré, ces dernières années. Le marquage sur les tôles représentait rarement la nature réelle du produit. Cela durait depuis plusieurs années. Cette situation a été créée dans un premier temps pour faire face aux importations anarchiques qui ne respectaient pas les normes de marquage ; et par la suite elle a été maintenue du fait

de « la guerre des prix entre industriels » qui, pour des questions de part de marché, utilisaient cette pratique pour compenser les pertes occasionnées par les pratiques de dumping. La quasi-totalité des opérateurs de la place y avaient recours.

C’est alors que monsieur le ministre du Commerce a rencontré l’ensemble des industriels des tôles et du fer afin de les appeler à travailler dans un esprit de probité, en respectant scrupuleusement les normes en la matière.

Suite à cette demande, la situation s’est beaucoup améliorée. Néanmoins, une crise de confiance s’était installée durant les mois d’avril à juin 2006 entre certains industriels et le ministère du Commerce. Ces opérateurs économiques reprochaient à l’administration de vouloir utiliser cette situation pour modifier les textes en vigueur. ce qui aurait eu effet de modifier les règles de la concurrence.

Le nouvel arrêté ne leur donne-t-il pas raison ?

D’autant plus que malgré les bonnes dispositions adoptées par la majorité des industriels, on nous refuse toute mesure transitoire.

Et pourtant, c’est en toute légalité que nous avons importé nos produits. Nous souhaitons vraiment que le ministère du Commerce associe sans exclusive tous les opérateurs du secteur dans la determination politique consensuelles à mettre en œuvre pour assainir notre paysage industriel comme nous le voulons tous : dans la transparence l’équité, la légalité.

Et il serait juste et bon, que l`administration assouplisse sa position quant à la clause transitoire demandée et souhaitée par la grande majorité des industriels. Mais il faut remarquer que chaque fois que nous sollicitons notre ministère, nous sommes menacés.
On nous dit qu’on pourrait retirer les agréments à partir desquels nous travaillons jusque-là dans la légalité. Nous avons la preuve que lors des derniers contrôles, un industriel important était en infraction et que cette infraction a été relevée car les poids ne correspondaient pas aux épaisseurs marquées ; nous verrons si cette décision lui sera appliquée ou si elle ne concerne qu’une partie de la profession .

Nous prenons acte du nouvel arrêté bien que nous trouvions certaines de ses dispositions arbitraires et basées sur des critères techniques douteux ; néanmoins l’urgence pour nous est qu’il nous soit accordé, comme il est de coutume, une clause transitoire par l’administration afin de limiter l’incidence financière qui met en danger la quasi-totalité des industries concernées .... si elles ne s`y sont pas préparées.

C`est dans l’intérêt de tous et pour contribuer dans la légalité à la volonté du ministère du Commerce d’assainir le secteur des tôles, que nous avons déposé une plainte contre notre confrère HAGE INDUSTRIES, pour non respect des épaisseurs marquées sur les tôles et pour fausse publicité.

Nous avons été amené à le faire pour les intérêts du bien public. Car bien que nous ayons à plusieurs reprises dénoncé les pratiques de cette entreprise depuis la réunion du 26 avril, nous n’avons pas l’impression d’avoir été écouté, néanmoins je ne veux pas préjuger de l’action de l’administration, vu que les agents sont tenus au secret professionnel sous peine de sanctions pénales.
Toujours est-il que malgré toutes nos plaintes envoyées par écrit après la réunion convoquée par M. le ministre du Commerce, aucune amélioration n’était constatée dans les pratiques de notre confrère.

Il était donc de mon devoir de citoyen libanais, de rappeler au consul du Liban, les règles éthiques et morales liées à sa fonction même, si son activité principale reste le business.

Entretiens réalisés par Ibrahiman SAKANDE
ibra.sak@caramail.com

NDLR : Dans nos prochaines éditions, la réaction du ministère du Commerce

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